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CONJONCTURE MONDIALE

La Chine s’essouffle, le monde s’inquiète

Frédéric Lemaître (Pékin Correspondant) Et Marie De Vergès

Hausse du chômage, croissance qui ralentit, départ d’investisseurs japonais de Shenzen… L’économie chinoise – qui représente 15 % du PIB mondial – montre des signes de ralentissement préoccupants

Trop, c’est trop. Pan Shiyi, célèbre président du groupe immobilier chinois Soho, a annoncé lundi 18 mars avoir porté plainte contre les propagateurs d’une rumeur sur les réseaux sociaux. Non, ce n’est pas parce que le feng shui du quartier d’affaires de Wangjing est mauvais que plusieurs start-up qui y sont installées sont en faillite. De fait, si l’un des fleurons de la « deuxième Silicon Valley de Pékin », Panda TV, numéro trois chinois de la plate-forme de jeux vidéo en ligne, a annoncé le 9 mars devoir mettre la clé sous la porte, c’est moins à cause de l’orientation de ses locaux que de son incapacité à lever les fonds nécessaires à son développement. Conséquence : 500 salariés vont bientôt se retrouver au chômage. Une nouvelle faillite qui illustre les difficultés actuelles de l’économie chinoise.

  • mettre la clé sous la porte 关门

Tout comme l’annonce mercredi par le japonais Epson de la fermeture en 2021 de son usine de Shenzhen qui emploie 1 700 personnes. La ville qui symbolise l’ouverture de la Chine sur le monde devient trop chère pour les géants de l’électronique. Olympus et Samsung auraient fait récemment de même, affirme le journal Asia Times.

Certes, tout ne va pas mal. Le redressement de Xiaomi en témoigne. Après avoir affiché une perte de 43,9 milliards de yuans (5,7 milliards d’euros) en 2017, le quatrième fabricant mondial de smartphones vient d’annoncer un gain de 13,5 milliards de yuans en 2018 pour un chiffre d’affaires de 174,9 milliards, en hausse de 52,6 %. Mais ce succès s’explique par ses ventes en Inde et en Europe. En Chine, elles ont au contraire plongé de 34 % au dernier trimestre 2018. Avec l’automobile – dont les ventes continuent de chuter (– 13,8 % en février par rapport à l’année précédente), la téléphonie est l’un des secteurs qui souffrent le plus du ralentissement économique. Celui-ci n’est plus contesté par personne. Seule son ampleur l’est.

Officiellement, la croissance qui a atteint 6,6 % en 2018 devrait être comprise entre 6 % et 6,5 % cette année. Mais dans ce pays où les responsables régionaux surévaluent leurs performances économiques pour assurer leur promotion et où l’Institut de la statistique est aux ordres du Parti communiste, le doute est général. L’ancien économiste en chef de la Banque de l’agriculture, Xiang Songzuo, a même évoqué une croissance de 1,67 %.

Une nouvelle « normalité »

Les autorités ont fini par reconnaître du bout des lèvres une augmentation du chômage, passé de 4,9 % en décembre 2018 à 5,3 % en février, un sujet longtemps tabou. Plusieurs dispositions ont été annoncées en mars pour faire face à ce ralentissement. Les mesures fiscales (baisse des impôts et des taxes) joueront un rôle plus important que les mesures monétaires (baisse des taux d’intérêt).

  • reconnaître du bout des lèvres: 勉强承认

« Nous ne ferons pas de monetary easing », a déclaré le premier ministre Li Keqiang, le 15 mars, au cours de sa conférence de presse annuelle. Pas question d’ouvrir encore davantage les vannes du crédit dans un pays dont beaucoup jugent le niveau d’endettement global (environ 250 % du produit intérieur brut) inquiétant. Signe des temps : le premier ministre a, lors de cette conférence de presse, évoqué « les marchés » à 29 reprises. Dix jours auparavant, lors de l’ouverture de la session annuelle de l’Assemblée nationale du peuple, il y avait fait référence 57 fois.

