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Flou gouvernemental autour de l’âge de départ à la retraite

Raphaëlle Besse Desmoulières Et Cédric Pietralunga

Mercredi, Griveaux a confirmé que ce sujet était au menu des concertations

Comprenne qui pourra. En l’espace de trois jours, l’exécutif a réussi à jeter le trouble sur ce qu’il souhaite faire de l’âge légal de départ à la retraite – un sujet pourtant explosif. Si la ministre des solidarités et de la santé, Agnès Buzyn, a tenté, mardi 19 mars, de clore le débat qu’elle a elle-même ouvert dimanche sur ce thème, son collègue Benjamin Griveaux, porte-parole du gouvernement, a assuré, mercredi, que ce sujet était bien au menu des travaux menés par le haut-commissaire chargé du dossier, Jean-Paul Delevoye. « C’est une question qui est à la concertation, a-t-il déclaré sur RTL. Nous n’avons pas l’habitude de fermer les concertations en pleine concertation, ça n’est pas une bonne méthode de gouvernement. »

Il a ainsi contredit Mme Buzyn qui avait fait une mise au point mardi à l’Assemblée nationale. « Aucune modification de l’âge minimal de départ à la retraite n’est envisagée, ni sur la table des négociations que pilote le haut-commissaire à la réforme des retraites », avait-elle lancé. Ce qui avait toutes les apparences d’un rétropédalage n’en était cependant pas un pour la ministre, qui avait précisé : « Ce n’est pas non plus le sens des propos que j’ai tenus dimanche et dont les diverses interprétations sont à l’origine d’une polémique. »

  • un rétropédalage: back pedaling

Mme Buzyn avait alors expliqué ne pas être hostile, dans le cadre du grand débat, à ce que le sujet de l’« allongement de la durée de travail » soit abordé. Ce positionnement avait créé la surprise. Il va à l’encontre de la promesse de campagne d’Emmanuel Macron, réaffirmée depuis par M. Delevoye, de ne pas toucher à l’âge minimum de départ à la retraite, aujourd’hui fixé à 62 ans.

Si la ministre avait souligné s’exprimer « à titre personnel », elle a été soutenue par l’exécutif ; le premier ministre, Edouard Philippe, étant lui-même allé dans ce sens vendredi. L’Elysée a pour sa part indiqué que la « règle des 62 ans » n’était plus gravée dans le marbre. Quant au ministre de l’action et des comptes publics, Gérald Darmanin, il s’est engouffré dans la brèche, saluant une « proposition très courageuse » qui « s’étudie et se regarde ».

  • être gravée dans le marbre: carved in stone (marble)
  • s’engouffrer dans la brèche: take advantage of a loophole.

One proche de la ministre assure que « ce n’était pas une proposition » et que « son intention n’était pas de mettre le sujet de l’âge de départ à la retraite dans le projet qu’elle conduit avec Jean-Paul Delevoye ». A l’Assemblée, Mme Buzyn est revenue dans les clous de ce qui a été balisé par M. Delevoye ces dernières semaines lors de la concertation avec les partenaires sociaux. Elle a ainsi fait référence à un système de bonifications pour « permettre à toutes celles et tous ceux qui le souhaitent de pouvoir continuer à travailler après l’âge minimal de départ à la retraite et d’être avantagés financièrement à le faire ».

  • baliser
  • bonification

Delevoye fragilisé

A l’Elysée, on affirme ne pas avoir demandé à Mme Buzyn de se dédire. Au contraire, l’entourage du président de la République dit toujours s’interroger sur le maintien de l’âge légal à 62 ans en cas de prise en charge d’un nouveau risque. « Si aucune donnée ne change, on reste sur une réforme monobloc des retraites, avec maintien de l’âge de départ à 62 ans. Mais si on ajoute une donnée supplémentaire, on ne peut pas ne pas se poser la question. Si on décide de prendre en charge la dépendance, il faudra bien la financer », pointe une proche du chef de l’Etat qui ajoute « rien n’est décidé, tout est sur la table ».

  • se dédire: retract ones statement

Mardi, les syndicats sont montés au créneau pour exprimer leur mécontentement. Si le Medef, par la voix de son président Geoffroy Roux de Bézieux, a salué « un discours lucide de la part du premier ministre et de Mme Buzyn », les organisations de salariés ont redit leur opposition à un recul de l’âge minimum de départ en retraite.

  • monter au créneau: to intervene

Sur Twitter, le secrétaire général de la CFDT, Laurent Berger, a estimé que « cette mesure est la plus injuste en la matière et l’équilibre du système ne nous y oblige pas ». « Ces gens sont en dehors de la réalité », a dénoncé Philippe Martinez, le numéro un de la CGT, avant le départ de la manifestation parisienne pour réclamer davantage de pouvoir d’achat à l’appel notamment de sa confédération et de Force ouvrière. Un peu plus tôt, son homologue de FO, Yves Veyrier, avait jugé qu’il s’agissait d’« une ligne rouge ».

Quant à M. Delevoye, fragilisé par cet épisode, il ne s’est pas réexprimé depuis lundi, où il avait confié être « très surpris » par les propos de Mme Buzyn et rappelé sur les réseaux sociaux les engagements pris. Ce dernier a toujours fait preuve d’une grande prudence pour ne pas heurter les partenaires sociaux. Il va désormais devoir déployer des trésors de diplomatie pour tenter de rassurer des syndicats sur la défensive. « La méthode préconisée par le haut-commissariat a perdu en crédibilité, c’est évident », juge Philippe Pihet (FO). « Ça laissera des cicatrices, estime également un de ses homologues. Dans le meilleur des cas, les doutes vont s’accroître sur leurs motivations. Tout ça fait vraiment panique à bord… » Jeudi, M. Delevoye conclut un colloque au Sénat consacré à la réforme et auquel participent plusieurs syndicalistes. Le haut-commissaire y est attendu de pied ferme.

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