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En Ukraine, Zelensky loin devant Porochenko au premier tour

Benoît Vitkine

Le comédien, néophyte complet en politique comme le personnage qu’il incarne à l’écran, apparaît comme le favori à l’élection présidentielle

KIEV - envoyé spécial

Son arrivée fracassante avait beau avoir été observée par les sondages, analysée, décortiquée, la victoire de Volodymyr Zelensky au premier tour de l’élection présidentielle ukrainienne, dimanche 31 mars, n’en constitue pas moins une rare sensation. D’abord parce que cet humoriste, néophyte complet en politique, a réussi à mobiliser les électeurs au-delà de toute attente. Avec près de 30 % des voix, il obtient un score dans la fourchette haute de ce que lui prédisaient les sondages, de bon augure pour le second tour prévu le 21 avril.

  • décortiquer: analyze. 愿意是打开贝壳
  • la fourchette: range, bracket

Son rival, Petro Porochenko, est relégué à une lointaine deuxième place, avec environ 16,5 % des voix. Le président sortant paie l’usure naturelle du pouvoir et les scandales de corruption à répétition qui ont, jusque dans la dernière ligne droite, émaillé son mandat. Il évite toutefois l’humiliation d’une élimination dès le premier tour, sort réservé à la vétérane du scrutin, Ioulia Timochenko (environ 13 % des voix), qui échoue pour la troisième fois à conquérir le pouvoir suprême. Dimanche soir, l’ex-première ministre revendiquait toutefois la deuxième place, arguant que les sondages de sortie des urnes étaient biaisés. Mais, après le dépouillement de plus de la moitié des bulletins, lundi matin, la tendance se confirmait. Le camp prorusse, représenté par deux candidats, enregistre pour sa part un reflux important, avec moins de 14 % des suffrages, signe de l’influence décroissante de Moscou en Ukraine. L’extrême droite, elle, plafonne à 1,7 %.

  • l’usure naturelle du pouvoir
  • dans la dernière ligne droite: 在最后的直道上

Jusqu’au bout, le vainqueur du jour est resté fidèle à sa méthode, à son image. Dix minutes avant l’annonce des résultats, dimanche soir, il s’offrait une partie de ping-pong contre un journaliste dans son centre de presse. Puis le comédien s’est contenté d’une brève déclaration dans laquelle il a moqué l’un des slogans de campagne du candidat Porochenko avant de repartir au bras de son épouse.

Le style est minimaliste, léger, mais l’exploit accompli par cet homme de 41 ans, qui a réussi à renverser en un temps record le vieil échiquier politique ukrainien, est immense. Malgré la guerre toujours en cours dans l’est du pays, les Ukrainiens ont choisi la nouveauté, voire l’inexpérience, et dit dans les urnes leur colère contre l’appauvrissement généralisé et la corruption. Quelques jours avant le scrutin, un fonctionnaire, pourtant soutien de Zelensky, résumait ainsi cet état d’esprit : « Quand vous êtes en phase terminale et qu’on vous propose un traitement expérimental, ça fait peur, mais vous acceptez. »

Le phénomène Zelensky est de l’ordre de l’inédit, difficilement comparable avec quoi que ce soit d’existant. Samedi soir, veille du vote, la chaîne de télévision 1+1, propriété de l’oligarque Ihor Kolomoïsky, diffusait un documentaire sur l’accession au pouvoir de Ronald Reagan en 1981, sur lequel M. Zelensky posait sa voix. Un clin d’œil et une comparaison que le candidat espère flatteuse, mais qui est en réalité trompeuse. A la différence de l’ancien président américain, qui avait bâti sa carrière politique pas à pas, Volodymyr Zelensky n’a eu aucun engagement public dans le passé. Comédien et humoriste né dans une famille juive de Kryvy Rih, dans le centre russophone et industrieux de l’Ukraine, il s’est révélé dans des concours de sketchs humoristiques régionaux, avant de devenir comédien et producteur à succès. C’est seulement il y a un an que les sondeurs ont commencé à l’inclure dans leurs panels de présidentiables, tant se faisait sentir le rejet des politiques en place, discrédités par des années d’arrangements de couloir et de prévarication.

  • arrangements de couloir
  • prevarication: breach of trust

Son contact avec la politique s’est longtemps limité aux moqueries infligées sur scène aux divers poids lourds de la politique ukrainienne, dépeints en une troupe cynique, corrompue et somme toute assez minable. Il y eut ensuite l’antidote Vasyl Holoborodko, personnage de fiction créé et incarné par Zelensky dans une série au succès immense, racontant le combat courageux contre cette classe politique d’un modeste professeur d’histoire propulsé président de l’Ukraine. C’est bien Holoborodko qui a constitué le meilleur argument de campagne de Zelensky, lequel a donné à son parti le nom de la série – « Serviteur du peuple » – et s’est vu paré dans l’opinion des caractéristiques de ce Don Quichotte sympathique et souriant.

  • antidote
  • Don Quichotte: 堂吉柯德

Aucune rupture idéologique

A la différence d’autres figures politiques cataloguées comme populistes, que ce soit Beppe Grillo en Italie ou Donald Trump aux Etats-Unis, Volodymyr Zelensky n’incarne aucune rupture idéologique. Le jeune acteur n’est assimilable ni aux populistes de gauche, qui réclament plus de redistribution, ni aux populistes de droite, qui en appellent à l’identité ou au rejet de l’autre. Zelensky défend une politique libérale modérée, assez fréquente chez une génération pour laquelle le mot Etat est devenu synonyme de vol. Et, alors que Petro Porochenko s’est imposé comme le tenant d’un agenda nationaliste, Zelensky s’exprime volontiers en russe et semble vouloir ralentir la politique d’« ukrainisation » de l’espace public menée par l’équipe sortante.

Dès lors, les doutes qui sont apparus concernent avant tout sa méthode, et ce qu’il a montré durant la campagne. Comme le résume un diplomate occidental, le nouveau venu « a mené campagne sans jamais prononcer la moindre parole politique », se contentant de mantras très généraux… ou de blagues aux allures d’esquives. Evitant les rencontres avec les journalistes, il a mené campagne sans tenir un seul meeting, exclusivement par le biais de ses spectacles et des réseaux sociaux, entretenant savamment la confusion entre lui-même et son personnage de fiction.

  • blaques aux allures d'esquives:貌似是回避的玩笑

Pendant ce temps, son équipe diffusait des propositions pour le moins irréalistes, comme celle de faire passer les salaires des professeurs à 4 000 euros, quand ils plafonnent aujourd’hui à 250 euros. Même flou quant à ses plans de paix pour le Donbass, région qu’il assure seulement ne pas vouloir céder à Vladimir Poutine.

Une hypothèque sérieuse pèse aussi sur sa capacité à réformer, à savoir sa dépendance vis-à-vis de l’oligarque Ihor Kolomoïsky, l’un des grands perdants de l’ère Porochenko, qui a placé certains de ses fidèles dans l’entourage du candidat. Ils y côtoient des réformateurs certifiés, comme les anciens ministres Oleksandr Danylyuk et Aïvaras Abromavicius. Un autre de ces soutiens issus du courant réformateur, le député Sergueï Lechtchenko, résumait ainsi sa motivation : « Il vaut mieux que ce soit nous qui le conseillions, plutôt que d’autres s’en chargent. »

  • a savoir

Il reste trois semaines à Petro Porochenko pour instiller dans l’opinion l’idée que la stabilité vaut mieux que l’aventure. Dimanche soir, il a fait preuve d’une rare humilité et concédé que sa deuxième place était une « rude leçon ».

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