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May s’oriente vers un report court du Brexit

Theresa May devant le Parlement de Westminster, à Londres le 19 mars. HENRY NICHOLLS/REUTERS

Philippe Bernard Et Cécile Ducourtieux

Le délai de trois mois envisagé par la dirigeante britannique doit faire l’objet d’un accord unanime des Vingt-Sept

LONDRES, correspondant - BRUXELLES, bureau européen

Ça passe ou ça casse. Fidèle à sa logique de non-affrontement avec les partisans d’une rupture brutale avec l’Union européenne (UE), Theresa May devait solliciter de l’UE, mercredi 20 mars, un report de courte durée – au plus tard le 30 juin – de la date du Brexit, jusqu’ici programmé au vendredi 29 mars. Objectif : profiter de ce délai afin de forcer la main des députés britanniques pour qu’ils finissent par voter l’accord de divorce négocié avec les Vingt-Sept. A moins d’un nouveau rebondissement, la demande de report devrait être formalisée mercredi par une lettre adressée au président du Conseil européen, Donald Tusk.

La première ministre « ne demandera pas un report de longue durée, a annoncé Downing Street tôt mercredi matin. Il s’agit de donner au Parlement un peu plus de temps pour qu’il se mette d’accord sur la suite, mais les gens de ce pays attendent depuis presque trois ans maintenant. Ils en ont assez de voir le Parlement incapable de prendre une décision et la première ministre partage leur exaspération ».

La nouvelle date butoir doit faire l’objet de l’accord unanime des Vingt-Sept pays de l’Union, qui seront justement réunis en Conseil jeudi 21 et vendredi 22 mars à Bruxelles. La date du 29 mars correspond au terme des deux années de négociations prévues par l’article 50 du traité de Lisbonne que Mme May avait activé le 29 mars 2017.

Le principe d’une demande de report a fait l’objet, le 14 mars, d’un vote massif des députés britanniques, mais Mme May devait encore choisir entre une demande de report de courte durée – jusqu’au 30 juin, à la veille du début de la session du Parlement européen qui doit être élu à la fin mai –, ou de longue durée, soit à l’échéance 2020, voire 2021. Retenue, la première option traduit son insistance à vouloir obtenir un vote positif des députés sur l’accord de Brexit qu’elle a conclu en novembre avec l’UE mais que le Parlement britannique a déjà rejeté à deux reprises. La seconde option aurait satisfait les partisans d’une nouvelle longue négociation débouchant sur une rupture plus modérée.

Mardi 19 mars, une réunion ministérielle destinée à trancher cette question a été très houleuse : les ministres partisans d’un Brexit dur ont menacé de démissionner du gouvernement si Mme May sollicitait un report de longue durée. Elle leur a cédé. Leur espoir est que la première ministre échoue à faire ratifier par les députés l’accord de Brexit et que le pays sorte sans accord le 30 juin. Un tel « no deal » est largement considéré comme catastrophique pour l’économie et l’emploi ainsi que pour l’Irlande, en raison du retour de barrières douanières.

Pari incertain

En choisissant un report court de la date du divorce, la première ministre joue avec le feu. Certes, il s’agit de la solution la plus acceptable par les Vingt-Sept qui, eux-mêmes divisés, auraient rechigné à accorder plus de temps sans perspective claire. Certes, Mme May se donne trois mois de plus pour faire plier le Parlement. Mais ce nouveau pari apparaît incertain car la chef du gouvernement se prive de la principale arme dont elle disposait pour faire accepter son accord par les députés partisans d’un Brexit dur, menacer d’un report long risquant d’aboutir à une rupture plus douce, voire à sa possible annulation en cas de nouveau référendum.

Un vote favorable des députés n’a rien d’acquis pour d’autres raisons encore : il suppose un ralliement des dix députés nord-irlandais extrémistes du Parti démocratique unioniste (DUP) dont les voix sont indispensables pour parvenir à une majorité. Il suppose aussi l’accord de John Bercow, le speaker (président) de la Chambre des communes qui, lundi 18 mars, a statué que le gouvernement ne pouvait pas faire voter plusieurs fois les députés sur une motion identique, comme s’apprêtait à le faire Mme May. Le changement de date, inclus dans une nouvelle motion, permettrait probablement de contourner cet obstacle.

La demande d’une extension courte pose largement moins de problèmes politiques aux Vingt-Sept que s’il s’agissait d’un report long : ils doivent certes la valider à l’unanimité. Mais il est peu probable qu’ils vont s’y opposer car aucun des dirigeants n’a envie de courir le risque d’un « no deal » chaotique ni d’en porter la responsabilité écrasante. Angela Merkel a indiqué mardi vouloir « [se] battre jusqu’au bout avant la date butoir du 29 mars pour [parvenir] à une sortie ordonnée ».

« Ni évident ni automatique »

Il n’est cependant pas évident que l’UE accorde à Mme May ce qu’elle demande sans garantie et dès le sommet européen des 21 et 22 mars. Mercredi, sur la radio allemande DLF, Jean-Claude Juncker, président de la Commission, a estimé que l’UE « aura besoin d’un autre sommet la semaine prochaine » pour décider. Pour le négociateur en chef du Brexit pour les Vingt-Sept, Michel Barnier, une demande d’extension, jusqu’à fin 2019 ou au-delà, devrait « être liée à un événement nouveau ou à un processus politique nouveau », sous-entendant par là de nouvelles élections ou un second référendum. Un chemin que Mme May n’ose pas explorer à ce stade. Un report du Brexit n’est « ni évident ni automatique », a averti Paris, qui exige de Londres, pour un tel report, une « alternative crédible, dans les tout prochains jours ou prochaines heures ». Les Français craignent que la crise du Brexit ne fasse le jeu de l’extrême droite dans la campagne des élections européennes et que le prolongement infini de la question britannique n’obère les autres projets et ambitions de l’UE.

A Bruxelles, le degré d’exaspération des Vingt-Sept à l’égard de la procrastination britannique est tel qu’ils pourraient quand même faire passer un mauvais quart d’heure à Mme May, lors du Conseil européen, jeudi 21 mars, en lui réclamant des explications circonstanciées. Toute extension « doit être utile, pour aboutir à un retrait ordonné du Royaume-Uni », estimait M. Barnier mardi. Car l’objectif officiel des Vingt-Sept reste le même : une ratification du traité de retrait, « le seul possible » de leur point de vue.

20190321-p5-brexit.txt · 最后更改: 2019/03/20 11:40 由 82.251.53.114