用户工具

站点工具


20190419-p12-tech

Fin de l’âge d’or dans la tech chinoise

Simon Leplâtre

Face au ralentissement de l’économie et à une concurrence exacerbée, certains géants tels que JD.com sont contraints de revoir leur stratégie

SHANGHAÏ - correspondance

C’est le grand nettoyage de printemps dans la technologie chinoise. Après des années fastes, la plupart des entreprises se serrent la ceinture. Les recrutements ont largement baissé dans tout le secteur et certaines sociétés se sont même mises à réduire leurs effectifs. Plusieurs géants tels que JD.com, numéro deux du commerce en ligne, Didi, concurrent victorieux d’Uber dans l’empire du Milieu, ou NetEase, le numéro deux chinois des jeux vidéo, ont ainsi annoncé des licenciements.

  • le grand nettoyage de printemps: 春季大扫除

D’autres comme Alibaba, Tencent, Baidu ou Xiaomi ont lancé des plans de réorganisation depuis le début de l’année. Derrière ces cas emblématiques, des centaines de start-up anonymes peinent à se financer. La fin d’un cycle, tant l’argent des investisseurs, qui coulait à flots ces dernières années, s’est tari.

« Il y avait énormément de cash. On pouvait vraiment parler de bulle spéculative dans la technologie. Mais depuis certains échecs retentissants, comme celui d’Ofo [l’un des leaders du marché des vélos partagés, en cessation de paiement], on assiste à un resserrement des investissements. Les gens font beaucoup plus attention », estime Mark Natkin, fondateur de Marbridge Consulting, un cabinet de conseil spécialisé dans la technologie et établi à Pékin.

En conséquence, les entreprises sont contraintes de repenser leur stratégie. « Beaucoup d’acteurs de la technologie cherchaient la croissance à tout prix, explique Benjamin Cavender, analyste en chef pour le cabinet de conseil China Market Research, à Shanghaï. Leur “business model” consistait à élargir leur base de clients le plus vite possible. Mais comme l’économie chinoise ralentit, leurs objectifs de croissance deviennent inatteignables, et ils doivent s’adapter, devenir plus efficaces, et se concentrer sur la rentabilité. »

JD.com – « Jingdong », en chinois – en est un exemple. Le groupe, qui n’a jamais réalisé de bénéfice depuis son introduction en Bourse, en 2014, a encore perdu 2,5 milliards de yuans (330 millions d’euros) en 2018. Il a donc changé de braquet en février. L’entreprise a annoncé le licenciement de 10 % de ses cadres de haut rang et la fin des salaires fixes pour ses livreurs, considérés jusqu’alors comme les mieux lotis du secteur.

  • changer de braquet: change gears.

Selon le site américain The Information, JD.com pourrait finalement réduire de 8 % ses effectifs globaux et supprimer ainsi 12 000 postes. Contacté, le groupe dément ces chiffres, et préfère parler « d’ajustements dans l’organisation, pour rendre l’entreprise plus agile, plus mince, et plus réactive », en rappelant que 15 000 embauches sont également prévues en 2019.

Questions de gouvernance

JD.com ne souffre pas seulement du ralentissement de l’économie. L’arrivée d’un nouveau venu dans le secteur de la vente en ligne, Pinduoduo, s’est aussi fait sentir. Cette plate-forme d’achats groupés a connu une croissance fulgurante ces deux dernières années dans les villes les moins riches de Chine, alors qu’Alibaba et Tencent cherchaient à monter en gamme.

A cela s’est ajouté un scandale visant son patron Richard Liu, accusé de viol lors d’un séjour aux Etats-Unis. Si le procureur américain a abandonné les charges fin 2018, faute de preuves, la réputation du dirigeant s’en est trouvée ternie, ce qui a soulevé des questions de gouvernance. « Les investisseurs se sont rendu compte qu’il avait un pouvoir énorme sur l’entreprise, dont il contrôle près de 80 % des voix. S’il lui arrivait quelque chose, un conseil d’administration sans lui ne pourrait pas prendre une décision », relève Mark Natkin.

Depuis, les problèmes d’organisation semblent concerner toute l’entreprise. « Il y a beaucoup de licenciements, surtout dans les services supports qui ne génèrent pas directement de profits. Dans beaucoup de départements, il n’y a plus de chefs ou ils ont été changés quatre fois en deux mois. On ne sait plus ce qu’on va faire… », note une source interne. D’aucuns évoquent des séances d’autocritique et des règlements de comptes verbaux lors des réunions.

De son côté, Didi, qui a concentré ses efforts sur la sécurité, après plusieurs meurtres de jeunes femmes par des chauffeurs en 2018, se prépare à licencier 2 000 salariés, soit 15 % de ses effectifs, d’après plusieurs médias. NetEase, quant à lui, a pâti du changement politico-administratif visant à reprendre en main le secteur. La suspension de l’attribution des licences pour les jeux vidéo l’année dernière du fait de changements réglementaires a durement touché l’ensemble de l’industrie.

En définitive, c’est Wang Xing, le patron de Meituan, une application de livraison de repas et d’achats groupés, qui résume le mieux le sentiment général. Dans une publication faite sur le réseau social Weibo fin décembre 2018 et devenue virale, il prédisait que 2019 serait la pire année de la décennie passée… mais peut-être la meilleure de la décennie à venir.

20190419-p12-tech.txt · 最后更改: 2019/05/13 20:46 由 82.251.53.114