用户工具

站点工具


20190417-p7-degats

Charpente, toiture, flèche… Des dégâts pour l’instant inestimables

Jean-Jacques Larrochelle

L’état de la structure va maintenant devoir être évalué

Elle était joliment surnommée la « forêt ». L’immense charpente en chêne de Notre-Dame, de 110 mètres de long de Notre-Dame, 13 mètres de large et 10 mètres de haut, achevée au début du XIIIe siècle, et dont certains éléments dataient du VIIIe siècle, est intégralement partie en fumée, de même que la quasi-totalité de l’immense toiture en plomb. La flèche, comme un symbole, s’est effondrée peu avant 20 heures sous la morsure des flammes attisées par un vent puissant. Perchée à 93 mètres de haut, elle n’a pas pu être atteinte facilement par les lances à eau des pompiers.

Longtemps menacé, le beffroi nord en surplomb du parvis, dont la chute aurait entraîné celle de sa tour jumelle, au sud, et la destruction irréversible de la grande rosace, a échappé au pire, grâce à l’engagement, au plus près, des soldats du feu parisiens. En revanche, on ne sait pas encore à quel point les grandes orgues de la cathédrale ont souffert du sinistre.

Tel est, pour l’heure, le triste bilan de cet incendie. Pour l’instant. Car il était bien sûr encore trop tôt, mardi matin, pour mesurer complètement l’ampleur des dégâts. Les appareils en pierre, renforcés par des armatures en acier « soudées » au plomb, ont certainement souffert de l’intensité du brasier dont la température serait montée jusqu’à plus de 800 degrés. Sans parler des effets néfastes des grandes, mais nécessaires, quantités d’eau qui peuvent dégrader de manière irrémédiable les nombreux trésors contenus dans l’enceinte de la cathédrale.

La voûte en pierre a tenu

A l’inverse d’un bâtiment « ordinaire », la difficulté pour les pompiers a consisté à devoir circonscrire les flammes, en même temps que de doser l’impact de leur intervention afin de ne pas mettre en péril l’exceptionnelle qualité patrimoniale du site.

La voûte en pierre a été fragilisée, ainsi que l’ont rapporté les pompiers, mais elle a tenu. Sa fonction originelle est précisément d’empêcher la propagation du feu. « Tandis que le feu tend à monter, son rôle est de faire écran entre la charpente et le volume des nefs en contrebas », souligne l’architecte en chef des monuments historiques François Châtillon. Au Moyen Age, les constructions étant toutes en bois, un sinistre de cette ampleur aurait intégralement embrasé le quartier.

En dépit de l’ampleur inédite du sinistre, « la structure de Notre-Dame de Paris est sauvée et préservée dans sa globalité », ont expliqué, dans la soirée, les sapeurs-pompiers. Mardi matin, le secrétaire d’Etat auprès du ministre de l’intérieur, Eric Nunez, s’est montré un peu moins optimiste, expliquant qu’il y a « des doutes sur comment la structure va résister ».

Cet incendie est intervenu alors qu’un vaste programme de rénovation de l’édifice était en cours. Débutée en juillet 2018, l’installation de l’immense échafaudage de 500 tonnes, soit quelque 500 000 tubes d’acier galvanisés appuyés sur les quatre piliers du transept de Notre-Dame, était sur le point d’être achevée. Le 11 avril, après avoir été décapitées pour éviter de les détériorer pendant leur transport, seize statues de cuivre de 250 kg chacune avaient été soustraites des lieux à l’aide d’une grue de 100 mètres de haut. Elles devaient retrouver leur socle en 2020. Financé par l’Etat à hauteur de 11 millions d’euros, le chantier de restauration de la flèche et de l’intégralité de la toiture en plomb de la cathédrale de Paris devait constituer la première phase d’une opération globale de quelque 150 millions d’euros.

Aujourd’hui, la question des travaux initiaux n’est bien sûr plus d’actualité. A Champs-sur-Marne (Seine-et-Marne), au sein du laboratoire de recherche des monuments historiques, la question prioritaire n’est plus de savoir si les statues doivent retrouver leur couleur marron d’origine ou, au contraire, conserver le vert-de-grisé dû à la patine du temps. Les sculptures représentant les douze apôtres et les quatre évangélistes – l’architecte Eugène Viollet-le-Duc (1814-1879), constructeur de la flèche entre 1844 à 1864, s’était lui-même représenté en saint Thomas – ont désormais le statut de rescapées d’un désastre.

Le chantier de reconstruction de Notre-Dame à l’identique durera des décennies et nécessitera d’engager des sommes considérables. En attendant, les pompiers resteront longtemps à pied d’œuvre. Pendant plusieurs jours, ils vont devoir assurer la surveillance du feu et celle de la structure, pour être certains que celle-là n’est pas fragilisée avant de pouvoir l’étayer. Puis suivront « d’autres études de structure, des études précises sur les atteintes portées à l’édifice par l’effet conjugué de l’eau et du feu », indique le président du Centre des monuments nationaux, Philippe Bélaval. Commencera alors véritablement un nouveau et immense chantier.

S’il se confirme que l’incendie est parti en marge des travaux de rénovation, sera alors très vite posée la question des mesures de sécurité qui les entouraient. Les travaux sont en effet, traditionnellement, des causes de sinistres.

« Principale hantise »

Selon l’assureur MMA, dans la seule région Ile-de-France, on dénombre un incendie sur un chantier tous les trois jours. Certains ont déjà touché des bijoux du patrimoine. Ainsi, en juillet 2013, à l’hôtel Lambert, joyau du XVIIe siècle de l’île Saint-Louis à Paris, un feu s’était déclaré sous la toiture, alors en chantier, causant d’importantes pertes patrimoniales. Au mois d’octobre de l’année suivante, à la Maison de la radio, tandis que le secteur était déserté, c’est le moteur du système de ventilation utilisé pour le désamiantage qui a été à l’origine d’un sinistre. Durant l’été 2015, enfin, le bâtiment n’étant pas sous alarme et le système de sécurité incendie désarmé la nuit en raison de travaux, une partie de la Cité des sciences et de l’industrie de la Villette avait été très sérieusement endommagée.

« Les points chauds sont la principale hantise dans un chantier de restauration de cette ampleur », souligne à propos de Notre-Dame l’architecte en chef des monuments historiques, François Chatillon. Une simple soudure sur du plomb peut réchauffer le bois qui se trouve en dessous. Pour l’architecte en chef des monuments historiques responsable de la restauration de la flèche de Notre-Dame, Philippe Villeneuve, « les travaux n’avaient pas encore débuté, seuls les échafaudages étaient en cours de montage ». De son point de vue, « l’hypothèse du point chaud n’est donc pas la bonne ».

Il n’est pas exclu toutefois que du matériel électroportatif ait pu être utilisé pour assurer la bonne tenue de l’échafaudage. Pour Albert Bacqueville, expert sinistres à la MMA, il faut redoubler de vigilance en fin de chantier. En cas de points chauds, les services de prévention des risques (SPR) préconisent même qu’une personne puisse rester sur place une à deux heures après la fin de la journée de travail. A Notre-Dame, où la sécurité générale est placée sous l’autorité de la Direction régionale des affaires culturelles, l’incendie, justement, a commencé à se déclarer en fin de journée.

20190417-p7-degats.txt · 最后更改: 2019/04/16 10:23 由 121.237.143.204