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Ekrem Imamoglu, l’étoile montante d’Istanbul

Ekrem Imamoglu, à Istanbul, le 1er avril. YASIN AKGUL/AFP Marie Jégo

Le candidat de l’opposition a conquis la mairie au détriment de Binali Yildirim, le « poulain » d’Erdogan

ISTANBUL - correspondante

Les résultats définitifs n’ont toujours pas été publiés, mais Ekrem Imamoglu est confiant. Dès lundi 1er avril au matin, l’étoile montante du Parti républicain du peuple (CHP, opposition de centre gauche) a mis à jour son profil sur Twitter, où il se présente désormais en tant que « maire de la municipalité métropolitaine d’Istanbul ». « La prochaine fois, c’est promis, je vous recevrai à la mairie », dit-il aux journalistes étrangers qu’il a conviés à une conversation informelle dans un grand hôtel du quartier de Maslak, sur la rive européenne d’Istanbul, lundi soir.

Quasiment inconnu du public il y a quelques jours encore, Ekrem Imamoglu, 49 ans, est en passe de se retrouver aux commandes d’Istanbul, la ville la plus riche et la plus peuplée de Turquie. Au risque de faire de l’ombre au président Recep Tayyip Erdogan, 65 ans, dont la carrière politique avait justement commencé en 1994 par son élection à la « grande mairie » de l’ancienne capitale ottomane.

Comme M. Erdogan, dont la famille pieuse et conservatrice est issue de la région de la mer Noire, M. Imamoglu est né en 1970 à Trabzon, dans un milieu traditionnel et conservateur. Son père, un entrepreneur du bâtiment, a déménagé à Istanbul dans les années 1990. Lui aussi est un passionné de football, sport qu’il a pratiqué en amateur, comme M. Erdogan.

Question religion, il n’est pas en reste. Au lendemain de la tuerie perpétrée dans des mosquées de Nouvelle-Zélande, on l’a vu prier et réciter des sourates du Coran dans la grande mosquée d’Eyüp Sultan, sur la Corne d’or. Une vidéo de cette prière a d’ailleurs été largement diffusée par le parti, soucieux de montrer à l’électorat que les islamo-conservateurs n’ont pas le monopole de la ferveur religieuse.

Le nouveau maire d’Istanbul aurait-il des ambitions nationales ? Pourrait-il devenir un jour le nouveau numéro un turc, sur les traces de M. Erdogan ? Il ne le dément pas : « Qui n’a pas cette ambition ? » L’analogie avec le président en exercice s’arrête là et Ekrem Imamoglu ne veut pas lui être comparé, pour une bonne raison : « Quand je regarde son CV et que je vois le mien, je m’estime mieux armé que lui pour servir la cité. »

Assurance tranquille

Par la fenêtre de l’hôtel, on aperçoit les énormes affiches que Binali Yildirim, le « poulain » de M. Erdogan et concurrent de M. Imamoglu pour le compte du Parti de la justice et du développement (AKP), a fait placarder partout en ville au petit matin qui a suivi le scrutin, avant même l’annonce des résultats. Il y « remercie » les Stambouliotes de l’avoir élu. Les affiches ont été collées bien avant que les résultats soient connus. Ce détail en dit long sur les méthodes préférées des islamo-conservateurs au pouvoir, prêts à faire feu de tout bois pour garder leur hégémonie sur la scène politique.

La victoire de Binali Yildirim était aussi claironnée avant le dépouillement des votes par l’agence de presse officielle Anadolu, qui, toute la nuit post-électorale, a alimenté les télévisions de fausses informations. Quelques mots prononcés par Ekrem Imamoglu ont suffi à déjouer la machination. « Je sais que j’ai bien plus de voix que mon adversaire. Toute ma vie, j’ai respecté le choix des autres, alors je veux que les miens soient aussi respectés », a-t-il déclaré à plusieurs reprises cette nuit-là.

Orateur convaincant, il a su ramener la Commission électorale dans le droit chemin, l’invitant à « faire son travail correctement » : « Vous avez les résultats, pourquoi ne les publiez-vous pas ? Attendez-vous le feu vert de quelqu’un ? » L’argument a fait mouche. Au lendemain du vote, Sadi Güven, le président de Commission électorale, a fini par reconnaître que Ekrem Imamoglu était en tête. Il a condamné les agissements de l’agence Anadolu, à qui la Commission n’a jamais transmis aucun résultat, précisant que « l’agence ne fait pas partie de nos clients ».

« Le style et la rhétorique utilisés par le camp d’en face pour atteindre ses objectifs sont un vrai souci », déplore Ekrem Imamoglu. Lui a su s’imposer autrement. Sa modération, sa voix douce, son assurance tranquille tranchent avec le style qui prévaut désormais à l’AKP, dont les ténors rivalisent en vociférations, gesticulations et menaces pour se faire entendre. Le nouveau maire d’Istanbul ne mange pas de ce pain-là. Lui a le sens de la mesure, plutôt rare chez les politiciens du cru. « Je suis mesuré, mais je peux aussi être têtu ! », assure-t-il.

Mieux que personne, il a su déjouer les plans machiavéliques de ses adversaires, qui, tout au long de la campagne, n’ont pas hésité à le salir. On l’a désigné comme un adepte de Fethullah Gülen, l’imam sulfureux soupçonné par Ankara d’avoir ourdi le coup d’Etat raté du 15 juillet 2016, l’homme qui, après avoir été le meilleur allié du président, est devenu son pire ennemi. On a aussi dit de lui qu’il était un « capitaliste sans vergogne », un ambitieux avide de « se remplir les poches ».

Cité « égalitaire »

Visage affable, voix posée, manières douces, il a de grands projets pour Istanbul, la ville-monde, dont il veut faire la « locomotive de la transformation démocratique de la Turquie », où les investisseurs pourront venir « en toute sécurité », une cité « juste et égalitaire » pour ses 15 millions d’habitants. Il a déjà fait ses preuves à Beylikdüzü, un arrondissement populaire d’Istanbul dont il a été élu maire en 2014.

Que pense-t-il de la proposition de Recep Tayyip Erdogan de transformer la basilique Sainte Sophie en mosquée ? « Pour commencer, le statut de Sainte Sophie relève du ministère du tourisme, donc en faisant cette proposition, le président Erdogan s’est un peu avancé car la décision finale ne dépend pas de lui. Pour ma part, j’estime que l’identité de Sainte Sophie en tant que musée doit être préservée », explique-t-il. Et puis, il y a plus urgent, par exemple être à l’écoute des habitants, mieux planifier le développement, se soucier davantage d’écologie.

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