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COMMERCE

Aéronautique : Donald Trump attise les querelles

  • attiser les querelles 引起争吵

Le secrétaire au Trésor, Steven Mnuchin, le président Donald Trump et le PDG de Boeing, Dennis Muilenburg, aux usines Boeing, à Saint-Louis (Missouri), le 14 mars 2018. MANDEL NGAN/AFP

Arnaud Leparmentier

Washington menace d’imposer des droits de douane contre l’Europe, condamnée par l’OMC pour avoir subventionné Airbus

NEW YORK - correspondant

Il était un temps où les organisations internationales comme l’Organisation mondiale du commerce (OMC) visaient à apaiser les conflits. Donald Trump les utilise désormais pour attiser les querelles. Ainsi, le président des Etats-Unis a-t-il menacé, mardi 9 avril, d’imposer des droits de douane contre l’Europe, condamnée pour avoir subventionné le constructeur aéronautique Airbus : « L’OMC estime que les subventions de l’Union européenne [UE] à Airbus ont affecté négativement les Etats-Unis, lesquels vont maintenant imposer des droits de douane sur 11 milliards de dollars [9,8 milliards d’euros] de produits européens. L’UE a profité pendant des années des Etats-Unis en matière commerciale. Cela va bientôt s’arrêter ! »

Lundi, le représentant au commerce des Etats-Unis, Robert Lighthizer, avait publié la liste des produits taxables, qui vont des hélicoptères civils aux yaourts en passant par l’huile d’olive et les fromages en tout genre, les maillots de bain féminins ou encore les céramiques. En apparence, cette action s’inscrit dans le cadre de la procédure de l’OMC. En mai 2018, un panel a jugé que l’Europe avait bel et bien subventionné Airbus pour lancer ses gros-porteurs A350 et A380. Les Etats-Unis ont alors demandé le droit d’imposer des pénalités pour compenser le préjudice subi à hauteur de 11 milliards de dollars. La réponse de l’OMC était censée intervenir d’ici à l’été, mais l’administration Trump a choisi de devancer l’appel, au moins médiatiquement, et se prépare à frapper, car elle doit procéder à des consultations avant d’imposer des droits de douane.

Querelle absurde

Côté européen, on explique que les montants n’ont pas été validés par l’OMC, dont il convient d’attendre le verdict. Les pénalités ne sont pas proportionnelles aux subventions touchées mais aux pertes de marchés infligées aux concurrents. Avec l’arrêt de l’A380, qui va donner de l’air à Boeing, les Européens espèrent que la sanction sera inférieure aux 11 milliards de dollars, mais ils savent qu’elle se chiffrera quand même en milliards.

L’offensive de M. Trump intervient alors que Boeing est affaibli par le double accident des 737 MAX, immobilisés en raison de la défaillance de leur système de navigation. Surtout, elle a lieu alors que les Européens viennent de prendre leur revanche dans cette interminable querelle qui oppose Boeing à Airbus, chacun accusant, depuis 2004, l’autre d’être subventionné. L’OMC a, en effet, jugé, fin mars, que Boeing n’avait pas mis en œuvre un jugement lui enjoignant de supprimer les aides dont il bénéficiait pour construire le Dreamliner 787, notamment une exonération fiscale concédée par l’Etat de Washington, la région de Seattle où sont assemblés les avions, jusqu’en 2040.

Comme les Etats-Unis, mais avec neuf mois de retard, les Européens vont désormais demander à l’OMC d’imposer leurs propres sanctions aux Américains, pour un montant analogue à celui que veut appliquer Donald Trump.

Cette querelle aéronautique, qui fait la fortune des cabinets d’avocats, est jugée absurde par les experts. Les marchés financiers ne savent pas financer des projets d’avions qui s’étalent sur des décennies, et des aides sont jugées indispensables. Elles sont fiscales et militaires aux Etats-Unis et se traduisent par des avances d’Etat en Europe. L’intelligence voudrait que les deux blocs s’accordent sur des règles de subventions avant que la Chine ne s’impose complètement dans le paysage.

Dans l’immédiat, Donald Trump, privé de majorité au Congrès, a besoin d’agiter les symboles protectionnistes, à dix-huit mois des élections de 2020. Le regain de tension transatlantique intervient un an après l’imposition unilatérale de droits sur l’acier et l’aluminium au printemps 2018, laquelle avait conduit les Européens à taxer en représailles le bourbon et les Harley-Davidson américaines. A l’été, Donald Trump avait renoncé à taxer les automobiles allemandes, et les deux parties avaient convenu de réduire les droits de douane transatlantiques.

L’affaire donne lieu à des agacements : les Américains veulent inclure l’agriculture dans la négociation, ce dont ne veulent pas les Européens. Les Français renâclent à approuver le mandat de négociation européen (sur la réduction des droits de douane industriels et l’homologation des produits), mais ils sont isolés, sans pouvoir de veto, à l’approche d’une décision qui se prend à la majorité qualifiée. De surcroît, tout ce qui ressemblerait à un nouveau traité de libre-échange transatlantique – après l’échec de la négociation sous Barack Obama – est un chiffon rouge en pleine campagne pour les européennes.

  • des agacements: frustration
  • renâcler à 对。。。表示不满
  • de surcroît:
  • un chiffon rouge en pleine campagne: 明显的争议

Une bonne cible

Dans sa guerre commerciale permanente, Donald Trump a d’autres sujets d’irritation. L’OMC a jugé pour la première fois qu’elle était compétente pour déterminer si un Etat pouvait, ou non, invoquer la sécurité nationale lorsqu’il impose des barrières commerciales. Le cas opposait la Russie à l’Ukraine, mais devrait faire jurisprudence pour les Etats-Unis, qui ont invoqué, depuis un an, cet argument dans des conflits purement économiques.

De plus, la ratification du nouvel accord de libre-échange avec le Mexique et le Canada, dont M. Trump se prévaut, est dans les limbes : les Canadiens ne veulent pas le signer tant que les Etats-Unis ne lèvent pas leurs sanctions sur l’acier. Les Mexicains sont échaudés par la menace récurrente de taxer leurs exportations automobiles.

  • être dans les limbes

Surtout, Nancy Pelosi, présidente démocrate de la Chambre des représentants, refuse de faire ratifier ce texte tant que les Mexicains n’ont pas changé, comme promis, leur législation sociale et salariale. Quant à l’accord avec la Chine, on saura qu’il sera scellé lorsque M. Trump pourra annoncer la date de sa rencontre avec son homologue, Xi Jinping. En attendant, Airbus est une bonne cible.

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