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LA SORTIE DU ROYAUME-UNI DE L’UE

Theresa May se sacrifie pour sauver son Brexit

A la Chambre des communes, à Londres, le 27 mars. JESSICA TAYLOR/UK PARLIAMENT/REUTERS Philippe Bernard

La première ministre britannique propose sa démission aux députés en échange du vote, encore incertain, de l’accord négocié avec l’UE

LONDRES - correspondant

Jamais le Brexit ne s’est trouvé dans une telle impasse qu’au terme de cette folle journée du mercredi 27 mars. Elle était pourtant précisément censée débloquer la situation. Même la promesse désespérée, faite en fin d’après-midi par Theresa May, de passer la main si les députés acceptent de ratifier l’accord sur la sortie de l’UE qu’elle a conclu en novembre 2018 avec les Vingt-Sept, ne semble pas en mesure de sortir le Royaume-Uni du bourbier.

« Je suis disposée à quitter mes fonctions plus tôt que j’en avais l’intention afin d’accomplir ce qui est bon pour notre pays et notre parti », a déclaré d’une voix tendue la première ministre face aux députés conservateurs. Au même moment, dans une superposition surréaliste, les députés restés en séance débattaient de propositions alternatives au « deal » de Mme May sans pouvoir dégager de majorité sur aucune d’elles.

« Menace inacceptable »

A peine l’émotion suscitée par l’annonce surprise de Mme May était-elle retombée, à peine le pays commençait-il à envisager les conséquences de cette démission annoncée et du vote du Brexit, dès cette fin de semaine, ainsi rendu probable, que tout l’édifice s’est à nouveau écroulé. L’héroïne du Brexit s’est sacrifiée. Mais, poignardée dans le dos par des alliés, elle s’est peut-être immolée en vain. Et la cause sacrée qu’elle défendait est compromise.

Deux mots du petit Parti unioniste démocrate (DUP, protestants extrémistes) d’Irlande du Nord ont suffi : « Menace inacceptable. » Pour les dix élus de cette formation jusqu’au-boutiste des voix dont Mme May a impérativement besoin, démission ou pas, son accord sur le Brexit constitue un danger pour l’unité du royaume et ils ne le voteront pas. Ils estiment que le « deal » avec les Vingt-Sept prévoit un statut particulier pour l’Irlande du Nord et pourrait créer une barrière entre celle-ci et la Grande-Bretagne.

Cette position n’est pas nouvelle dans la bouche des députés du DUP. Elle empoisonne même Mme May depuis que, ayant perdu les élections de juin 2017 qu’elle avait imprudemment convoquées, elle a perdu sa majorité aux Communes et est devenue l’otage de ces intégristes de l’« union ». Mais, mercredi soir, les irréductibles Nord-Irlandais ont peut-être tué dans l’œuf l’ultime tentative de Mme May pour sauver son Brexit, et rendu inutile son éventuel sacrifice.

Car la promesse de démission de la chef du gouvernement devait en effet conduire, dès vendredi 29 mars, à la probable adoption de son « deal » avec l’UE. Nombre de députés partisans d’un Brexit dur (rupture nette avec l’Union) faisaient du départ de Mme May une condition de leur basculement. « La moitié d’une miche vaut mieux que pas de pain du tout », avait lâché Jacob Rees-Mogg, mercredi, à la BBC, marquant la spectaculaire volte-face de cet « ultra » du Brexit, jusqu’ici irréductible opposant à l’accord négocié avec l’UE. Jamais en retard d’une pirouette, Boris Johnson, farouchement « anti-deal » lui aussi, s’est dit prêt à voter l’accord, à une condition près : la démission de la première ministre, à laquelle il se verrait bien succéder.

