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CONFLIT SOCIAL

Emmanuel Macron de nouveau sous le feu des critiques

Un kiosque de presse en feu sur les Champs-Elysées, lors de l’acte XVIII des « gilets jaunes », samedi 16 mars. JULIEN MUGUET POUR « LE MONDE »

Virginie Malingre

Les pressions se multiplient contre l’exécutif, pris en étau entre la violence des « gilets jaunes » et les manifestations pour le climat. Le gouvernement devrait annoncer prochainement de nouvelles mesures

De retour d’un voyage en Afrique, Emmanuel Macron s’était accordé un week-end au ski, avec son épouse, à la station de La Mongie, dans les Hautes-Pyrénées, où le couple a ses habitudes. Pourtant, le chef de l’Etat savait que l’acte XVIII des « gilets jaunes » pouvait mal tourner – les services de renseignement avaient prévenu en amont des risques de violences dans la capitale – et que la « Marche du siècle » pour la défense du climat mobiliserait fortement. Samedi 16 mars, dans la soirée, le président a donc dû rentrer à Paris de manière précipitée, donnant une nouvelle fois l’image d’un président de la République qui subit l’actualité. Toute la journée, des violences ont déferlé sur la capitale. Comme au 1er décembre 2018, alors qu’Emmanuel Macron était en Argentine, pour assister au G20, les casseurs ont pris pour cible le quartier des Champs-Elysées.

  • les Hautes-Pyrénées
  • avoir ses habitudes: have their routine.

Cette fois, le chef de l’Etat ne s’est pas rendu à l’Arc de triomphe pour constater les dégâts, comme il l’avait fait en descendant de l’avion qui le ramenait de Buenos Aires. Il a rejoint, dans la soirée, la cellule de crise du ministère de l’intérieur. « Nous avons aujourd’hui des gens qui essayent par tous les moyens (…) d’abîmer la République pour casser, pour détruire au risque de tuer », a-t-il alors affirmé, et « tous ceux qui étaient là se sont rendus complices » du saccage du restaurant le Fouquet’s, de boutiques de luxe ou d’une succursale bancaire des Champs-Elysées, lors d’une journée qui a rassemblé plus de 32 000 « gilets jaunes » en France, selon les autorités.

  • le Fouquet’s
  • de boutiques de luxe: 奢侈品店
  • une succursale bancaire 银行的支行

Le président a promis « des décisions fortes » pour empêcher que cela ne se reproduise, comme il l’avait déjà fait le 1er décembre. Dimanche, en fin de journée, Edouard Philippe a réuni à Matignon la ministre de la justice Nicole Belloubet, le ministre de l’intérieur Christophe Castaner et son secrétaire d’Etat Laurent Nuñez, avant de prolonger les discussions avec les seuls hommes de la place Beauvau jusqu’à près de 21 heures. Lundi 18 mars à 11 h 30, le premier ministre devait faire ses propositions à Emmanuel Macron et les annonces devraient suivre dans les vingt-quatre heures. L’heure politique est aux comptes et face à une indignation générale, Matignon a admis dans un communiqué dimanche soir, qu’il y a eu des « dysfonctionnements » alors que le risque de regain de violence avait été pointé par les services de Beauvau. « Samedi, on a vu des violences extrêmes à Paris. C’était quasi des groupes paramilitaires, des pillards, des zadistes, commente-t-on dans l’entourage du premier ministre. Mais c’est vrai que la réponse sécuritaire n’a pas été à la hauteur. Il nous faut comprendre pourquoi et faire en sorte que ça ne se reproduise plus. »

« Dysfonctionnements »

Face à un tel échec, la préfecture de police est montrée du doigt. Et la question du départ du préfet, Michel Delpuech, posée. « Il n’a pas mis en œuvre la stratégie annoncée par Edouard Philippe le 1er décembre, qui demandait des forces de l’ordre mobiles et qui s’était révélée payante », explique Matignon, qui par ailleurs s’interroge sur la nécessité « d’encore renforcer celle-ci ». « Toute la chaîne du commandement va être examinée. Jusqu’au plus haut », a assuré Laurent Nuñez sur RTL lundi matin.

A l’Elysée, certains ne cachent pas non plus l’exaspération du président de la République à l’égard du ministre de l’intérieur Christophe Castaner, qui est attendu mardi 19 mars, avec son homologue à l’économie Bruno Le Maire devant la commission des lois du Sénat pour s’expliquer sur les violences de samedi et leurs conséquences économiques. « Castaner est politiquement responsable, mais il est normal qu’il ait écouté le préfet », nuance néanmoins un conseiller de l’exécutif. Qui reconnaît toutefois que la publication, la semaine dernière, dans Closer et Voici, de photos du ministre de l’intérieur embrassant une jeune femme dans une discothèque parisienne, au soir de l’acte XVII des « gilets jaunes », n’a pas été du meilleur effet. « On ne fait pas ça quand on est ministre de l’intérieur », commente un de ses collègues au gouvernement.