  • ouvrir les vannes du credit: 打开信用的阀门

En revanche, le gouvernement va user du levier budgétaire : baisse des charges sociales et politique fiscale plus accommodante. La TVA sur les biens industriels sera réduite de 16 % à 13 % dès le 1er avril. La plupart des constructeurs automobiles ont déjà annoncé en faire bénéficier leurs clients. En raison de moindres recettes fiscales, le gouvernement « va se serrer la ceinture » selon Li Keqiang, limitant le dérapage de son déficit public de 2,4 % du produit intérieur brut (PIB) en 2018 à 2,8 % cette année. Un coup de pouce à la croissance, certes, mais limité. « Le fait qu’ils le laissent sous les 3 % montre une politique fiscale forte et proactive mais aussi restreinte », juge Carlos Casanova, économiste de la Coface basé à Hongkong.

  • un coup de pouce: 帮个小忙

Même si, en 2019, la Chine « continue de privilégier la croissance sur le désendettement », selon Alicia Garcia-Herrero, l’économiste responsable de l’Asie chez Natixis, la politique suivie n’a rien à voir avec celle menée après la crise de 2008. Selon des calculs d’UBS, les dépenses publiques progresseront cette année de 1,8 % contre 9,6 % entre 2008 et 2009. Sans doute parce que le ralentissement actuel fait partie d’un « atterrissage en douceur » structurel de l’économie chinoise. Une « nouvelle normalité » mise en avant par le président Xi Jinping dès 2014. Arrivé au pouvoir en 2013, celui-ci a, dans un premier temps, repris à son compte l’objectif du père de la Chine moderne Deng Xiaoping de doubler le PIB durant la décennie 2010-2020. On peut donc d’ores et déjà parier que le PIB officiel augmentera de 6,2 % l’année prochaine. En revanche, une fois son pouvoir consolidé en 2017, Xi Jinping n’a pas renouvelé cet engagement au-delà. Les dirigeants mettent désormais l’accent sur « la qualité » de la croissance.

  • atterrissage en douceur : 软着陆
  • une nouvelle normalité: 新常态

Cette nouvelle « normalité » risque d’avoir un impact international. Depuis 2008, la Chine est le principal pays contributeur de la croissance mondiale. Elle représente 15 % du PIB global et 10 % des échanges commerciaux. Alors que le conflit commercial avec les Etats-Unis constitue une menace supplémentaire dont les premiers effets se font désormais sentir, l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) estime qu’une décélération brutale de la Chine pourrait amputer de 0,4 point au moins la croissance mondiale. Or celle-ci est attendue à 3,3 % seulement en 2019. Si cette année, la croissance allemande devrait être plus faible que celle de la France, c’est notamment en raison du ralentissement chinois. Quand Pékin s’enrhume, la Bavière éternue !

  • quand Pékin s’enrhume, la Bavière éternue: 北京感冒,巴伐利亚打喷嚏

« Tout le monde risque d’être affecté mais certains plus que d’autres », indique Adam Slater, du cabinet d’analyses Oxford Economics. Les plus exposés sont les plus proches partenaires de Pékin, dont la croissance, ces dernières années, a été tirée par le robuste développement de leur puissant voisin. Parmi ceux-là, Taïwan, qui destine à la Chine près de la moitié de ses exportations, mais aussi Singapour, la Corée du Sud ou la Malaisie. Les secteurs industriels et technologiques de ces pays sont très intégrés aux chaînes de valeur chinoises, tous fournissant de nombreux composants nécessaires à la fabrication des biens made in China.

Les grands producteurs de matières premières sont aussi vulnérables au coup de frein d’une Chine grande consommatrice de pétrole, de cuivre ou de minerai de fer. Si le ralentissement perdure et s’accroît, il pourrait se traduire en une baisse d’appétit soudaine pour les hydrocarbures et métaux. La Russie, l’Australie, les pétromonarchies du Golfe et le Brésil seraient alors en première ligne.

  • coup de frein: 刹车
  • minerai de fer: 铁矿石

Signe de l’extrême sensibilité des marchés, l’action du groupe Prada a dévissé de plus de 9 % lundi à Hongkong. Alors que le marché chinois représente désormais un tiers du marché mondial du luxe, sa croissance ne devrait être « que » de 10 % cette année contre 20 % en 2018, affirme le cabinet Bain. Un chiffre dont n’osent même pas rêver bien des industriels mais qui, pour ce secteur, signe peut-être la fin d’un certain âge d’or.

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