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L’enquête s’annonce compliquée

Nicolas Chapuis Et Élise Vincent

Les combles, d’où le feu est parti, étaient au cœur d’un vaste chantier de rénovation. Ils ont été largement détruits, ce qui laisse peu d’espoir d’y retrouver des preuves matérielles

On sait encore peu de choses, à ce stade, sur l’origine du gigantesque incendie qui a ravagé la cathédrale Notre-Dame de Paris, lundi 15 avril. Après avoir hésité pendant plusieurs heures, le parquet de Paris a ouvert, lundi soir, une enquête pour « destruction involontaire par incendie », excluant a priori le motif criminel. Les investigations confiées à la direction régionale de la police judiciaire pourraient néanmoins se révéler extrêmement longues et délicates avant que ne soient éclaircies avec précisions les circonstances de départ du feu.

Selon les premiers éléments de l’enquête, c’est dans les combles de Notre-Dame de Paris que l’incendie aurait démarré, peu avant 19 heures. Un endroit très difficile d’accès, cerné d’échafaudages, au cœur d’un vaste chantier de rénovation lancé depuis l’été 2018. A cette heure, il n’y avait, semble-t-il, plus d’ouvriers sur place. Mais le feu a largement détruit cette partie de la cathédrale. Il ne sera donc pas simple d’y retrouver des preuves matérielles pour tenter d’expliquer l’origine de l’incendie.

Les enquêteurs étaient en tout cas déjà à pied d’œuvre, lundi soir, pour identifier les personnes qui travaillaient sur le chantier et pour recueillir les premiers témoignages sur les origines de l’incendie, selon le parquet de Paris. Plusieurs ouvriers ont été entendus par la police judiciaire au cours de la nuit. La brigade criminelle, chargée des investigations, n’avait pas encore pu procéder aux premières constatations sur place mardi matin, la solidité de l’édifice n’étant pas assurée. « Ce sera une enquête longue, complexe, qui va marier des éléments policiers mais aussi des éléments techniques avec des expertises qui vont être missionnées », explique une source policière, qui parle déjà d’une affaire « hors norme », même si aucune victime n’est pour l’instant à déplorer. Les riverains ont en effet pu être évacués, ainsi que toutes les personnes se trouvant à l’intérieur de la cathédrale lors du drame.

D’après les premiers témoignages, le feu s’est propagé très rapidement, sous l’effet du vent notamment. « La charpente, qui date du XIIIe siècle, s’est embrasée tout de suite », a notamment déclaré Mgr Patrick Chauvet, recteur de Notre-Dame et témoin de la scène, lors d’un point presse improvisé sur le parvis de la cathédrale. Ce dédale de poutres en bois de 110 mètres de long a servi de combustible à l’incendie.

Conditions d’intervention délicates

Dès le début de la catastrophe, les pompiers sont intervenus en nombre, convergeant rapidement de toute part vers le centre de la capitale, où se trouve Notre-Dame. Plus de 400 sapeurs-pompiers ont ainsi été mobilisés dès le début de la soirée, avant d’être relayés en milieu de nuit par des effectifs équivalents. Des moyens humains considérables qui ont nécessité la mobilisation à la fois de membres de la brigade des sapeurs-pompiers de Paris (BSPP) et de pompiers venus du reste de l’Ile-de-France. Des drones ont aussi été utilisés pour mieux piloter l’intervention.

Les conditions se sont toutefois révélées particulièrement délicates, selon le général Jean-Claude Gallet, commandant de la BSPP, qui s’est exprimé à plusieurs reprises durant la soirée du 15 avril, pour décrire la progression de ses troupes. Dix-huit lances d’incendie ont ainsi été mobilisées pour l’occasion, mais leur action a vite été limitée à l’extérieur de l’édifice religieux. Malgré leur hauteur, elles ont peiné à atteindre le sommet des combles et surtout la flèche de la cathédrale, située à plus de 90 mètres, qui a fini par s’effondrer, vers 20 heures. La toiture a pour sa part brûlé aux deux tiers.

