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LA CRISE POLITIQUE EN ALGÉRIE

Bouteflika lâché par l’armée algérienne

Manifestation à Alger, mardi 26 mars. RAMZI BOUDINA/REUTERS Amir Akef Et Frédéric Bobin

Face à la contestation populaire, le chef d’état-major Ahmed Gaïd Salah a proposé de déclarer l’empêchement du président. Les Algériens suspectent une nouvelle manœuvre pour tenter de sauver le système

ALGER, TUNIS - correspondants

Le coup est donc parti de l’état-major de l’armée, promu arbitre à la faveur d’une crise qui n’avait que trop duré. Alors que l’Algérie est sur le point d’entrer dans sa sixième semaine de protestation contre le président Abdelaziz Bouteflika, le général Ahmed Gaïd Salah, chef de l’Armée nationale populaire (ANP), a officialisé sa rupture, mardi 26 mars, avec le chef de l’Etat en lui montrant la voie de la sortie. Si l’injonction se pare de la légalité constitutionnelle, tout en se prévalant des « revendications légitimes du peuple », une telle intervention de l’ANP dans le débat public ne manquera pas de raviver de vieilles querelles sur le rôle des « décideurs militaires » dans la vie politique de l’Algérie depuis son indépendance en 1962.

  • l'état-major de l'armée:陆军参谋部
  • promu arbitre: 提拔为仲裁
  • a la faveur de: grâce à/ à cause de
  • raviver de vieilles querelles: 唤起陈旧的争执

En tournée dans la quatrième région militaire de Ouargla, la grande ville du Sud algérien à 750 kilomètres d’Alger, M. Gaïd Salah a proposé de hâter la retraite politique de M. Bouteflika en activant l’article 102 de la Constitution, relatif à l’empêchement du chef de l’Etat. En vertu de cette disposition de la loi fondamentale, le président du Conseil constitutionnel, constatant l’impossibilité du chef de l’Etat d’exercer ses fonctions pour « cause de maladie grave et durable », est habilité à demander au Parlement de « déclarer » son « état d’empêchement ».

  • En vertu de 按照
  • Habiliter à授予权利 avoir habilité à succéder 有继承的资格
  • Au point que 以至于+subf.
  • En boucle: plusiers fois a la suite en recommencant chaque fois a partir du debut循环
  • Le scrutin投票,选举
  • Fervent虔诚的;热情的

Agé de 82 ans, M. Bouteflika est très affaibli par la maladie au point qu’il n’est pas intervenu publiquement depuis 2013. Les cérémonies officielles organisées en son honneur par ses partisans se déroulaient depuis devant son simple portrait encadré.

Le message du général Gaïd Salah, diffusé en boucle à la télévision publique, confirme l’existence de fractures profondes au sein du régime algérien quant au sort à réserver à M. Bouteflika. Le général Gaïd Salah avait fait partie des plus fervents soutiens à la candidature du chef de l’Etat à un cinquième mandat pour le scrutin initialement prévu le 18 avril. A Alger, on le disait tenu par une « parole donnée » au chef de l’Etat.

« Tous moyens appropriés »

Mais, à mesure que la contestation s’amplifiait, à partir du 22 février, contre cette candidature, puis à compter du 11 mars contre la décision de M. Bouteflika de proroger son quatrième mandat jusqu’à une élection reportée sine die, le patron de l’ANP a dû composer avec la fièvre de la rue. Son discours s’est pondéré au fil des jours. Après avoir dénoncé les « appels anonymes douteux » visant à pousser « les égarés vers des issues incertaines et dangereuses », il a fini par louer le « sens du patriotisme » et le « civisme inégalé » du « peuple algérien ». Une telle évolution portait en germe le divorce avec le chef de l’Etat, consacré mardi.

  • sine die: 拉丁文,无期限

Pour justifier son geste qui bouscule les formes, le général Gaïd Salah a invoqué des risques sécuritaires. Les manifestations contre la prolongation du quatrième mandat de M. Bouteflika sont restées pacifiques jusqu’à présent, a-t-il dit, mais la « situation peut être retournée ». Les rassemblements « peuvent être instrumentalisés par des forces ennemies internes ou externes », a-t-il mis en garde.

