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Brexit : l’UE accorde un sursis à Theresa May

  • un sursis: 缓刑

Theresa May, le 21 mars, au Conseil européen, à Bruxelles. JEAN-CLAUDE COUTAUSSE/FRENCH-POLITICS POUR « LE MONDE »

Cécile Ducourtieux, Cédric Pietralunga (À Paris) Et Jean-Pierre Stroobants

La sortie du Royaume-Uni est reportée au 12 avril, voire au 22 mai si le Parlement vote l’accord de divorce la semaine prochaine

BRUXELLES - bureau européen

Il fallait s’accrocher car des diplomates eux-mêmes s’y perdaient, dans la nuit de jeudi 21 à vendredi 22 mars. Alors que les dirigeants de l’Union européenne (UE) à Vingt-Sept planchaient sur le moyen de répondre à la première ministre britannique, Theresa May, sans tomber dans son piège, qui était de leur faire porter la responsabilité d’un « no deal » sur le Brexit, ou de faire voler en éclats leur unité et d’obtenir un répit sans conditions, le plan auquel ils sont finalement parvenus, au bout d’au moins sept heures de réflexion, est aussi malin que complexe.

  • faire voler en éclats: shatter sth.
  • Un répit

A moins de deux cents heures de la date prévue jusqu’ici du Brexit, le 29 mars, Theresa May était venue quérir à Bruxelles un report du divorce au 30 juin, après deux tentatives ratées pour faire ratifier, par la Chambre des communes, l’accord conclu quatre mois plus tôt. Elle cherchait aussi à éviter un « no deal » chaotique, contre lequel ont aussi voté les députés britanniques, à la mi-mars. Les Européens lui ont apporté une réponse à double détente.

Si Theresa May – ou un autre dirigeant britannique, car les Européens ont des doutes quant à sa capacité à se maintenir au pouvoir – parvient à faire approuver le traité de divorce dès la semaine prochaine, le Brexit aura lieu le 22 mai.

Cette date n’a rien d’innocent : elle précède en effet les élections européennes, qui ont lieu du 23 au 26 mai partout dans l’UE. Or, ces dernières semaines, il est apparu impossible, pour des raisons juridiques et politiques, de prendre le risque que le Brexit pollue ce scrutin sensible. « Il faut que le sujet du Brexit ait été réglé au moment ou les Européens votent », soulignait une source élyséenne, jeudi.

Si le gouvernement britannique ne parvient toujours pas à faire ratifier l’accord du divorce la semaine prochaine, le délai sera raccourci au 12 avril. Les Britanniques devront alors signifier avant cette échéance s’ils comptent ou non participer aux élections européennes. Si oui, ils se retrouveront de fait dans la position de réclamer un report long du Brexit, éventuellement jusqu’à la fin 2020. Et ils auront à le justifier (organisation d’élections générales, nouveau référendum, etc.). Si le Royaume-Uni ne compte pas participer à ce scrutin européen, alors il devra assumer un « no deal », c’est-à-dire l’échec de deux ans de négociations, aux conséquences imprévisibles.

Devant un choix historique

Pourquoi le 12 avril ? Il s’agit de la date butoir, au Royaume-Uni, pour organiser le scrutin européen. « C’est la vraie date fatidique », explique-t-on à l’Elysée, d’autant plus que « cela ne voudra pas dire qu’une extension longue est octroyée automatiquement [si Londres la réclame] ». Cette date permet, par ailleurs, de donner un peu d’air outre-Manche à la Chambre des communes et au gouvernement, en cas de vote négatif, pour changer de cap. « Si aucune décision n’est prise par Londres d’ici au 12 avril, un report de longue durée deviendra impossible », a par ailleurs précisé Donald Tusk, le président du Conseil. En clair : l’UE à Vingt-Sept donne quinze jours de plus à Theresa May pour réfléchir à sa stratégie, sachant que son pari de maintenir l’unité de son parti, les tories, tout en poussant coûte que coûte l’accord de retrait basé sur une sortie du marché intérieur et de l’union douanière n’a pas fonctionné.

Les Européens voulaient éviter un sommet extraordinaire à la veille du Brexit théorique du 29 mars, tel qu’initialement imaginé par Jean-Claude Juncker et Donald Tusk, respectivement présidents de la Commission et du Conseil. Il les aurait mis devant un choix historique : le « no deal » ou un report très long du Brexit, tout aussi difficile à accepter.

Or, depuis le début du processus, ils veulent souligner que la volonté de divorcer est celle des Britanniques, et pas la leur. Ils ont toujours refusé, et refusent encore, d’en porter la responsabilité et entendent forcer le gouvernement britannique à assumer seul son choix. Soit le « no deal », le « deal », ou un report long. Le dispositif imaginé jeudi soir répond précisément à ce souci. « Nous avons apporté une réponse protégeant nos intérêts, qui permet à l’UE de continuer à fonctionner », a déclaré Emmanuel Macron à sa sortie du Conseil. « Je voulais absolument éviter un sommet la semaine prochaine. Il appartient aux Britanniques de lever les ambiguïtés qui sont les leurs, nous, nous n’en avons pas », a-t-il ajouté.

Vivre dans l’incertitude

Le premier ministre néerlandais Mark Rutte jugeait, quant à lui, que « le maximum » avait été fait pour faciliter une solution. La chancelière allemande, Angela Merkel, a, quant à elle, dit vouloir « travailler jusqu’à la dernière minute » pour éviter une sortie désordonnée du Royaume-Uni. « Si on s’était réunis quelques heures avant la date fatidique du 29 mars, on se serait mis dans une situation ou le choix aurait été de rétablir une frontière dans l’heure en Irlande [une décision ultrasensible] ou un délai sans aucun cadrage », ajoute encore un proche du président français.

A son arrivée à Bruxelles, le président français avait tenu des propos martiaux : « L’accord de retrait ne peut pas être renégocié. En cas de vote négatif britannique, nous irions vers un “no deal”. » En réunion, M. Macron a plaidé en faveur d’un couperet au 12 avril, avec les premiers ministres belge, Charles Michel, et luxembourgeois, Xavier Bettel. Il aurait toutefois préféré, pour l’option d’une extension technique en cas d’accord à Londres sur le traité de retrait, la date du 7 mai. Afin de se laisser un peu plus de temps pour capitaliser politiquement sur une victoire des Européens (le divorce ordonné), avant le scrutin des européennes ?

Reste maintenant à déterminer si l’accord clarifie vraiment la situation. Et c’est loin d’être sûr, car les citoyens et les entreprises de l’UE vont devoir vivre encore, au moins jusqu’au 12 avril, dans l’incertitude. Pour Theresa May, ce dernier conseil bruxellois aura, en tout cas, été un rendez-vous humiliant : elle a dû s’expliquer, durant quatre-vingt-dix longues minutes, face à ses vingt-sept pairs, sur son « plan » pour faire ratifier le traité du divorce. Sans, une fois de plus, convaincre. Elle a ensuite attendu pendant quatre heures, enfermée dans sa délégation, que les autres dirigeants aient trouvé le bon moyen pour lui repasser le mistigri d’un « no deal ». « Je ferai tous mes efforts pour qu’un Brexit reporté débouche sur un accord », a-t-elle assuré à l’issue du Conseil. Mais jeudi soir, tous ses interlocuteurs ont noté que la dirigeante britannique prenait très au sérieux l’hypothèse d’un « no deal ».

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