Les lances ont été plus efficaces à l’intérieur de la cathédrale, selon le général. Mais elles n’ont pas pu empêcher d’importantes dégradations. Au point qu’en milieu de soirée, vers 21 h 30, le commandant de la BSPP s’est un temps montré alarmiste sur les chances de sauver le monument historique. « L’heure et demie qui vient est déterminante (…) à ce stade, on n’est pas sûrs de pouvoir enrayer la propagation de l’incendie au beffroi nord de la cathédrale », a-t-il déclaré sur le parvis de Notre-Dame.

Selon lui, les difficultés ont été multiples. Avec la tombée de la nuit, la visibilité a été plus limitée. Les pompiers ont bataillé dans un contexte d’affaiblissement général des structures de la cathédrale. Ils ont notamment été confrontés à des chutes du plomb en fusion qui recouvrait la toiture. « Nous devons lutter pied à pied, mètre après mètre », a précisé le général Gallet. Alors que l’hôpital de l’Hôtel-Dieu voisin s’est activé pour proposer un espace de repos et de rafraîchissement aux pompiers, un blessé grave a été recensé parmi eux, peu avant 23 heures.

Multiples difficultés

Finalement, vers la même heure, l’optimisme est revenu du côté des autorités. « Le feu a baissé en intensité (…) nous sommes entrés dans une phase de refroidissement de l’édifice, on peut penser que la structure est sauvée, notamment le beffroi nord. Le travail se poursuivra toute la nuit », a détaillé le secrétaire d’Etat auprès du ministre de l’intérieur, Laurent Nuñez. « Les deux tours sont sauvées, mais l’échafaudage central va nécessiter plusieurs heures [d’intervention] car il y a des risques d’effondrement », a précisé le général Gallet. C’est l’intervention de pompiers à l’intérieur même des beffrois en flamme qui a permis de sauver cette partie du bâtiment et d’éviter que les immenses cloches s’effondrent.

Ce n’est qu’à 3 h 45, après quelque neuf heures de lutte acharnée avec les flammes que l’incendie a finalement été « maîtrisé » par les sapeurs-pompiers. « Il est partiellement éteint, il reste des foyers résiduels à éteindre », a précisé le lieutenant-colonel Gabriel Plus, porte-parole de la BSPP. L’ossature globale de l’édifice semble à ce stade avoir tenu le choc, malgré l’effondrement de la croisée du transept et d’une grande partie du transept nord. « La structure est sauvée mais il y a des expertises à faire, a précisé Laurent Nuñez, mardi matin, sur BFMTV. Un incendie de cette ampleur-là, ça a un impact important sur les structures donc il faut pouvoir s’assurer qu’elles sont toujours stables. »

L’autre enjeu de la soirée, outre de sauver l’architecture extérieure de Notre-Dame, a été aussi de protéger les œuvres d’art se trouvant à l’intérieur. Or, les plus précieuses se situaient à l’arrière de la cathédrale, justement là où le feu était le plus spectaculaire. Une noria a été organisée par les sapeurs-pompiers et les agents municipaux, selon Anne Hidalgo, la maire de Paris, pour sauver les œuvres et les placer en sécurité. Selon Mgr Chauvet, la couronne d’épines, la tunique de saint Louis – deux objets extrêmement importants pour les catholiques – ainsi que « quelques calices et tableaux » ont pu être sauvés, « mais pour enlever les grands tableaux, [c’était] impossible ».

L’état des vitraux est également incertain. Certains ont explosé sous l’effet de la chaleur, mais la grande Rose du midi donnant sur la Seine, chef-d’œuvre du XIIIe siècle, aurait été préservée, selon plusieurs témoignages. Selon le vicaire général de l’archidiocèse de Paris, Mgr Philippe Marsset, des représentants des monuments historiques se sont rendus sur place dans la nuit pour établir la liste des œuvres à sauver en priorité.

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