En sortant de la salle des commissions no 14 du Parlement de Westminster – celle où la mise à l’écart de Margaret Thatcher avait été scellée en 1990 – où il venait d’entendre Mme May promettre sa démission, Boris Johnson s’est refusé à toute déclaration, mais paraissait souriant. Jacob Rees-Mogg a versé quelques larmes de crocodile : « La fin d’une carrière politique n’est jamais quelque chose de joyeux », s’est-il ému. Le ministre des finances, l’europhile Philip Hammond, a salué Mme May pour « avoir placé la tâche de mettre en œuvre le Brexit de façon ordonnée avant toute autre chose ». Quant au député tory George Freeman, il a apposé une sorte de baiser de la mort en affirmant que Theresa May avait prononcé là « son meilleur discours ». Celui où elle promet de partir.

Theresa May, crispée, venait de jouer son dernier atout. Celle qu’on présente souvent comme une femme de devoir, en rappelant que son père était pasteur, s’est dite prête à se sacrifier sur l’autel du Brexit. « Je demande à chacun dans cette salle de soutenir cet accord [déjà rejeté à deux reprises par les députés], a-t-elle lancé, afin que nous puissions terminer notre devoir historique : mettre en œuvre la décision du peuple britannique et quitter l’Union européenne sans accroc et de façon ordonnée. »

Concrètement, Mme May a annoncé qu’elle se retirerait une fois adoptée par le Parlement la loi transposant en droit britannique l’accord de sortie de l’UE, si ce dernier était ratifié par les députés vendredi. Cette transposition pourrait être réalisée avant le 22 mai, date butoir du Brexit imposée par l’UE pour le cas où l’accord est ratifié. Mme May quitterait ensuite le pouvoir et resterait dans l’histoire comme la dirigeante qui a mis en œuvre, au moins formellement, le résultat du référendum de 2016.

Débuterait alors la campagne interne au Parti conservateur pour le remplacement de son leader. Elle pourrait aboutir à la nomination d’un successeur à la mi-juillet. Le changement de chef – et donc de premier ministre – ne comblerait en rien le profond fossé qui divise les tories sur l’Europe. Les europhobes du parti tenteraient de faire élire l’un de leurs champions : l’ancien patron du Foreign Office, Boris Johnson, le ministre de l’intérieur, Sajid Javid, ou l’ancien ministre du Brexit, Dominic Raab. L’imprévisible Michael Gove, ministre de l’environnement, ou la discrète ministre du travail, Amber Rudd, pourraient séduire les plus europhiles.

« Son sacrifice sera-t-il vain ? »

La complexité du processus de désignation – sélection de deux candidats favoris par les députés tory, puis choix final par les adhérents – rend le résultat hautement imprévisible. Si les députés sélectionnaient Boris Johnson, il serait probablement élu, car il est de loin le préféré des 120 000 adhérents, massivement âgés et europhobes. Mais « BoJo » est fort impopulaire chez ses pairs du Parlement et pourrait ne pas passer le premier test. La démission de Mme May pourrait ainsi avoir une étonnante conséquence : faire trancher par les seuls adhérents du Parti conservateur le choix du type de Brexit.

Mais le coup de Jarnac infligé à Mme May par le DUP nord-irlandais pourrait déboucher sur une situation encore plus inextricable s’il aboutissait à un troisième refus des députés de le ratifier. On aurait alors une première ministre démissionnaire amenée à rester au pouvoir, alors que son ultime objectif – faire voter le « deal » – serait définitivement inatteignable. Cela à quelques jours de la date butoir du Brexit fixée par l’UE au 12 avril dans ce cas. « Son sacrifice sera-t-il vain ? », interroge déjà la « une » du Daily Mail de jeudi sous une photo de Mme May, digne, dans une posture de défi.

« Je vous ai mis dans ce pétrin, je vais vous en sortir », avait promis l’intéressée aux députés conservateurs au lendemain de sa débâcle aux législatives de 2017. « C’est ma faute et j’endosse la responsabilité. Je resterai tant que vous m’y autoriserez », avait-elle ajouté en guise de contrition. Deux ans après, le pétrin n’a fait que s’épaissir.

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