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ÉCONOMIE | CHRONIQUE

La voie sinueuse de M. Xi en Europe

Par Jean-Michel Bezat

Le président chinois s’en est retourné à Pékin au terme de deux visites d’Etat, en Italie et en France, où il a fait coup double. Le premier a tout de séduisant : l’achat de 300 Airbus pour 30 milliards d’euros, un passage obligé par la case occidentale dans l’un des rares secteurs où son pays accuse encore un retard technologique. Le second est plus inquiétant : la signature d’un accord sino-italien lui donnant de nouvelles clés pour introduire le « made in China » au cœur du Vieux Continent par les ports de Gênes et de Trieste.

  • faire coup double: 一石二鸟
  • accuser:除了控告的意思。还有显示的意思·

Bien sûr, Xi Jinping a dit à Paris tout le bien qu’il pense de l’Union européenne (UE). « Une Europe unie et prospère correspond à notre vision d’un monde multipolaire » et « la Chine soutiendra toujours l’intégration européenne », a-t-il déclaré à l’Elysée devant Emmanuel Macron, la chancelière allemande, Angela Merkel, et le président de la Commission, Jean-Claude Juncker. Dans un bel élan commun, ils lui avaient demandé de « respecter l’unité de l’Union européenne » – une requête qui en dit long sur leur défiance persistante. Aucun n’a oublié l’appétit des géants industriels chinois pour les infrastructures des pays du Sud, au bord de la faillite en 2009-2011, même s’ils avaient ainsi profité de la politique d’austérité et de cession d’actifs imposée par Bruxelles et Berlin.

  • en dire long sur: 暴露了

Pékin aura tout loisir de donner de nouvelles preuves de ces sentiments pro-européens lors du sommet UE-Chine, le 9 avril, à Bruxelles. Une fois de plus reviendra sur la table la question de la « réciprocité » dans les échanges que l’UE réclame, en vain jusqu’à présent. Les deux parties doivent s’entendre sur un calendrier de levée des barrières protégeant le marché chinois. L’empire du Milieu y est-il sincèrement disposé, comme veulent le croire les dirigeants européens après leur rencontre avec Xi ?

Un « concurrent stratégique »

La Chine se dit prête à accepter une réforme de l’Organisation mondiale du commerce, où elle abuse d’un statut privilégié depuis 2001. Il y a vingt ans, le président américain Bill Clinton affirmait que son adhésion « l’encouragera[it] à jouer selon les règles internationales » et Pascal Lamy, commissaire européen au commerce, se réjouissait du futur partage des tâches : aux Chinois les produits bas de gamme, à nous « la haute valeur ajoutée ». On sait ce qu’il est advenu. Fort de ses TGV et de ses fusées, M. Xi a asséné cette cruelle vérité à Macron et Merkel : « Nous avons fait en quarante ans ce que vous avez fait en trois siècles. »

Défendre l’« intégration européenne » n’est pas non plus un exercice difficile pour Xi, tant que Bruxelles ne fait pas obstacle aux accords bilatéraux. La Commission a défini la Chine comme un « concurrent stratégique » sur le plan économique. Mais elle ne peut faire autrement que de laisser chaque Etat membre libre de choisir le géant Huawei pour la 5G – sans s’inquiéter pour ses concurrents finlandais Nokia et suédois Ericsson. S’opposera-t-elle davantage au rachat d’EDP, l’« EDF portugais » ?

L’UE tente bien de se réarmer contre la menace en renforçant le « filtrage » des investisseurs étrangers dans les secteurs stratégiques, son arsenal antidumping et le contrôle sur la sécurité de la 5G. De son côté, la Chine a mis une sourdine médiatique à son ambitieux programme « Made in China 2025 » pour ne pas affoler ses partenaires. Sans renoncer à son projet de devenir leader mondial dans dix secteurs d’avenir, ni à ses « nouvelles routes de la soie » vers l’Europe et l’Afrique.

Pour bien signifier qu’elle veut en finir avec la politique du « diviser pour mieux régner » de Pékin, Angela Merkel a proposé que les chefs d’Etat et de gouvernement participent au sommet UE-Chine que Berlin veut organiser en 2020. En attendant, la grand-messe bruxelloise du 9 avril se limitera à un dialogue entre le premier ministre, Li Keqiang, et les présidents du Conseil et de la Commission, Donald Tusk et Jean-Claude Juncker.

Mais, une semaine plus tard, les dirigeants chinois retrouveront ceux d’Europe centrale et orientale, à Dubrovnik (Croatie), pour le sommet annuel « 16 + 1 ». Et le ton ne sera sans doute pas le même. Créé en 2012 sous les auspices de Pékin, ce forum réunit 16 pays de l’ex-bloc communiste, dont 11 membres de l’UE. Et pas un qui ne lorgne les poches profondes des entreprises chinoises, déjà bien implantées à l’est et au sud-est de l’Europe. A Dubrovnik, les participants en auront un bon exemple sous les yeux : le chantier d’un pont de 2,4 kilomètres qui coûtera 420 millions, financés à 85 % sur fonds communautaires. Un géant public du BTP chinois a été préféré à l’autrichien Strabag, qui crie au dumping commercial.

20190402-p34-xi.txt · 最后更改: 2019/04/03 07:59 由 82.251.53.114