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« Quentin Tarantino rêve d’être prêt pour Cannes »

Thierry Frémaux, le 18 avril, au siège du Festival de Cannes, à Paris. JÉRÔME BONNET POUR « LE MONDE » Propos Recueillis Par Véronique Cauhapé Et Thomas Sotinel

Thierry Frémaux, le délégué général du Festival, revient sur la sélection et sur le suspense autour de la présence du dernier film du réalisateur américain

ENTRETIEN

Au soir de l’annonce de la sélection officielle du 72e Festival de Cannes, jeudi 18 avril, son délégué général s’est expliqué sur la marche vers la parité, le renouvellement des réalisateurs en sélection, le suspense autour de la présence du film de Quentin Tarantino et de celle sur la Croisette des films mis en ligne par Netflix.

Qu’est-ce qui a changé dans votre façon de travailler, avec notamment un comité de sélection modifié pour répondre aux engagements sur la parité ?

Ces engagements n’ont pas été difficiles à tenir puisqu’on y était presque. Il a suffi d’ajouter une personne pour que nous soyons quatre hommes et quatre femmes. Ce qui change beaucoup, c’est que nous recevons de nombreux films par le biais d’Internet. Nous revenons donc à cette civilisation numérique qui offre une grande élasticité dans le temps, favorise les discussions, mais nous prive des projections 35 millimètres.

N’y a-t-il pas, dans ce travail de sélection, des facteurs qui ont plus d’importance que par le passé ?

Non, je suis délégué depuis 2007, mais je dispose d’une plus grande liberté qu’avant. Cannes reste le Festival des metteurs en scène, de ceux qui essaient de réinventer le cinéma, et d’explorer des formes nouvelles, mais aussi le Festival de ceux qui sont du côté d’un certain classicisme. La diversité des films, la présence d’une presse nombreuse et multiple ainsi que la rapidité de communication exigent des audaces en compétition. On continue d’œuvrer dans ce sens tout en nous ouvrant à d’autres films qu’il s’agit de protéger.

Il manque deux ou trois titres à la sélection ?

On en est à dix-neuf, dont le film d’ouverture, et on peut aller jusqu’à vingt ou vingt et un. Nous avons gardé deux ou trois places au cas où…

« Once Upon a Time in… Hollywood » de Tarentino a été annoncée par la presse professionnelle américaine, mais ne figure pas dans votre sélection. Pourquoi ?

Le film devait être prêt pour Cannes. Il ne l’est pas. Peut-être qu’il le sera. Je ne peux pas l’annoncer sans en avoir la garantie. Quentin Tarantino m’a montré deux heures du film dans sa salle de montage. Il ne rêve que de ça, de le terminer à temps. Ce sera le quatrième film américain en compétition. Contrairement à d’autres, Tarantino, comme les frères Coen ou Clint Eastwood, face à l’obsession généralisée pour les Oscars, continue de montrer des films à Cannes en mai, qui sont toujours vivants en février pour les Oscars. Il y a, pour une certaine presse, un seul enjeu, celui de savoir qui ira aux Oscars. Qu’un festival de rentrée ait décidé de miser sur le cinéma américain et les plates-formes, je le respecte, c’est aussi la logique de la Mostra de Venise. Mais la légende Cannes, elle, a été écrite par Bergman, Fellini, Kurosawa, Tarkovski, Moretti ou Lars von Trier. L’an passé, on nous a jugés coupables de ne pas nous soumettre à cet agenda qui voudrait qu’on ait beaucoup de films américains en compétition, de ceux qui concourent aux Oscars. Le projet de Cannes, c’est le cinéma mondial, la mise en scène et les auteurs, c’est donner des nouvelles du cinéma et du monde.

  • la Mostra de Venise: 威尼斯电影节

Avez-vous pu tirer quelques réflexions quant aux films reçus et sélectionnés cette année ?

Nous n’avons pas d’agenda. Quand nous commençons la sélection, nous ne décidons pas de sa couleur. J’ai pour habitude de dire que ce n’est pas nous qui sélectionnons les films mais que ce sont eux qui se font sélectionner. C’est leur qualité propre qui les distingue à nos yeux. Il est vrai, que le cinéma et l’art, en général, sont souvent graves. Et que la comédie n’a jamais été un genre bien considéré, à tel point que ces films ne nous sont pas montrés. Mais cette année, j’ai le sentiment que règne dans la sélection une certaine fantaisie, à côté de films politiques.

Votre position consistant à refuser tout film non diffusé en salle est-elle tenable ?

Il y a deux ans, le Festival de Cannes a pris des films Netflix, ouvrant ses portes au monde des plates-formes. J’étais convaincu de pouvoir convaincre Netflix de faire en sorte qu’au moins, en France, ces films puissent sortir en salle. Mais le modèle Netflix est très précis, et ses dirigeants ne veulent pas y déroger. Le Festival a modifié son règlement pour dire que, pour le territoire français, il faut que le film sorte en salle pour aller à Cannes. Après l’épisode Roma l’an dernier, une telle situation ne s’est pas présentée cette année puisque Netflix n’avait pas de film prêt pour nous.

  • déroger à: 偏离

On parle d’un projet de l’Américain Noah Baumbach. S’il amarre sa barque au vaisseau Netflix, il disparaît des radars cannois ?

Il disparaît des radars du cinéma. Il faut remplacer le mot « Cannes » par le mot « cinéma » et « Netflix » par « télévision ». La question de Netflix pose à l’échelle planétaire des questions qu’on se posait à une époque au sujet de la télévision. Il fut un temps où les films de télévision ne postulaient pas à Cannes. Netflix a commencé par les séries et, maintenant, il y a ces épisodes « unitaires » qui ressemblent à des films de cinéma. En ce qui concerne Cannes, la production mondiale de films est assez volumineuse pour nous alimenter. Et si Netflix, qui a du goût, va chercher des réalisateurs de renom du cinéma, il pourra le faire, mais le monde du cinéma, lui, va continuer : regardez la présence de jeunes cinéastes en compétition. Ce monde est mouvant, changeant. Le Festival de Cannes est devenu l’incarnation de quelque chose qui n’est pas de l’immobilisme ni du vieux. On ne peut pas demander au Louvre de ne faire que de l’art vidéo ou à Gallimard de publier les auteurs du Net.

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