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Un « manifeste » appelant à la guerre civile

Lucie Soullier

Brenton Tarrant a produit un texte raciste et nativiste, intitulé « Le Grand Remplacement »

Un « homme blanc normal, venant d’une famille normale », obsédé par ce qu’il qualifie de « génocide blanc »perpétré par des « envahisseurs ». Voilà comment se présente, dans un « manifeste »de 74 pages publié sur Twitter, Brenton Tarrant, le suspect de l’attentat islamophobe qui a fait au moins 49 morts, vendredi 15 mars, dans deux mosquées de la ville de Christchurch.

Dans ce document didactique très référencé présenté sous forme de questions-réponses, l’Australien de 28 ans explicite ses motivations terroristes, inspirées du Norvégien Anders Breivik, auteur d’une tuerie ayant causé la mort de 77 personnes en 2011. Il y dévoile une idéologie hybride, mêlant suprémacisme, racialisme, ethno-nationalisme et éco-fascisme.

Un appel à la guerre civile

D’emblée, le directeur de l’Observatoire des radicalités politiques à la Fondation Jean-Jaurès, Jean-Yves Camus, a été frappé par « le caractère machiavélique de sa présentation »et par le choix « réfléchi et pervers » du lieu de l’attentat. « Il veut montrer qu’il n’existe aucun endroit sur terre qui échappe au “grand remplacement”, donc il choisit le symbole même du bout du monde pour montrer à quel point le processus de submersion migratoire qu’il décrit est avancé. »

Le terroriste présumé ne s’en cache d’ailleurs pas dans son propre manifeste : « Un attentat en Nouvelle-Zélande attirerait l’attention sur la vérité de l’assaut contre notre civilisation, que nulle partie du monde n’est en sécurité. »

Outre attiser un sentiment d’insécurité et de terreur, l’auteur du manifeste avance l’autre – et certainement la principale – ambition de son geste : créer un effet d’entraînement et, donc, provoquer la guerre civile.

Tout au long des 74 pages de sa profession de foi raciste et ultraviolente, il appelle à « combattre » les « envahisseurs », entendus comme les non-Blancs, à « tuer votre PDG local anti-Blanc » et menace à de nombreuses reprises les immigrés, comme dans cette brutale adresse aux « Turcs » : « Fuyez sur vos propres terres, tant que vous en avez encore la possibilité. »

Discours nativiste et « grand remplacement » Le discours nativiste anglo-saxon mettant en avant la nécessité de préserver la population WASP (blanche, anglo-saxonne et protestante) irrigue l’ensemble du manifeste, et ce dès les premiers mots de l’introduction, répétés comme une prière : « Ce sont les taux de natalité. Ce sont les taux de natalité. C’est les taux de natalité. »

Cette harangue nativiste combinée à sa haine du « melting-pot » le conduit à réaffirmer sans cesse son combat contre ce qu’il nomme le « génocide blanc ». Dès le titre, l’extrémiste se réfère donc à la théorie du « grand remplacement », très populaire à l’extrême droite, qui imagine la substitution des « peuples européens » dits « de souche » par l’immigration. Une théorie partagée par le terroriste présumé de Christchurch, qui en ressasse de nombreuses définitions tout au long des 74 pages : « La crise de l’immigration de masse et la fécondité des remplaçants est une attaque contre le peuple européen qui, si elle n’est pas combattue, aboutira au final au remplacement racial et culturel complet du peuple européen. »

La France, « pays occupé » Il explique avoir traversé en « touriste » une partie du pays, et avoir tiré des paysages français l’un des « déclics » de son passage à l’acte. « Dans chaque ville française, dans chaque village, les envahisseurs étaient là », assène-t-il. Dans son esprit, la France fait déjà figure de « pays occupé », « envahi par les non-Blancs », et la « farce des solutions politiques proposées » aurait fini de le convaincre qu’un attentat en Nouvelle-Zélande serait la solution.

Le terroriste présumé évoque en effet un deuxième événement déclencheur dans son basculement : l’élection présidentielle en France en 2017, et surtout son duel du second tour. Il y décrit Emmanuel Macron comme un « mondialiste, capitaliste, égalitariste, un ex-banquier d’investissement sans autre aucune conviction nationale que la recherche du profit ». Sans avoir davantage de respect pour Marine Le Pen et son parti – « complètement incapable de créer un réel changement et sans aucun plan viable pour sauver leur nation » –, il confesse toutefois avoir mis quelques espoirs dans la victoire de ce qu’il qualifie de camp « quasi nationaliste » et perdu sa « foi en une solution démocratique » lorsque « l’internationaliste, globaliste anti-Blanc, ex-banquier, a gagné ».

Suprémaciste, séparatiste, affirmationniste blanc

Sans nul doute, ce manifeste est celui d’un « affirmationniste blanc » pour qui « la question centrale est d’empêcher le métissage racial », peut-être même davantage que d’affirmer la supériorité de la « race » blanche, selon l’historien Nicolas Lebourg. Les codes désormais mondialisés du suprémacisme blanc n’y sont toutefois pas absents. L’auteur inscrit ainsi à plusieurs reprises la devise des quatorze mots du néonazi américain David Lane, tirée de son « Manifeste du génocide blanc » : « Nous devons assurer l’existence de notre race et un futur pour les enfants blancs. »

Se définissant comme « principalement ethno-nationaliste », il revendique son racisme dans plusieurs formules : « Je crois que les différences raciales existent entre les peuples » ; « Il y avait une composante raciale à l’attaque. »

Fascisme et/ou nazisme S’il se réclame également du fascisme – et même de « l’éco-fascisme » –, le terroriste présumé refuse d’être qualifié de « nazi ». « Les nazis actuels n’existent pas », assure-t-il, préférant brandir Oswald Mosley, figure fasciste britannique, comme « personne de l’Histoire la plus proche de [s]es croyances ».

Stéphane François, historien spécialiste de l’extrême droite radicale, nuance : « La grande difficulté pour ces milieux est d’opter pour un discours radical tout en évitant l’appellation infamante de nazisme. Mais avec son soleil noir, son discours nativiste, sa composante écologique… Quoiqu’il en dise, son discours reprend des éléments néonazis sans aller “jusqu’au bout” », c’est-à-dire sans la dimension antisémite, centrale dans le nazisme.

Alors « antisémite » ? « Non », répond-il à sa propre question. Du moins, encore une fois, tant que chacun reste « chez soi ».

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