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Noursoultan Nazarbaïev démissionne après trente ans à la tête du Kazakhstan

Benoît Vitkine

Le chef de l’Etat de l’ex-république soviétique continuera de disposer de larges pouvoirs

Vrai retrait ou mouvement tactique ? Le Kazakhstan penchait pour la deuxième option, mardi 19 mars, après l’annonce surprise de la démission de son président, Noursoultan Nazarbaïev, l’un des chefs d’Etat en activité les plus anciens de la planète. « J’ai pris la décision de renoncer au mandat de président », a déclaré M. Nazarbaïev, 78 ans, dans une allocution préenregistrée, précisant que ce départ serait effectif le lendemain, 20 mars. L’intérim sera assuré par le président de la Chambre haute du Parlement, Kassym-Jomart Tokaïev, jusqu’à la convocation d’élections dont la date n’a pas été précisée.

Noursoultan Nazarbaïev a pris la tête du Kazakhstan en 1989, alors que le pays était encore une république soviétique, en tant que premier secrétaire du Parti communiste, et a conservé le pouvoir après son indépendance en 1991. Réélu à plusieurs reprises à une majorité écrasante, lors d’élections sur mesure, il n’a jamais désigné de successeur.

  • à une majorité écrasante: with a crushing majority.

La plupart des observateurs s’attendent toutefois à le voir conserver une forme de contrôle sur la conduite de cet immense pays d’Asie centrale riche en hydrocarbures, grâce à une série de lois adoptées ces dernières années. Parallèlement à un transfert encore timide de certains pouvoirs aux organes législatifs, un décret adopté en juillet 2018 garantit à M. Nazarbaïev un poste à vie dans l’organe stratégique qu’est le Conseil de sécurité du pays, ce qui laisse envisager un retrait seulement progressif du président. Son statut – tout à fait officiel – de « père de la nation » lui garantit par ailleurs l’immunité judiciaire et, au minimum, un rôle influent.

  • père de la nation: 国父
  • l'immunité judiciaire: 司法免疫权

« Le but de Nazarbaïev est de transmettre le pouvoir à sa famille, à son clan, et ce projet reste intact, assure au Monde l’opposant numéro un au régime kazakh, l’ancien homme d’affaires Moukhtar Abliazov, qui vit en exil en France. Ces deux dernières années, les structures du pouvoir ont été remodelées, le Conseil de sécurité a autorité sur tous les “organes de force”, et désormais sur la présidence. [Le président] avait seulement besoin de gagner un peu de temps, mais vous verrez que sa fille Dariga sera candidate à la prochaine présidentielle. »

L’annonce de la démission de l’unique président qu’ait connu le Kazakhstan n’en constitue pas moins un choc dans un pays tenu d’une main de fer, où la société civile a été systématiquement écrasée durant trois décennies. « Nous n’avons même pas été prévenus en avance, ce qui est très surprenant, relatait dans la soirée de mardi une journaliste de la radio nationale. Il n’y a pour l’instant pas d’explications sur la suite, nous sommes simplement assis ensemble à digérer la nouvelle. »

  • une main de fer: 铁腕

Transition douce

Depuis plusieurs années, la question de la succession n’était plus du domaine du tabou, même si l’on utilisait pour l’évoquer, à Astana, l’euphémisme de « moment X ». Selon le politologue Dosym Satpaïev, le premier à avoir ouvertement travaillé sur la question, l’inquiétude s’est faite plus vive dans les cercles du pouvoir après la mort du président Islam Karimov (1938-2016) en Ouzbékistan, où l’élite avait semblé prise de court. « Cette impréparation a rendu vulnérable jusqu’à la famille de Karimov », rappelle M. Satpaïev.

En juin 2018, dans une interview à la BBC, le président du Parlement kazakh avait ainsi lâché une bombe en assurant que M. Nazarbaïev ne se représenterait pas à l’élection qui était prévue à l’origine en 2020. D’autres officiels avaient ensuite rétropédalé face à ce crime de lèse-majesté, mais le sujet devenait de plus en plus pressant ces dernières semaines. La nomination d’un nouveau président ne constituerait dès lors qu’une nouvelle étape dans une transition douce qui pourrait prendre encore plusieurs années.

  • retropedaler: back pedale. 愿意是自行车术语,骑倒车
  • crime de lèse-majesté: 大逆不道的罪行

M. Nazarbaïev a été le créateur et le garant de la souveraineté kazakhe, au prix d’une pratique autoritaire du pouvoir et d’une corruption endémique. Mais sa présence reste un gage de stabilité et d’équilibre entre les différents clans et ethnies du Kazakhstan, à commencer par la communauté russe (24 % de la population).

  • au prix d’une pratique autoritaire du pouvoir et d’une corruption endémique
  • un gage de stabilité

Le président a aussi su maintenir un équilibre similaire dans la diplomatie d’Astana. Il a toujours su contrebalancer les influences de ses grands voisins russe et chinois en maintenant des relations fortes avec l’Occident, hydrocarbures aidant. Cet exercice est d’autant plus délicat que le poids de la Chine ne cesse de croître dans le pays, étape-clé des « nouvelles routes de la soie chinoises ».

  • hydrocarbures aidant: 依靠着碳氢燃料的帮助
20190321-p4-kazak.txt · 最后更改: 2019/03/20 12:19 由 82.251.53.114