用户工具

站点工具


20190322-p15-huawei

PERTES & PROFITS|HUAWEI

Joyau de l’empire

Par Philippe Escande

Qu’on se le dise, l’Europe reste une terre d’innovation et de créativité. L’Office européen des brevets l’a confirmé, le 12 mars, en dévoilant ses chiffres 2018. Cette année-là, 174 317 demandes de brevets européens ont été déposées sur son bureau, un nouveau record, en hausse de 4,6 % sur l’année précédente. Pourtant, à regarder la liste des entreprises déposantes, un doute surgit. Si le premier du classement reste l’indéboulonnable Siemens, le deuxième s’appelle Huawei. Ce dernier a déposé en Europe 2 485 demandes, soit trois fois plus que le premier français du classement, Valeo, 18e avec 784 brevets. Le finlandais Nokia, concurrent de Huawei et acquéreur du français Alcatel en 2015, pointe à la 20e place.

Mais le chinois, numéro un mondial des équipements télécoms, ne protège pas ses inventions qu’en Europe. Selon le dernier classement de l’Organisation mondiale de la propriété intellectuelle (OMPI), une agence des Nations unies, le premier déposant mondial de brevets en 2018 s’appelle… Huawei. Avec 5 405 demandes, il devance un japonais (Mitsubishi Electric), deux américains (Intel et Qualcomm) et un autre chinois, ZTE.

L’année 2018 est donc à marquer d’une pierre blanche, celle où la Chine est enfin parvenue au sommet de l’excellence mondiale. Du moins dans le secteur des télécoms. Créée en 1987 par un ancien ingénieur de l’Armée rouge, Huawei a commencé par vendre de simples commutateurs téléphoniques à Hongkong et dans les provinces reculées du pays, ignorées par les entreprises d’Etat, souvent liées par des sociétés communes aux deux ténors occidentaux de l’époque, Alcatel et Siemens. Dix ans plus tard, la firme partait sur les mêmes principes à l’assaut de l’Afrique, puis de l’Europe, aidée par les banques d’Etat dans son expansion, mais aussi par son ambition de montée en gamme. A chaque génération technologique, elle rattrapait son retard. Sur la dernière, la 5G, elle est le leader.

Un nouvel ordre

Aussi, pour tout un pays, Huawei montre la voie à suivre. Le plan Made in China 2025 ne dit pas autre chose. Pour en finir avec la dépendance technologique et son statut d’éternelle usine du monde, tout le monde doit suivre sa trace : dans les composants, l’automobile, l’aéronautique, et même dans le tourisme et l’hôtellerie. Pas étonnant donc que les réactions soient violentes. Particulièrement aux Etats-Unis, dont le magistère technologique est menacé. D’autant que le statut non démocratique de l’empire du Milieu incite à la défiance quant au risque d’espionnage technologique grâce à la présence de Huawei dans les réseaux télécoms de la planète.

Autrement dit, l’âge d’or du marché chinois semble derrière nous pour les grands industriels occidentaux. Apple et Volkswagen commencent à s’en apercevoir. Ce n’est pas la fin du monde, l’enrichissement de la Chine soutient l’économie mondiale, juste un nouvel ordre qui s’installe et impose de ne céder ni à la panique ni à la naïveté.

20190322-p15-huawei.txt · 最后更改: 2019/03/22 10:55 由 82.251.53.114