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Le mouvement pour le climat s’amplifie

Rémi Barroux Et Audrey Garric

Pour beaucoup de contestataires, il n’est plus temps de débattre, il faut désormais agir

Ils l’avaient surnommée la « Marche du siècle », elle fut historique. Samedi 16 mars, 350 000 personnes ont manifesté en France pour lutter contre le changement climatique, dont près de 100 000 à Paris selon les organisateurs – 36 000 selon la préfecture de police. Ces citoyens « plus chauds que le climat » ont une fois de plus sommé les dirigeants d’agir pour limiter le réchauffement. Un mouvement qui s’enracine et qui peut désormais se prévaloir d’une nouvelle force : la jeunesse, alors que la grève scolaire pour le climat a rassemblé 168 000 étudiants et lycéens dans le pays vendredi 15 mars, et plus de 1 million dans le monde.

« On a besoin d’un changement radical de société. Huit Français sur dix demandent qu’on taxe beaucoup plus lourdement les entreprises les plus polluantes. On est de plus en plus nombreux à être prêts », assurait le réalisateur et écrivain Cyril Dion lors de la marche de samedi.

C’est à la fin de l’été, après les catastrophes climatiques en série et surtout l’onde de choc provoquée par la démission de Nicolas Hulot, qu’a germé un nouveau type de mobilisation en faveur du climat, un mouvement horizontal, spontané et né sur Facebook, comme celui des « gilets jaunes ».

Une première marche, organisée le 8 septembre, avait rassemblé 150 000 manifestants en dehors des cercles militants traditionnels, un succès inattendu. Prouesse réitérée le 13 octobre et le 8 décembre, avant un dernier week-end de mobilisation le 26 et 27 janvier. Une réussite qui s’explique par l’urgence, mais aussi par l’alliance de personnalités, de youtubeurs et d’ONG permettant de toucher de vastes publics.

Loin de s’en tenir aux marches, ces militants tentent de faire pression sur les dirigeants par tous les moyens : les actes de désobéissance civile se multiplient, de même que les actions en justice comme l’« affaire du siècle », le recours de quatre ONG contre l’Etat pour « inaction climatique » soutenu par 2,1 millions de personnes dans une pétition en ligne.

Défendre un même combat

Cette montée en puissance ainsi que les convergences entre ONG, syndicats et associations de défense de l’environnement ne viennent pas de nulle part. A l’occasion de la COP21 fin 2015 à Paris, un arc de forces rassemblant ces différents acteurs de la société civile s’était déjà manifesté dans des conditions rendues difficiles par les attentats et l’état d’urgence.

Mais la contestation des « gilets jaunes » éclipse quelque peu le mouvement des militants du climat. « Il n’est pas évident d’être entendus car les “gilets jaunes” apparaissent comme un mouvement du peuple, tandis que le discours écologiste semble toujours venir des élites », relevait en décembre Elliot Lepers, l’un des organisateurs des marches. Les associations réorientent alors leur discours pour défendre un même combat, celui de la justice climatique et sociale, puisque les plus précaires souffrent des deux maux, réchauffement et inégalités.

Seize organisations, dont la Fondation Nicolas Hulot pour la nature et l’homme et la CFDT, rédigent 66 propositions d’un pacte social et écologique qu’elles versent au grand débat. En réussissant la convergence avec une partie des revendications des « gilets jaunes », le mouvement pour le climat met le gouvernement, déjà sous pression, au pied du mur.

Ce dernier, pourtant, joue la connivence. Lors de la grève scolaire des jeunes de vendredi, la secrétaire d’Etat à l’écologie, Brune Poirson, prenait des selfies avec les jeunes. Fin décembre, son ministre de tutelle, François de Rugy, avait appelé à transformer la mobilisation des quatre ONG de l’« affaire du siècle » et celle des citoyens « en propositions » lors du grand débat national.

Reste que, pour beaucoup de contestataires, il n’est plus temps de débattre, il faut désormais agir. Les années sont comptées, à peine onze ans pour éviter des conséquences désastreuses, selon le dernier rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) qui appelle à diviser par deux les émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2030. Or, non seulement le gouvernement ne remplit pas ses objectifs climatiques, mais il en repousse certains à très long terme – comme la neutralité carbone en 2050.

Et les « petits pas » dénoncés par Nicolas Hulot lors de sa démission prennent parfois des allures de recul. Les députés ont voté, vendredi, le report de 2022 à 2025 de l’interdiction de la fabrication sur le sol français de quatre pesticides dangereux, déjà bannis de l’Union européenne. L’urgence n’est pas la même pour tout le monde, que l’on soit politique ou citoyen engagé pour le climat. « Je ferai mes devoirs quand vous ferez les vôtres », avait marqué un lycéen parisien sur un bout de carton, vendredi. Un avertissement.

20190319-p10-climat.txt · 最后更改: 2019/03/18 16:30 由 80.15.59.65