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Face à la Chine, l’Europe cherche l’union

Emmanuel Macron, jeudi 21 mars, à Bruxelles. JEAN-CLAUDE COUTAUSSE/FRENCH-POLITICS POUR « LE MONDE »

Cécile Ducourtieux Cédric Pietralunga (À Paris), Et Jean-Pierre Stroobants

La Commission entend introduire le principe de « réciprocité » dans l’attribution des marchés publics

BRUXELLES - bureau européen

C’est une première. Emmanuel Macron réunira, à l’Elysée, mardi 26 mars, le chef d’Etat chinois, Xi Jinping, la chancelière allemande, Angela Merkel, et le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker. Objectif : « poser les bases d’un partenariat euro-chinois fort », explique l’entourage du président français, alors que les relations entre le Vieux Continent et l’empire du Milieu restent marquées par de fortes tensions sur le plan commercial.

La tenue de cette rencontre, révélée, jeudi 21 mars, en marge du Conseil européen de Bruxelles, est la première démonstration de la nouvelle politique que tente d’impulser la Commission européenne, sous la pression de Paris et de Berlin, vis-à-vis de Pékin.

Jusqu’ici, les pays membres négociaient individuellement avec la Chine. Mais « il n’est plus temps de jouer au chacun pour soi, estime-t-on dans l’entourage de M. Macron. Il faut avoir une approche coordonnée et non plus divisée, éviter l’esprit de compétition qu’on a pu avoir. Si on veut exister, il faut parler d’une même voix. »

Le premier acte concret de cette nouvelle politique pourrait être l’adoption d’un nouvel instrument destiné à assurer la « réciprocité » entre l’Union européenne (UE) et la Chine dans l’attribution des marchés publics. Un enjeu considérable, puisque ces derniers pèsent 2 400 milliards d’euros, plus de 16 % du produit intérieur brut (PIB) européen.

Selon une version provisoire des conclusions du Conseil européen, qui devait aborder cette question, vendredi 22 mars, « l’UE doit protéger ses intérêts des pratiques inéquitables d’Etats tiers et d’investissements qui mettent en péril sa sécurité et son ordre public. Elle doit utiliser ses instruments de défense commerciale (…) et son système de surveillance des investissements étrangers. Elle doit aussi s’assurer de la réciprocité effective dans l’attribution des marchés publics [à ses entreprises] dans les pays tiers. » L’utilisation du terme « réciprocité » dans ce type de document, adopté au consensus par les gouvernements de l’UE, n’a rien d’anodin. Quand, en 2012, la Commission avait, pour la première fois, proposé un système destiné à obliger les pays – notamment la Chine – au même degré d’ouverture dans l’attribution de ses marchés publics que celui respecté en Europe, cette suggestion avait été brutalement rejetée, notamment par Berlin.

C’était Michel Barnier, alors commissaire chargé du marché intérieur, qui s’était risqué sur ce terrain. L’actuel négociateur en chef du Brexit avait proposé que les entreprises étrangères ne puissent s’aligner sur des marchés publics européens qu’à la condition que les pays dont elles étaient originaires offrent des conditions similaires aux sociétés européennes. La Commission avait tenté de relancer l’idée, en 2016, sans plus de succès.

« Partenariat gagnant-gagnant »

Depuis, l’attitude de Berlin a changé. L’OPA d’une société chinoise sur sa pépite de la robotique Kuka a aidé à la prise de conscience de la classe politique allemande. Récemment, le ministre de l’économie, Peter Altmaier (CDU), a adopté la même ligne, dure, que son homologue français, Bruno Le Maire, en réclamant une nouvelle approche industrielle de la part de l’UE. « Je me félicite de ce réveil européen », a déclaré M. Macron, à son arrivée à Bruxelles, jeudi.

Sous l’impulsion de Paris et de Berlin, la Commission a donc remis sur la table une proposition modernisée : l’UE pourrait restreindre l’accès des sociétés étrangères à ses marchés publics lorsque leur Etat d’origine use de pratiques discriminatoires envers l’UE. Une pénalité pouvant aller jusqu’à 20 % serait alors appliquée aux dossiers étrangers lors des appels d’offres.

« L’UE est la plus ouverte en matière de marché public, et un instrument de réciprocité est important dans ce cadre », souligne t-on à l’Elysée. « La Chine, c’est, pour nous, à la fois un défi et un partenaire. (…) Nous voulons un partenariat gagnant-gagnant », a résumé le ministre de l’Europe et des affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, mercredi 20 mars, à l’Assemblée nationale.

Pouvoir débattre de cet instrument, aujourd’hui, est la preuve « de l’évolution des Etats membres », affirme un diplomate d’un pays traditionnellement favorable au libre-échange. « Ils se rendent compte qu’on est bien trop gentils de laisser le monde entier participer à nos marchés publics, alors qu’ailleurs c’est beaucoup plus compliqué. »

Si Paris, Bruxelles et Berlin sont désormais sur la même longueur d’onde, il n’est pas sûr, néanmoins, que tous les suivront. Les pays scandinaves, même privés du Royaume-Uni, restent réticents. Ceux du Sud – Italie, Portugal, Grèce – également, pour d’autres raisons : éreintés par l’austérité, ils ont besoin des investissements chinois.

A Paris, on s’inquiète de l’intention de certains pays européens (13 à ce stade) de rejoindre, sans coordination préalable au niveau des Vingt-Huit, le projet des « nouvelles routes de la soie », ce vaste plan chinois de développement des liens terrestres et maritimes entre l’Asie, l’Afrique et l’Europe. Après la Croatie, la République tchèque, la Hongrie, la Grèce, Malte, la Pologne et le Portugal, l’Italie devait profiter de la venue de Xi Jinping sur son sol, jeudi, pour devenir le premier pays du G7 à rejoindre ce projet pharaonique.

« Nous ne sommes pas au bout du chemin, mais il y a une convergence politique sur ce que doit être l’UE en matière commerciale et industrielle dans le monde », estime-t-on à l’Elysée. L’attitude menaçante de l’administration américaine, qui pourrait finir par s’entendre avec la Chine sur le dos de l’industrie européenne, pourra, peut-être, contribuer à l’accélération de cette prise de conscience. A défaut, elle pourrait devenir « le terrain de jeu des Etats-Unis et de la Chine, qui y poursuivraient leur compétition géo-économique », comme l’affirme l’expert allemand Thorsten Benner.

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