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Front européen face à la Chine de Xi Jinping

Xi Jinping et Emmanuel Macron, à l’Elysée, le 25 mars. JULIEN MUGUET POUR « LE MONDE » Brice Pedroletti Et Marc Semo

Paris, Berlin et Bruxelles cherchent à répondre d’une seule voix aux ambitieuses « nouvelles routes de la soie »

Pour sa seconde rencontre à l’Elysée, le 26 mars, avec le président chinois Xi Jinping, au dernier jour de sa visite d’Etat en France, Emmanuel Macron a convié la chancelière allemande, Angela Merkel, et le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker. Par cette configuration surprise – elle fut annoncée vendredi à la presse –, qui réunit les trois plus puissants personnages de l’Union européenne face au numéro un chinois, le président français entend impulser une approche plus « coordonnée » des Européens dans les relations avec Pékin.

Un front commun qui, jusqu’à présent, se dérobait au niveau suprême des décisions politiques : « Au-delà de la relation bilatérale, nous avons placé au centre de nos discussions la question du partenariat entre la Chine et l’Europe », a précisé M. Macron lors d’une allocution prononcée à l’Elysée, en fin d’après-midi lundi 25 mars, au côté de son homologue chinois. Ce partenariat « doit être défini sur des bases claires, exigeantes et ambitieuses », a-t-il précisé.

« On ne peut pas mieux symboliser l’idée d’une Europe coordonnée que cet effort d’engagement, au moins ponctuellement, du numéro un chinois, explique au Monde François Godement, conseiller Asie à l’Institut Montaigne. C’est un moyen de le faire sortir de son système de relation pays par pays : M. Xi peut bien se charger du détail des relations bilatérales jusqu’à Monaco [où il était en visite d’Etat après l’Italie le 24 mars], mais c’est le premier ministre Li Keqiang qui est chargé des relations avec Bruxelles. » Or, ce dernier est largement marginalisé au sein de l’Etat-parti dirigé par Xi Jinping.

Traduction de Confucius

C’est bien sûr le président chinois qui a signé en grande pompe, à Rome, à la veille de son arrivée en France, un protocole d’accord pour les « nouvelles routes de la soie » (ou la Belt and Road Initiative, BRI), avec l’Italie, troisième économie de l’UE, dirigée par un gouvernement populiste eurosceptique. Emmanuel Macron n’a pas manqué de souligner que son hôte effectuait sa tournée européenne « à un moment où l’UE est à l’heure des choix ». « Vous arrivez de Rome, nous étions hier dans un monument historique inspiré de la Grèce antique », a-t-il déclaré au sujet de la villa Kerylos à Beaulieu-sur-Mer (Alpes-Maritimes) où le couple présidentiel a reçu dimanche M. Xi Jinping et son épouse, la chanteuse Peng Liyuan. M. Macron y a offert au président chinois une traduction de Confucius en latin et en français dans un grimoire datant du XVIIe siècle.

Le 21 mars, M. Macron s’était exprimé dans des termes plus directs à l’issue du sommet européen où les Vingt-Huit avaient discuté d’un durcissement de la stratégie de l’UE face à la Chine. « Le temps de la naïveté européenne est révolu », avait-il lancé. Véritable point d’orgue politique du séjour hexagonal de l’homme fort de Pékin, la rencontre du 26 mars, dans un format pour le moins inédit, coïncide avec un tournant dans la perception de la montée en puissance chinoise.

Après l’adoption en février par le Parlement européen d’un outil de filtrage des investissements dans les secteurs stratégiques, les Etats membres se sont attelés à la mise au point d’un système assurant une réciprocité d’accès aux marchés publics. Car Bruxelles n’hésite plus à présenter la Chine comme un « rival systémique » et un « concurrent stratégique ».

  • un outil de filtrage des investissements: 一个筛选投资的工具。
  • s’atteler à: 致力于
  • un rival systémique: 系统性的对手
  • un concurrent stratégique: 策略上的竞争者

« Pour défendre le multilatéralisme, la discussion doit se passer au niveau de l’Europe et non pas de la France seule », fait valoir l’Elysée. Berlin est au diapason. Dans un entretien avec Die Welt, le ministre des affaires étrangères allemand, Heiko Maas, appelait aussi à l’unité de l’UE et soulignait que « si certains pays croient pouvoir faire de bonnes affaires avec les Chinois, ils seront surpris quand ils s’apercevront qu’ils sont devenus dépendants ».

  • être au diapason: 合拍,同意。愿意是音叉一致

Pékin a en outre démontré jusqu’alors son peu d’intérêt pour les propositions de collaboration de l’UE : « La Commission avait essayé de faire participer la Chine à des financements européens, mais celle-ci avait accepté des engagements extrêmement réduits, par crainte d’avoir à souscrire aux critères d’appels d’offres, explique M. Godement. Il y a une frustration concrète dans l’UE sur le caractère très limité des projets communs. »

Pourtant, Pékin ne cesse, comme l’a fait M. Xi lundi, d’assurer chacun des pays européens qu’il visite de « la grande importance que la Chine attache aux relations sino-européennes ». « Nous voulons que notre développement profite aux autres aussi », a-t-il assuré, reproduisant les éléments de langage distribués à l’envi dans des tribunes ou des publireportages par la diplomatie chinoise sur les « routes de la soie ».

Le contexte des tensions commerciales entre Chine et Etats-unis donne-t-il cette fois à l’Europe un certain levier ? Emmanuel Macron semble miser dessus, qui ne cesse, dans son rapport avec la Chine d’alterner séduction et fermeté. « J’avais commencé ma visite en Chine à Xian [en janvier 2018] sur le chemin des anciennes routes de la soie que la Chine propose de retracer et que nous voulons double sens. Je crois qu’il existe là la possibilité d’une rencontre utile pour le monde », a-t-il argué lundi.

« Respect des pays »

Pour la France, signer un protocole d’accord sur les « routes de la soie » comme l’a fait l’Italie n’a pas de sens – dans la mesure où, dit-on à l’Elysée, il s’agit d’un « projet chinois ». Mais Paris avait exprimé dès les débuts de l’initiative chinoise, en 2013-2014, son souhait de collaborer à des « projets concrets en pays tiers le long des “routes de la soie” » – sous condition, notamment en Afrique. Cette collaboration serait près de se concrétiser « dans le respect des pays traversés et des normes internationales que nous définissons au G20 », a assuré le président français. Son homologue chinois a précisé que « trois listes de projets pilotes ont été définies ».

Paris et Pékin ont par ailleurs annoncé l’ouverture d’un centre Pompidou à Shanghaï « à l’automne ». Quant aux droits de l’homme, M. Macron a assuré lundi avoir transmis à son interlocuteur « les préoccupations qui sont les nôtres et celles de l’Europe sur la question du respect des droits fondamentaux en Chine et sur plusieurs cas individuels sur lesquels nous avons discuté ensemble ». Près d’un demi-millier de manifestants s’étaient rassemblés lundi après-midi sur le parvis des Droits-de-l’Homme, au Trocadéro, pour protester contre le traitement par Pékin de ses minorités ethniques ouïgoure et tibétaine.

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