Formellement, le chef de l’armée ne fait que « suggérer » l’option d’activer l’article 102 de la Constitution, prévoyant l’empêchement du président de la République et la mise en œuvre d’un intérim exercé par le président du Conseil de la nation (Sénat) jusqu’à la tenue d’une élection présidentielle. Mais, dans le contexte de la protestation amorcée le 22 février, une telle proposition inflige un sévère camouflet à M. Bouteflika et prend l’allure d’une injonction adressée au Conseil constitutionnel.

Pour le camp présidentiel, qui œuvrait encore laborieusement à la formation d’un gouvernement, la sortie du chef de l’armée est assurément un coup dur. Vingt-quatre heures plus tôt, l’ancien secrétaire général du Front de libération nationale, Amar Saadani, suppliait pratiquement, dans un entretien au site Tout sur l’Algérie, de laisser au moins Abdelaziz Bouteflika terminer son mandat jusqu’au 28 avril. Le message n’a pas été entendu, l’armée ne souhaitant pas, de toute évidence, se retrouver à cette date devant un vide institutionnel, celui d’un mandat se concluant par une vacance du pouvoir présidentiel.

L’article 102 prévoit deux cas de figure : la démission ou l’empêchement pour raison de santé. En l’absence de démission du chef de l’Etat, c’est l’empêchement qui s’impose comme unique solution susceptible de le pousser vers la sortie avant l’expiration de son mandat le 28 avril. A moins que M. Bouteflika se ravise et renonce de lui-même, au risque de sembler avoir cédé à la contrainte. Pour un chef de l’Etat ayant étrenné son premier mandat en 1999 en se faisant fort de mettre à distance les « décideurs » de l’armée, tout-puissants durant la « décennie noire » des années 1990, l’humiliation est cruelle.

Le scénario proposé par Ahmed Gaïd Salah peut-il se dérouler sans anicroches ? Il reste en effet à savoir si le Conseil constitutionnel, seule institution formellement habilitée à enclencher la procédure d’empêchement « suggérée » par le chef de l’armée, s’y résoudra. Le Conseil constitutionnel est dirigé par l’ancien ministre de la justice, Tayeb Belaïz, un homme du premier cercle du président de la République. S’il répond positivement à la « suggestion », le Conseil constitutionnel devra constater l’empêchement « par tous moyens appropriés » avant de proposer, à l’unanimité de ses membres, au Parlement de « déclarer l’état d’empêchement ».

  • sans anicroches: without a hitch.

« Encore un coup de force »

Les deux chambres du Parlement devront se prononcer « à la majorité des deux tiers ». Dans un tel cas de figure, le président du Conseil de la nation, en l’occurrence Abdelkader Bensalah, assurerait l’intérim pendant quarante-cinq jours au plus. Le gouvernement resterait en place durant cette période.

En choisissant le recours à l’article 102, l’armée s’expose toutefois au soupçon de vouloir éviter une transition pilotée par des personnalités indépendantes, soit précisément le vœu exprimé par une bonne partie des acteurs de la contestation. L’opposition a d’ailleurs concentré ses critiques sur ce point. « C’est encore un coup de force contre la volonté populaire et contre la légitimité des revendications du peuple, à savoir le départ du système et de ses hommes, et pas seulement du chef de l’Etat », a commenté le Front des forces socialistes.

L’une des voix les plus écoutées de la contestation, l’avocat Mustapha Bouchachi, ex-président de la Ligue algérienne pour la défense des droits de l’homme, abonde en ce sens, jugeant l’article 102 « dépassé par les événements ». Une telle option, a-t-il déclaré, signifie que « l’un des symboles de ce pouvoir, qui a géré le pays pendant les vingt dernières années, en l’occurrence le président du Conseil de la nation, Abdelkader Bensalah, va gérer cette période de transition ».« Les Algériens n’accepteront pas cette solution », a-t-il ajouté. Le défi de l’armée au président Bouteflika ne met pas un terme à la crise en Algérie.

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