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L’œuvre sulfureuse de la comète chinoise Ren Hang

Cl. G.

Quelque 150 tirages du photographe chinois, qui s’est suicidé en 2017, à l’âge de 29 ans, sont exposés à la MEP de Paris

En 2017, la mort du Chinois Ren Hang avait suscité un raz-de-marée d’émotion sur les réseaux sociaux du monde entier. Il faut dire que le jeune photographe avait tout pour devenir un mythe. Une œuvre sulfureuse, mêlant les corps nus en des échafaudages osés. Un parcours freiné par la censure en Chine, où son travail était qualifié de pornographique. Et, enfin, après une longue dépression traduite en poèmes sombres, un suicide à 29 ans, qui l’a hissé au rang des tragiques comètes du monde de l’art.

A la MEP, en 150 tirages, l’exposition confronte la légende à la réalité des images. Et celles-ci imposent, dès l’entrée, leur fraîcheur et leur ton singulier. Ren Hang renouvelle le genre éculé du nu en traitant à égalité filles et garçons, en jouant sur les répétitions et les symétries, multipliant les motifs à base de bouches et d’ongles rouges, de toisons noires – chevelures ou poils pubiens – pour fabriquer des corps hybrides. Les jambes et les bras se dédoublent, les yeux et les mains s’égarent et s’échangent. Certaines images évoquent les fantasmes de Pierre Molinier (1900-1976), qui, dans ses photomontages surréalistes, se réinventait en mêlant féminin et masculin. Le directeur de la MEP, Simon Baker, fait plutôt le lien avec l’œuvre provocatrice du Russe Boris Mikhailof au temps de l’URSS : « Tous deux ont travaillé dans un Etat totalitaire et ont trouvé un espace de liberté dans la performance et la “mauvaise conduite”. »

Economie de moyens

Ren Hang n’a jamais fait poser des mannequins : ce sont ses proches, son compagnon et des gens rencontrés sur les réseaux sociaux qui participent activement aux mises en scène. Mais si ses images abordent frontalement la sexualité et l’homosexualité – les plus osées sont regroupées dans une salle ornée d’un avertissement –, elles sont comme dépourvues de charge érotique : du fait des regards fixes, de l’absence de sourire, des multiples contorsions. D’image en image, c’est moins le désir qui domine que l’étrange. D’autant que Reng Hang aime à associer aux corps nus des animaux de toutes sortes et des éléments naturels – il a fait d’étonnantes séries avec ses amis dans les parcs, la nuit, au nez et à la barbe de la police. Ces irruptions d’une nature inquiétante donnent une dimension fantastique aux images, encore accentuée par l’usage du flash. Un paon prête ses plumes chatoyantes et son œil fixe à une jeune fille, un nénuphar fait ressortir la fragilité des corps et leur aspect diaphane.

Le plus frappant est l’économie de moyens avec lesquels l’artiste a travaillé – en comparaison, les grands tirages pleins de sophistication ironique de la jeune Espagnole Coco Capitan, à l’étage au-dessus, semblent bien artificiels. Autodidacte, fils d’un cheminot et d’une ouvrière, pétri d’ennui à la fac, Ren Hang fabriquait ses images avec ses amis entassés dans sa chambre exiguë, muni d’un minuscule Minolta. Même lorsque les magazines et les galeries se sont intéressés à son travail, il a conservé le côté collectif et artisanal de ses performances.

A la MEP, les tirages proviennent de collections privées européennes et chinoises, peu d’institutions ayant fait entrer son travail dans leurs fonds. Si le photographe a produit des milliers d’images au cours de sa carrière éclair, il ne les a pas toutes tirées, et le devenir de l’œuvre reste en suspens : sa mère, à qui il avait consacré une série, bloque toute vente de tirages. Pour l’exposition, elle a refusé qu’on publie catalogue ou cartes postales. Les admirateurs de l’étoile filante Ren Hang se contenteront d’une affiche, déjà vendue à un millier d’exemplaires.

Love, de Ren Hang. Maison européenne de la photographie, 5-7, rue de Fourcy, Paris 4e. Jusqu’au 26 mai. Mep-fr.org

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