用户工具

站点工具


20190422-p4-ireland

Irlande du Nord : la mort d’une reporter ravive le spectre de la guerre civile

Éric Albert

Vingt et un ans après les accords de paix, des groupuscules dissidents restent actifs

LONDRES - correspondance

La mort d’une journaliste par une balle perdue lors d’émeutes à Derry, dans la nuit du jeudi 18 au vendredi 19 avril, est venue raviver le spectre de la guerre civile en Irlande du Nord. Vingt et un ans jour pour jour après l’accord du Vendredi saint, qui a mis fin aux « troubles » qui ont fait 3 500 morts entre 1969 et 1998, le drame rappelle qu’il reste sur le terrain plusieurs groupuscules républicains dissidents actifs.

La violence a éclaté, jeudi soir, quand la police a effectué une descente à Creggan, un quartier catholique pauvre de Derry (Londonderry pour les unionistes). A quelques jours des traditionnelles commémorations de l’insurrection de Pâques de 1916 contre l’occupation britannique, les forces de l’ordre cherchaient des armes.

La situation a rapidement dégénéré. Plus d’une cinquantaine de cocktails Molotov ont été lancés contre la police et un individu a pris une arme à feu, tirant une dizaine de fois. Lyra McKee, une journaliste de 29 ans qui se trouvait à proximité d’un véhicule blindé, a été mortellement touchée. La reporter, née à Belfast, avait beaucoup écrit sur le conflit nord-irlandais et ses conséquences. Sur son compte Twitter, elle avait posté, jeudi en début de soirée, une photo des violences en cours, accompagnée de la légende : « Derry, ce soir. Complètement dingue. » Une enquête pour meurtre a été ouverte. Samedi, la police a annoncé avoir interpellé deux jeunes hommes.

La police parle d’un « incident terroriste ». Elle accuse un groupuscule, la NIRA (New Irish Republican Army), d’être « probablement » responsable de l’attaque. « C’est le plus important et le plus radical des groupes dissidents républicains », explique Neil Jarman, directeur de l’Institute for Conflict Research, à Belfast. Née en 2012 de la fusion de plusieurs groupes dissidents, l’organisation compterait peut-être un millier de membres, selon lui. « Elle est composée de dissidents historiques de l’IRA, qui étaient contre le processus de paix, mais aussi de jeunes qui n’ont pas connu les “troubles”. »

La NIRA est régulièrement active. Elle a placé un véhicule piégé devant un palais de justice à Derry en janvier, sans faire de blessé, et elle est aussi responsable de la mort d’un gardien de prison en 2016. Le groupe possède depuis cette même année une aile politique, le parti Saoradh. Dans un communiqué, celui-ci a regretté la mort « tragique » et « accidentelle » de la journaliste, mais accuse la police d’être responsable. Une marche de commémoration prévue lundi a cependant été annulée, preuve d’une volonté d’éviter l’escalade.

La survivance de groupes paramilitaires, essentiellement républicains, n’est pas nouvelle. Chaque année, ceux-ci sont responsables d’une cinquantaine d’incidents avec armes à feu et de l’explosion d’une vingtaine de bombes, selon le décompte de la police. Depuis 2006, entre une et six personnes meurent par an des violences politiques en Irlande du Nord. En 2016, les forces de l’ordre ont saisi 75 kilos d’explosifs et 2 635 munitions ; en 2017, 400 grammes d’explosifs et 5 758 munitions.

« A chaque fois qu’un groupe décide d’un cessez-le-feu, la question est de savoir combien de ses membres vont se séparer et former un nouveau groupe », explique Martin Melaugh, de l’université d’Ulster, corédacteur d’un rapport sur l’état de la paix en Irlande du Nord. Il rappelle qu’au début des « troubles », en 1969, l’IRA s’était déjà scindée en deux, l’IRA provisoire refusant le cessez-le-feu et s’imposant ensuite lors du conflit.

Le Brexit ajoute à la division

Le pouvoir de nuisance des groupes paramilitaires demeure relativement limité et n’a rien à voir avec la période des « troubles ». Mais, la nouveauté est le climat politique délétère qui règne en Irlande du Nord. En 2017, suite à un scandale de corruption, le gouvernement s’est effondré. Républicains et unionistes, qui se partageaient le pouvoir, refusent désormais de siéger ensemble.

L’échec politique fait suite à des années de défiance entre les deux camps. Le Democratic Unionist Party (DUP), le principal parti unioniste, est attaqué pour son refus de tout compromis. « Le mécontentement grandit dans le camp catholique [républicain] depuis une décennie », estime Robin Wilson, un journaliste nord-irlandais. A chaque demande de réforme – notamment pour une loi sur la reconnaissance de la langue gaélique –, « le DUP dit non », indique M. Wilson.

La colère gronde à Derry, où plusieurs conseillers municipaux sont dissidents, rejetant la politique du Sinn Fein, le principal parti républicain, sans pour autant prôner la violence. Dans ce contexte, la population ferme plus facilement les yeux face aux activités de groupuscules.

Enfin, le Brexit vient ajouter à la division. « Si une frontière dure voyait le jour, ce sera un vrai problème pour le Sinn Fein. Les groupes dissidents pourraient dire que son approche politique a échoué », continue M. Wilson. Si bien que le principal danger ne vient pas nécessairement des attentats qui secouent l’Irlande du Nord. « Le processus de paix est plus en danger à cause des problèmes politiques que des groupes dissidents républicains », estime M. Melaugh.

20190422-p4-ireland.txt · 最后更改: 2019/04/20 11:30 由 221.226.128.202