Au-delà des « dysfonctionnements » qu’il conviendra donc de détailler et de corriger, le gouvernement réfléchit par ailleurs à des mesures fortes, capables de marquer l’opinion publique, comme la possibilité d’interdire les manifestations dans certains secteurs, par exemple les Champs-Elysées. « Il faut qu’on vérifie que c’est possible juridiquement », confirme un proche du dossier. En revanche, l’exécutif n’envisage pas à ce stade de nouveaux dispositifs législatifs, jugeant que la loi anticasseurs, qui a été votée mais qui est actuellement examinée par le Conseil constitutionnel après la saisine par le président de la République, permettra de renforcer considérablement le dispositif de sécurité. Le texte, qui a divisé la majorité dont une partie le juge liberticide, prévoit en effet la possibilité d’interdire à des casseurs connus de manifester, la création d’un nouveau délit de dissimulation du visage ou encore la possibilité de fouiller les sacs et les véhicules aux abords des rassemblements.

Quatre mois quasi jour pour jour après le début du mouvement de contestation – l’acte I des « gilets jaunes » s’est joué le 17 novembre –, Emmanuel Macron semble toujours aussi démuni. Pourtant, au-delà de la loi anticasseurs, l’exécutif n’est pas resté inactif. Le 10 décembre, le gouvernement a annoncé un ensemble de mesures destinées à soutenir le pouvoir d’achat des Français pour dix milliards d’euros, qui ont pour conséquence de rééquilibrer partiellement une politique qui jusque-là profitait d’abord aux plus riches. Le chef de l’Etat a également imaginé le grand débat national, censé apaiser la colère qui s’est exprimée sur les ronds-points, lequel a finalement trouvé son public – plus de 10 300 réunions locales ont été organisées et 1,4 million de contributions ont été faites sur le site dédié – et s’est officiellement achevé vendredi 15 mars.

Las ! Cet arsenal, qui avait permis au président de la République de remonter dans les sondages et de reprendre l’initiative, vient de montrer ses limites. Dans ce contexte, Emmanuel Macron pourra-t-il attendre encore un mois avant de dire quelles conclusions il tire du grand débat ? Certains, au sein de la majorité, en doutent alors qu’Edouard Philippe, comme d’autres membres de l’exécutif, a déjà évoqué « le risque déceptif important » à l’issue de cette consultation d’un genre inédit.

Au mouvement des « gilets jaunes » qui, même s’il a faibli, ne s’est pas éteint, s’ajoute désormais pour le gouvernement celui des jeunes pour le climat qui s’étoffe un peu plus chaque semaine. Le 15 mars, ils étaient 168 000 étudiants et lycéens à manifester dans tout le pays, et samedi 16 mars, plus de 100 000 personnes se sont rassemblées à Paris selon les organisateurs. Un mouvement spontané et horizontal, né lui aussi sur les réseaux sociaux, comme celui des ronds-points, et qui appelle le gouvernement à « agir ».

« Laxisme sécuritaire »

Pour l’heure, l’exécutif met en avant ce qui a été fait pour la transition écologique depuis l’élection d’Emmanuel Macron – l’abandon de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes (Loire-Atlantique), l’annonce de l’arrêt de la centrale nucléaire de Fessenheim (Haut-Rhin), la fermeture des centrales à charbon en France à l’horizon 2022… – et affirme se réjouir de cette mobilisation pacifique, « qui va nous aider à avancer », selon Matignon.

L’opposition, affaiblie depuis l’élection d’Emmanuel Macron, veut profiter du moment politique pour se relancer et ne ménage pas ses critiques contre le chef de l’Etat et le gouvernement. Samedi et dimanche, la droite a dénoncé en boucle le « laxisme sécuritaire » de l’exécutif. « Comment peut-on imaginer dans un autre pays de telles scènes de chaos avec le président de la République qui continue de skier ? », a déclaré dimanche sur BFM-TV Laurence Sailliet, porte-parole du parti Les Républicains. Invité du « Grand rendez-vous » sur Europe 1, le premier secrétaire du PS Olivier Faure a également ironisé, dimanche, sur la gestion du maintien de l’ordre par Christophe Castaner « entre deux verres »…

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