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Venezuela : Trump s’impatiente face au risque d’enlisement

Gilles Paris

Le président américain multiplie les mesures symboliques contre le régime Maduro et exige le retrait des troupes russes

WASHINGTON - correspondant

Fabiana Rosales a eu les honneurs du bureau Ovale de la Maison Blanche, mercredi 27 mars. L’épouse de Juan Guaido, président de l’Assemblée nationale du Venezuela et chef de file de l’opposition, que les Etats-Unis ont reconnu comme président par intérim, a reçu le soutien de Donald Trump, après s’être entretenue avec le vice-président, Mike Pence. En accordant à la jeune femme de 26 ans le titre honorifique de « première dame du Venezuela », l’administration américaine a montré qu’elle comptait gagner son pari d’une transition politique présentée comme inéluctable.

« Ils ont peut-être mal évalué le temps qu’il faudrait pour que l’armée abandonne Nicolas Maduro, mais l’objectif général, à savoir que ce dernier négocie un départ du pouvoir, n’a pas changé, confirme Ted Piccone, spécialiste de l’Amérique latine à la Brookings Institution. On s’attend à ce que Maduro et ses partisans se retirent, au fur et à mesure que les sanctions pénaliseront l’économie. Ce que personne ne sait, c’est combien de temps cela va prendre, et quels dégâts seront causés entre-temps. »

En reconnaissant Juan Guaido le 23 janvier, Donald Trump pensait sans doute porter un coup de boutoir décisif, susceptible d’emporter rapidement Nicolas Maduro. Malgré l’effet domino créé par les initiatives similaires de dizaines de pays, cette tactique a pourtant buté sur la résilience du régime et la loyauté de l’armée. En décrétant des sanctions sans précédent contre la compagnie pétrolière publique Petroleos de Venezuela, principale source de recettes du régime, soumise à un embargo de fait des Etats-Unis, l’administration a abattu en outre sa principale carte. Non sans risques ; compte tenu de ses effets dévastateurs sur l’économie vénézuélienne.

« La Russie doit partir »

Depuis, elle a dû se contenter de l’annonce symbolique de la révocation des visas de personnalités liées au régime. L’émissaire spécial pour le Venezuela nommé en janvier, Eliott Abrams, un diplomate aussi chevronné que controversé pour avoir été mêlé par le passé à des opérations troubles de Washington dans la région, a écarté le 5 mars la piste de sanctions secondaires contre les pays qui continuent d’avoir des échanges avec le Venezuela. « C’est une possibilité, mais nous n’y sommes pas pour l’instant », a-t-il assuré. Donald Trump a affirmé quelques jours plus tard que les Etats-Unis n’ont toujours pas pris « les sanctions les plus sévères ». « Nous pouvons aller beaucoup plus loin si nécessaire », a-t-il ajouté.

Le président a laissé échapper sa frustration, mercredi, pointant la responsabilité des administrations précédentes. « Franchement, tout ceci n’aurait pas dû arriver », a-t-il jugé à propos de la situation du Venezuela. Il a assuré que ses prédécesseurs auraient dû se montrer « plus clairvoyants » : « Ils n’ont jamais rien fait » pour ce pays, « les administrations passées ont permis que cela se produise. »

Cette impasse ne laisse d’autre choix pour l’instant à Donald Trump que de multiplier les menaces voilées. Notamment lorsqu’il assure, chaque fois qu’il reçoit un homologue sud-américain, le Colombien Ivan Duque, en février, comme le Brésilien Jair Bolsonaro, le 19 mars, que « toutes les options sont ouvertes ».

Une rhétorique qu’utilise Nicolas Maduro pour dénoncer une éventuelle intervention américaine. Sur le terrain, les Etats-Unis ont envoyé en outre un signal ambigu, le 14 mars, en retirant « pour le moment » leur personnel diplomatique de Caracas, avançant « la détérioration de la situation » et le fait qu’il puisse constituer « une contrainte » pour Washington, selon le secrétaire d’Etat Mike Pompeo.

Le régime vénézuélien, de son côté, a pu profiter de l’aide militaire envoyée par la Russie au cours des derniers jours, qui a exaspéré Washington. Le chef de la diplomatie américaine s’est montré lui aussi menaçant, le 25 mars, en dénonçant « l’intrusion persistante de personnel militaire russe pour soutenir le régime illégitime » et en avertissant son homologue russe Sergueï Lavrov que les Etats-Unis ne resteraient pas « les bras croisés » si la Russie continuait d’« exacerber les tensions au Venezuela ». « La Russie doit partir », a affirmé Donald Trump mercredi.

Face à un risque d’enlisement, l’administration s’efforce d’afficher sa sérénité. Au cours d’un bref entretien au Monde, en mars, Eliott Abrams a écarté, comme Donald Trump mercredi, le moindre calendrier dont Washington risquerait de devenir prisonnier. « Mon expérience de ce type de régimes m’a appris que nous n’avons pas beaucoup de talent pour prédire le moment où ils tomberont », a assuré l’émissaire spécial.

Le soutien des démocrates

« Rappelez-vous la Tunisie, l’Egypte [en 2011], je ne me souviens de personne capable de dire : je vais vous donner une date, dans trois semaines ce sera fini, a poursuivi Eliott Abrams. Ces régimes ont tous l’air très stables jusqu’au jour de leur chute, ce qui est très souvent une surprise considérable. Je ne suis donc pas du tout préoccupé par cela. Je pense que le changement intervenu ces derniers mois dans la situation politique vénézuélienne est remarquable. »

L’administration Trump est au moins tranquille sur un point : le Venezuela compte parmi les très rares dossiers pour lesquels elle dispose du soutien de l’opposition démocrate. La Chambre des représentants, où celle-ci est majoritaire, a ainsi adopté des propositions de loi, le 25 mars, qui reflètent parfaitement les préoccupations de Washington. Et le Sénat, contrôlé par les républicains, pourrait se prononcer prochainement sur des textes similaires.

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