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Bain d’épices à Zanzibar

Beit-Al-Ajaib, ex-palais des sultans. JEAN-DENIS JOUBERT/GAMMA-RAPHO VIA GETTY IMAGES Thomas Doustaly

Etals de cannelle, eaux turquoise, sable blanc, vert de la forêt tropicale… L’archipel tanzanien aux airs de carte postale se visite aussi pour ses palais et ses villages

VOYAGE ZANZIBAR CITY

Nous sommes dans l’hémisphère Sud. L’archipel est à 40 km des côtes de l’Afrique, dans l’océan Indien, au large d’un pays dont il fait désormais partie et qui lui doit la moitié de son nom. Car le vaste Tanganyika n’est devenu la Tanzanie qu’en s’alliant, en 1964, avec les îles de Zanzibar : Tanganyika plus Zanzibar égal Tanzanie ! Dans l’usage courant, par la grâce d’une synecdoque abusive, l’île principale de l’archipel, Unguja, porte seule le beau nom de Zanzibar.

A Zanzibar City, la capitale, la vieille ville s’appelle Stone Town. Pour son histoire, ses maisons et ses palais, elle est classée au patrimoine mondial de l’Unesco. Dans les ruelles étroites, vélos, scooters et charrettes à bras chargées à mort bousculent un peu les passants. Les maisons, même ordinaires, sont gardées par des portes richement décorées, de style arabe ou indien, selon les époques. Au marché, la halle aux poissons est couverte, mais les marchands de légumes ou de pain s’installent en plein air. Connue pour sa production d’épices, l’île abonde aussi de plantations de fruits et de terres maraîchères. La réforme agraire des années 1960, d’inspiration communiste, a offert à chaque famille quelques arpents de terres arables. C’est de cette histoire que viennent les producteurs qui disposent citrons jaunes, piments rouges et bananes vertes sur le sol, créant ainsi de stupéfiants tableaux de couleurs.

Il faut déambuler dans la ville pour rejoindre l’ancien marché aux esclaves qui jouxte l’église anglicane. Un mémorial et un petit musée témoignent de l’histoire de la traite des Noirs par les marchands omanais. Lorsque l’on s’approche du port, les boutiques de souvenirs se multiplient. C’est dans ce quartier qu’est né Farrokh Bulsara, en 1946, avant de s’envoler pour l’Angleterre, où il devint Freddie Mercury, le chanteur « biopicisé » du groupe Queen. Sa maison natale est devenue une bijouterie. Seule une plaque discrète en témoigne.

Ville populaire, Stone Town est aussi une ville de palais, nombreux, construits par les sultans. Au Palace Museum Forodhani, les salons majestueux ont été transformés en salles d’exposition, et les portraits des sultans grandeur nature accueillent les visiteurs avant la visite des appartements privés, conservés tels qu’ils étaient il y a plus d’un siècle. Au dernier étage, on remarque des chaises marquées des initiales SMZ pour Serikali Mapinduzi Zanzibar, Gouvernement révolutionnaire de Zanzibar. Les autorités politiques locales tiennent encore des assemblées ici, notamment le jour de l’Aïd.

« Dhikr » envoûtant

A côté, le magnifique Palais des merveilles est en pleine restauration, en vue de son ouverture prochaine au public. Le soir, des spectacles sont donnés dans les ruines du palais Mtoni, où vivait la famille du sultan Sayyid Said, qui le fit construire en 1828. Un orchestre de musique traditionnelle précède des chants taraab, si mélodieux, qui parlent d’amour. Enfin, on a la joie de retrouver l’ensemble Mtendeni Maulid, vu il y a quelques années à la Philharmonie de Paris. Ce groupe de jeunes hommes, à la fois chanteurs et danseurs, s’inscrit dans la tradition du soufisme zanzibarite qui remonte au XIIe siècle. Le rituel qu’ils interprètent – une sorte de transe – s’appelle le dhikr et fascine totalement le public. Mais cette adresse envoûtante n’est pas du goût des musulmans rigoristes de l’île, nous dit-on.

