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Une centaine de militaires russes à Caracas

Isabelle Mandraud

Deux avions de personnel et de matériel sont arrivés dans la capitale vénézuélienne

MOSCOU - correspondante

Repérés par des journalistes vénézuéliens, deux avions militaires russes, un Antonov-124 et un Iliouchine-62, transportant 35 tonnes de matériel et 99 militaires, dont le chef adjoint des forces terrestres de Russie, le général Vassili Tonkochkourov, se sont posés, lundi 25 mars, à l’aéroport de Caracas. Dans quel but ? Ni le Kremlin ni le ministère russe de la défense n’ont fourni d’explications sur la présence de ces deux appareils – une information pourtant reprise par l’agence Sputnik sous contrôle du pouvoir.

Seule Maria Zakharova, porte-parole du ministère des affaires étrangères, a fait un commentaire lapidaire : « Le séjour des spécialistes russes sur le territoire vénézuélien est régi par l’accord de coopération technique militaire entre les gouvernements de la Russie et du Venezuela, signé en mai 2001 et ratifié par les deux Etats. » Point.

L’envoi de troupes militaires, en plein jour, pouvait cependant passer difficilement inaperçu dans un pays plongé depuis deux mois dans une crise sans précédent, avec d’un côté un président contesté, Nicolas Maduro, soutenu par Moscou, et de l’autre un opposant autoproclamé président par intérim, Juan Guaido, reconnu par Washington.

S’agissait-il alors, comme le rappelle l’expert militaire russe Alexandre Goltz, de « mettre un hérisson dans le pantalon des Américains », selon la formule de Nikita Khrouchtchev lors de la crise des missiles de Cuba, en 1962 ? La réaction outre-Atlantique, en tout cas, ne s’est pas fait attendre. « La Russie doit partir », a exigé Donald Trump, mercredi 27 mars, depuis la Maison Blanche où il recevait Fabiana Rosales, l’épouse de Juan Guaido. Et pour cela, « toutes les options sont envisageables », a poursuivi le président américain. Les Etats-Unis ne resteront pas sans réaction, avait déjà prévenu le secrétaire d’Etat, Mike Pompeo.

Pendant ce temps, dans la capitale russe, le spectre de la « crise des Caraïbes », le pire épisode de la guerre froide qui avait abouti, lors de son dénouement, à l’instauration d’une ligne rouge entre le Kremlin et la Maison Blanche, refait surface.

« Si les lignes de communication d’urgence (…) fonctionnent mal pour des raisons politiques, le risque d’une “deuxième crise dans les Caraïbes” existe. Seulement, cette fois-ci, ce ne sont pas les missiles qui la déclencheront, mais les technologies de l’information et de la communication », a estimé mercredi Andreï Kroutchikh, représentant spécial de Vladimir Poutine pour la coopération internationale, cité par le journal Kommersant.

Intérêts pétroliers

« Aucune loi américaine n’affectera le développement de nos relations avec le Venezuela », a pour sa part déclaré Konstantin Kosatchev, président de la commission des affaires étrangères du Conseil de la fédération, la Chambre haute du Parlement russe. Des projets de coopération dans le domaine de l’énergie, « mais pas seulement », devraient être discutés du 4 au 7 avril à Moscou, où une réunion intergouvernementale russo-vénézuélienne est prévue.

Une délégation de Caracas est déjà sur place, en quête d’un nouveau siège à l’étranger pour son entreprise pétrolière, PDVSA, installée jusqu’ici à Lisbonne. De passage dans la capitale russe début mars, Delcy Rodriguez, vice-présidente du Venezuela, en avait fait l’annonce à l’issue de son entrevue avec le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov. Un transfert avant tout symbolique, cependant, car l’essentiel des actifs extérieurs du groupe public vénézuélien se trouve aux Etats-Unis, où ses comptes ont été bloqués.

La Russie, qui a investi des milliards de dollars dans l’industrie pétrolière au Venezuela, et ouvert des lignes de crédit à rallonge à son allié pour l’achat de matériel militaire, a tout à perdre d’un effondrement du régime Maduro. D’où la démonstration de force sur l’aéroport de Caracas. Celle-ci s’ajoute à des manœuvres précédentes, jusqu’à présent plus discrètes, avec l’envoi, en décembre 2018, de deux bombardiers TU-160 sur une base extérieure à la capitale, accompagnés déjà des mêmes appareils AN-124 et Il-62, sans parler des rumeurs persistantes d’arrivée de mercenaires russes.

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