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A Londres, complots et frondes parlementaires après le report du Brexit

Philippe Bernard

Theresa May espère encore faire voter l’accord de divorce conclu avec l’UE, mais les conservateurs continuent de se déchirer

LONDRES - correspondant

Pour les Britanniques, la semaine qui s’ouvre devait être celle du départ de l’Union européenne (UE). Dans chacun de ses discours, Theresa May s’est engagée à ce que le Brexit ait lieu le vendredi 29 mars, deux ans jour pour jour après qu’elle a déclenché la procédure de divorce, conformément à l’article 50 du traité de Lisbonne. Les partisans du Brexit avaient déjà baptisé le 29 mars « Independance Day ».

Or, jeudi 21 mars à Bruxelles, la première ministre a été contrainte de solliciter un report de cette date, faute d’avoir réussi à faire ratifier par le Parlement l’accord qu’elle a conclu en novembre avec l’UE. Au lieu du report au 30 juin qu’elle demandait, l’UE lui a accordé un sursis seulement jusqu’au 12 avril, et jusqu’au 22 mai si elle obtient enfin l’aval des députés dans les prochains jours, perspective de plus en plus incertaine. Devant cette impasse persistante, la semaine, au lieu d’être placée sous le signe du « départ de l’UE », s’ouvre sur les rumeurs de complots ministériels destinés à provoquer un autre départ, celui de Theresa May.

Ce n’est pas la première fois, loin de là, que la presse spécule sur sa mise à l’écart. Mais la récente succession de bévues et d’humiliations – discours hostile à l’encontre des députés qu’elle cherche à rallier, rebuffade à Bruxelles et manifestation hostile de 1 million de personnes à Londres – ne fait que renforcer l’ambiance de fin de règne. « Je crains que ce soit terminé pour la première ministre, a déclaré George Freeman, un député conservateur europhile et ancien conseiller de Mme May. Nous avons besoin d’une nouvelle chef du gouvernement capable de nouer un dialogue avec l’opposition et de construire une coalition en vue d’un plan B. »

La proximité de la nouvelle date butoir du 12 avril fixée par l’UE aiguise les appétits. Deux journaux dominicaux ont rapporté que deux membres du gouvernement – l’europhile David Lidington, bras droit de Mme May, et l’eurosceptique Michael Gove, ministre de l’environnement – étaient prêts à supplanter la première ministre en arguant d’une situation d’urgence.

Les démentis catégoriques des intéressés sont loin d’avoir éteint les rumeurs de « coup d’Etat » contre Mme May et la presse soupèse les chances respectives des candidats à sa succession. M. Lidington a assuré que la première ministre faisait un « formidable travail ». « Si travailler auprès d’elle produit un effet, a-t-il rétorqué, c’est de vous guérir de la moindre ambition de vouloir être à sa place. »

Quant à l’ambitieux et roué M. Gove, il a déclaré de façon plus ambiguë que « ce n’est pas le moment de changer de capitaine ». Le chancelier de l’Echiquier (ministre des finances), Philip Hammond, lui, a assuré que ceux qui parlaient de « coup » visant Mme May « s’écoutent parler » et que « changer de première ministre n’aiderait pas à avancer ». Mais les déclarations du très flegmatique chancelier, pas plus que les autres, ne peuvent vraiment rassurer Mme May : les députés conservateurs sont « très agacés » et « veulent à tout prix aller de l’avant », a-t-il déclaré dimanche matin sur SkyNews.

Série de votes indicatifs

Dimanche, Mme May a réuni dans sa résidence de Chequers des élus brexiters, dont son rival Boris Johnson. Ces derniers lui auraient demandé, en vain, de donner une date pour son départ, en contrepartie du vote du deal. Mme May a « complètement laissé filer » le Brexit, a estimé lundi l’ancien ministre des affaires étrangères, dans sa chronique du Daily Telegraph.

Partisan du maintien d’un maximum de liens avec l’UE, conformément au souhait des chefs d’entreprise et de la City, M. Hammond a reconnu qu’il « paraît très difficile de rassembler une majorité » en faveur de l’accord défendu par Mme May. Le gouvernement devrait soutenir l’idée d’une série de votes indicatifs du Parlement sur les options alternatives que la première ministre a toujours écarté comme la peste : maintien dans le marché unique et l’union douanière, voire second référendum, « une proposition parfaitement logique », a-t-il même affirmé.

Le lundi 25 mars pourrait marquer une nouvelle étape dans l’affaiblissement de la première ministre. Les députés pourraient prendre la main sur leur propre ordre du jour et donc sur le Brexit, en adoptant un amendement bipartisan prévoyant l’organisation de votes sur les différentes options alternatives au « deal » qu’ils refusent. Ces votes pourraient avoir lieu mercredi.

On prête à Mme May l’intention d’attendre leur résultat, soit pour tenter de nouveau de faire passer son accord, soit pour l’enterrer au profit d’un Brexit plus modéré. Dans ce cas, il lui faudra solliciter un nouveau délai de l’UE – option qu’elle exclut formellement aujourd’hui –, au risque d’amener les partisans d’un Brexit dur à déclencher des élections législatives pour tenter de faire élire un des leurs et reprendre la main. A moins qu’elle ne finisse par être sauvée une fois encore par l’incapacité des conservateurs à se mettre d’accord sur le nom d’un successeur.

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