Pour ce voyage, on s’installe au Kiwengwa Beach Resort, le nouveau Club Lookéa de l’île, sur la côte nord-est, au bord d’une plage immense. En vérité, on pourrait aller à Zanzibar pour ses plages seulement. C’est ce que font beaucoup de voyageurs après un safari, pour compléter la découverte de la savane et des Big Five par quelques jours de repos. Ici, chaque plage est liée à un hôtel, et le jeu consiste à savoir laquelle est la plus belle. Au nord-ouest, la plage du Riu Palace Zanzibar, à laquelle on accède au bout d’un magnifique jardin qui descend vers la mer, est une splendeur. L’eau y est aussi bleue que le ciel, et aussi calme que le sable est blanc. Elle prolonge celle de Kendwa, à moins de 1 kilomètre au sud, qui est souvent considérée comme « la plus merveilleuse » de l’île. Au sud, la plage du Zanzibar White Sand, un boutique hôtel situé à côté du village de Paje, est parfaite elle aussi.

Depuis notre camp de base de Kiwengwa et ses bungalows très sobres, une des adresses qui démocratisent Zanzibar, toutes les découvertes sont possibles, car les distances ne sont jamais très grandes. La Ferme aux épices est un parcours pédagogique entre les girofliers, de grands arbres chargés de petits fruits, les petits plants de gingembre, cultivés pour leurs racines, et les canneliers à l’écorce si précieuse. On y trouve aussi des plants de kasawa, le manioc, qui est utilisé sous deux formes : les racines en poudre pour la farine et les feuilles fraîches que l’on mange comme des épinards.

Autre destination, le parc de Jozani, une forêt profonde où règnent en maîtres les colobes à dos rouges, des singes qui vivent en groupes d’environ 50 individus. La réserve fait 50 km2. C’est le seul parc national de l’île et sa dernière forêt tropicale indigène. Les colobes sont admirables de légèreté quand on les voit voltiger dans les branches, mais ils n’ont jamais été domestiqués, car ils dégagent une odeur insoutenable lorsqu’on les approche.

Joli piège à touristes

L’essentiel de la vie locale à Zanzibar se trouve dans les villages. On peut rencontrer Issa Abdallah Ali, le chef du village de Mutuni « A » (car il y a aussi B et C) qui compte une centaine d’habitants. Il n’y a pas l’électricité dans toutes les maisons à Mutani, ni l’eau courante. Une hutte ronde, peinte de couleurs fanées, sert aux palabres. La télévision collective y est allumée presque en permanence, et on peut y charger gratuitement son téléphone. Dans la maison du chef, la pièce principale, en terre battue, tient lieu à la fois de salon et de salle à manger. Sa chambre est à côté, ses enfants dorment dans les deux autres, une pour les filles, l’autre pour les garçons. Il n’y a aucune porte. La cuisine – équipée d’un brasero – est à l’arrière, comme les toilettes, à ciel ouvert. A Zanzibar, les hommes peuvent avoir jusqu’à quatre épouses. En moyenne, les femmes ont cinq enfants. Les visites des touristes dans ce village enfoncé dans la forêt réjouissent le chef, qui partage cette manne avec les habitants.

Enfin, on ne peut pas quitter Zanzibar sans avoir vu The Rock. Situé dans la péninsule de Michamvi Pingwe, ce restaurant est sans conteste l’adresse star de l’île si on en croit… Instagram. Ce rocher planté dans la mer à 50 mètres du rivage est coiffé d’une cabane qui ressemble plus à un décor de cinéma qu’à un restaurant. L’eau, turquoise, l’entoure entièrement.

On y déjeune d’un carpaccio de King fish et d’un steak de thon aussi impeccables que la glace à la cannelle qui conclut ce moment de grâce. L’addition est un peu salée – entre 50 et 60 dollars – mais si tous les pièges à touristes étaient aussi formidables on paierait pour se faire piéger ! La plage, ici encore, est merveilleuse. Mais de la fascinante Stone Town aux plantations d’épices, des chanteurs soufis sous les étoiles aux longues routes droites jalonnées de villages, l’île vaut mieux qu’une carte postale… ou une photo Instagram.

20190330-p27-zanzibar.txt · 最后更改: 2019/03/29 20:57 由 80.15.59.65