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Balkans : les investissements à double tranchant de la Chine

Harold Thibault

Pékin multiplie des projets d’infrastructures dans l’est et le sud de l’Europe

DUBROVNIK (CROATIE) - envoyé spécial

Il pleuvait à torrent, et Li Keqiang y a vu un signe. « J’espère que le pont de Peljesac sera un projet de haute qualité, résistant à toutes les pluies et tous les vents », a lancé, jeudi 11 avril, le premier ministre chinois. L’ouvrage de 2,4 km devrait être achevé en janvier 2021 et le chantier a déjà un peu d’avance. Dans moins de deux ans, la Croatie ne sera plus un Etat coupé en deux. Aujourd’hui, il faut encore franchir une bande d’une dizaine de kilomètres, qui constitue l’accès de la Bosnie-Herzégovine à la façade maritime, pour passer du nord de la Croatie à la cité historique de Dubrovnik.

  • il pleuvait à torrent: 下着瓢泼大雨

Le géant public chinois China Road and Bridge Corporation sait qu’il est attendu au tournant. C’est, en effet, la première fois qu’un groupe chinois a remporté un chantier financé par l’Union européenne, à hauteur de 85 %. La Chine veut en faire un exemple pour l’ensemble de ses projets dans les Balkans. « Les ports, les chemins de fer, les routes sont les premiers centres d’intérêt des entreprises chinoises, mais il y aura aussi peut-être les aéroports », énumère Josip Skoric, le PDG du groupe public Hrvatske Ceste (« Routes de Croatie »), en charge du projet.

Avantage pour Pékin, l’opinion croate soutient largement l’initiative, synonyme d’unification nationale. « Parfois il faut une heure pour passer la douane, et pareil au retour. Les travailleurs chinois ont commencé à arriver l’été dernier et progressent rapidement. Ils vont permettre de remédier à une absurdité historique », résume Ivana Yarkovich, 33 ans, caissière à l’épicerie de Komarna, village d’où partira le pont à 420 millions d’euros, et où se sont installés les ingénieurs chinois.

L’Union européenne, elle, n’a pas caché sa frustration de voir un de ses nouveaux membres ouvrir, en grand, la porte à la Chine au moment où Bruxelles hausse le ton face à Pékin, désormais qualifié de « rival systémique » et accusé de ne pas accorder d’accès réciproque à ses marchés publics. « Les entreprises concurrentes sur l’appel d’offres ont été frustrées parce que le prix chinois était bien plus faible, mais quand on voit le rythme de construction aujourd’hui, ils ont l’expertise », se défend M. Skoric. Le groupe chinois était 20 % moins cher qu’une entreprise autrichienne.

« Piège » chinois de la dette

« Si l’Europe de l’Ouest a un projet avec la Chine, ça va, mais si les Chinois investissent ici et que ça se passe sans eux, là ils trouvent à redire », ironise Sinisa Malus, responsable de la communication de la Chinese Southeast European Business Association, chargée de faire la promotion de la présence chinoise dans la région. Il se félicite déjà de l’arrivée massive de touristes chinois, même s’il constate qu’il faudrait des vols directs et les mêmes boutiques de luxe qu’à Milan et Paris pour attirer encore davantage de monde.

La Chine n’hésite pas à jouer des divisions entre l’Europe occidentale, plus développée économiquement et frustrée de ne pas voir ses exportations progresser davantage dans l’empire du Milieu, et l’Europe centrale, orientale et méridionale, qui a besoin d’investissements, d’infrastructures, et se montre parfois moins regardante.

  • moins regardante: less fussy

Pékin a lancé en 2012 un forum annuel avec les chefs de gouvernement de ce deuxième groupe, le « 16+1 », devenu, vendredi 12 avril, lors de sa réunion à Dubrovnik, le « 17+1 » à l’annonce de l’intégration de la Grèce. Athènes est déjà une porte d’accès à l’Europe, le port du Pirée étant passé intégralement sous contrôle chinois en 2017. La Chine voudrait désormais établir un corridor régional d’infrastructures, pour la distribution de ses produits, mais aussi pour s’assurer des amitiés stratégiques.

Mais dans ce groupe, des reproches envers Pékin se font également entendre. Au Montenegro, les ouvriers chinois construisent une portion de 41 km d’une autoroute que le gouvernement verrait bien se prolonger sur 165 km, de la côte à la frontière serbe, en passant par la capitale, Podgorica. Un prêt chinois a fait bondir la dette du pays à 80 % du PIB, alors que le trafic généré ne permettra pas de rentabiliser l’investissement. Et l’Etat n’a pas les moyens de financer les sections suivantes. Les critiques soulignent le risque de voir un premier pays européen tomber dans le « piège » chinois de la dette, phénomène déjà bien connu par exemple au Sri Lanka. « Les Chinois utilisent ce format “16+1”, car ce n’est pas un groupe uni, donc ils peuvent imposer leurs conditions et leurs travailleurs à des petits pays. Le résultat est discutable », remarque un homme d’affaires slovène.

Les opportunités offertes par la Chine en font néanmoins rêver d’autres. « Ces fonds qu’ils mettent dans les infrastructures, avec leur projet de “nouvelles routes de la soie”, c’est inédit à l’échelle mondiale », constate Ernest Svazic, maire de Krapinske Toplice. Edile de cette station thermale de 5 400 habitants à 45 km au nord-ouest de Zagreb, la capitale croate, il s’est entendu avec un promoteur immobilier cantonais, le groupe Zhongya, qui doit reconstruire le principal hôtel de la commune. « Nous devons représenter à peine un hameau aux yeux des Chinois, s’amuse M. Svazic. Mais ils nous traitent avec respect. » M. Svazic a quand même dû se faire entendre pour l’architecture de l’hôtel : les Chinois y auraient bien vu une tour massive, qui de son point de vue aurait fait tache dans le paysage. Le partenaire chinois a accepté de revoir sa copie.

  • station thermale: spa
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