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« Ne pas bourrer le mou des enfants » par Emmanuel Guibert

Dessins de Jean-Jacques Sempé. GOSCINNY-SEMPÉ/IMAV ÉDITIONS Propos Recueillis Par R. L.

«J’avais 13 ans quand Goscinny est mort. J’étais incapable de sortir de chez moi, alors ma mère m’a fait un mot pour l’école avec comme motif d’absence : “Perte d’un être cher”. Lui et Sempé m’ont tellement apporté… Une œuvre comme Le Petit Nicolas, on l’absorbe, et puis, à un moment, l’exaltation que l’on ressent est redoublée par une prise de conscience : ce qui m’est raconté là est une saga, il se passe toujours quelque chose de savoureux, les gens ont un certain langage, ils sont regardés d’une certaine façon… Je trouvais extraordinaire que Le Petit Nicolas nous bourre si peu le mou, qu’il ne mente pas sur les rapports humains – il n’y a qu’à voir le couple des parents, constamment au bord de l’hystérie. C’est essentiel de ne pas bourrer le mou des enfants, sans les désespérer ; alors il faut que ce que l’on fait soit marrant. Et il n’y a pas de plus grand professeur d’humour que Goscinny.

Quand j’ai imaginé Ariol, en 2000, je voulais faire exactement le contraire de Sardine de l’espace, la série enfantine “space opera” sur laquelle je travaillais avec Joann Sfar. Il fallait que ce soient des souvenirs d’enfance, où la psychologie et les sentiments occuperaient tout… Je voulais que ça se passe sur une année, celle de CM1 – je n’imaginais pas que j’y serais encore près de vingt ans plus tard. Il n’y a pas d’événement trop petit, de sensation trop infime qu’ils ne puissent être l’objet d’un épisode d’Ariol. Ce qui est proche du Petit Nicolas : voyez l’histoire complètement beckettienne de “La Craie”, où les enfants trouvent une craie, cherchent ce qu’ils pourraient en faire, se lancent dans une baston comme d’habitude (tout le monde se bastonne chez Goscinny, du Petit Nicolas à Astérix), puis rentrent chez eux… Je me souviens de l’extraordinaire effet que cela m’avait fait.

En réfléchissant à ce que je voulais faire de ces histoires d’enfant, j’ai consciemment pris des précautions pour ne pas singer Le Petit Nicolas, dont je suis tellement fabriqué. Alors j’ai décidé que les personnages seraient des animaux, et qu’Ariol serait une bande dessinée. De grands génies comme Sempé et Goscinny nous barrent certaines routes, nous obligent à faire des détours pour ne pas être dans le copier-coller. Au moment où l’on est attiré vers eux, on essaie de faire en sorte de travailler sous leur signe, mais pas trop près. »

Emmanuel Guibert est scénariste et dessinateur, auteur d’une œuvre adulte et jeune public : depuis 2000, il raconte dans « J’aime lire » les aventures de l’ânon Ariol, illustrées par Marc Boutavant. En 2017, il a reçu le prix René-Goscinny

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