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En Syrie, les pénuries d’essence paralysent le pays

Benjamin Barthe

Les menaces de sanctions américaines, fin 2018, ont aggravé la situation

BEYROUTH - correspondant

La Syrie était en pays en guerre, c’est maintenant un pays à l’arrêt. Alors que les combats ont quasiment cessé, sauf dans la petite poche d’Idlib, dans le Nord-Ouest, la population doit faire face à une calamité d’un nouveau genre : la pénurie d’essence. Récurrent depuis le commencement de la guerre civile en 2011, ce problème s’est aggravé au début du mois, du fait de l’accroissement des pressions économiques américaines sur la Syrie, paralysant les transports et l’activité dans les zones sous contrôle gouvernemental.

  • une calamité d’un nouveau genre: a calamity of a new kind.
  • La pénurie d’essence: 汽油短缺
  • l’accroissement des pressions: 压力的增加

Un flot de photos et de vidéos, prises à Damas, Alep, Homs, les grandes villes du pays, et diffusées sur les réseaux sociaux, montrent des scènes jamais vues en huit ans de guerre civile : des files d’attente de plusieurs centaines de mètres devant les rares pompes encore ouvertes, des avenues traditionnellement embouteillées quasiment vides de voitures en pleine journée, des rues encombrées d’ordures parce que les camions de ramassage ne peuvent plus démarrer, et des véhicules abandonnés sur le bas-côté des routes, avec plus une goutte dans le réservoir. « Cette crise est beaucoup plus sévère que les précédentes, affirme Saeed Abu Zafer, un ingénieur d’Alep. Les rues sont désertes, c’est comme s’il y avait un couvre-feu. »« J’ai dû renoncer à aller au travail, car on ne trouve presque plus de taxis collectifs », raconte Mohamed Abu Ahmed, un instituteur. « La plupart des usines ont cessé de fonctionner et celles qui tournent encore, c’est parce qu’il leur reste un peu de fuel qui sera bientôt épuisé, témoigne Mohamed Nahhas, un économiste de Damas. C’est impossible de vivre sans essence. C’est comme si l’on était renvoyé à l’âge de pierre. »

  • des files d’attente: the waiting lines
  • les camions de ramassage: 垃圾收集卡车
  • le bas-côté des routes: 公路两边的应急车道
  • une goutte: 一滴
  • épuisé: exhausted
  • l'âge de pierre: 石器时代

L’origine de la crise remonte au 20 novembre 2018. Ce jour-là, le Trésor américain a publié un communiqué menaçant de placer sous sanction toute entité qui contribuerait au ravitaillement pétrolier de la Syrie. La mise en garde visait principalement la filière de transport d’hydrocarbures iraniens, par voie de mer, jusqu’aux ports syriens de Tartous et Lattaquié. Des armateurs, des propriétaires de navires, des banques, des assureurs et des autorités portuaires se sont retrouvés du jour au lendemain dans le collimateur des autorités américaines.

Ce tir de sommation a eu un effet immédiat. Depuis le début de l’année, les livraisons d’or noir iranien, qui représentaient environ 2 millions de barils par mois, ont complètement cessé. Ces exportations étaient payées grâce à une ligne de crédit de 3,6 milliards de dollars (3,2 milliards d’euros), que Téhéran avait accordée à Damas, son principal allié au Proche-Orient, en 2013. Les largesses de la République islamique permettaient aux autorités syriennes de compenser la perte des principaux champs pétroliers du pays, passés aux mains de l’organisation Etat islamique, puis des forces kurdes, et la baisse de la production des puits restés sous son contrôle.

« Guerre économique vicieuse »

Cette aide ayant disparu, les zones gouvernementales se retrouvent dans une situation de pénurie structurelle : elles ne produisent que 24 000 barils par jour, sur les 136 000 nécessaires pour couvrir les besoins de la population. Les tentatives de Téhéran pour contourner les restrictions américaines se sont heurtées, selon le régime syrien, au refus du Caire de laisser les tankers chargés de pétrole iranien traverser le canal de Suez. Une accusation démentie par les autorités égyptiennes, mais qui semble plausible, compte tenu des menaces de rétorsion agitées par Washington.

« Nous faisons face à une guerre économique vicieuse », s’est indigné Mustafa Hasweya, le directeur de Mahrukat, la compagnie de distribution de produits pétroliers, sur la chaîne Al-Ikhbariya. « Le projet colonial américain en Syrie a échoué, en raison de la bravoure et des prouesses de l’armée arabe syrienne et de ses alliés (…), écrit le quotidien prorégime Al-Watan. En conséquence, les Etats-Unis ont lancé une guerre contre les moyens de subsistance des Syriens, leurs besoins en essence et leur argent, en imposant un blocus multiforme sur la Syrie, dont le blocus pétrolier n’est qu’un aspect. » Une allusion aux sanctions internationales qui pèsent sur le secteur bancaire syrien ainsi que sur 350 personnalités et entités associées au régime.

  • la bravoure: the bravery
  • des prouesses: 英勇

Pour tenter d’endiguer la crise, le gouvernement a imposé un rationnement, à base de carte électronique, fixé à 20 litres tous les cinq jours par conducteur. Les autorités ont aussi renoncé à une partie de leur monopole sur la distribution de produits pétroliers, en autorisant les entrepreneurs à se fournir par eux-mêmes par voie terrestre. Sans grand succès pour l’instant, et pour cause. Il y a quelques semaines, l’attaché économique américain à Amman a sommé le secteur privé jordanien de ne pas commercer avec la Syrie. Selon un homme d’affaires syrien basé à Beyrouth, une démarche similaire a été menée au Liban.

  • endiguer la crise: 控制危机
  • un rationnement: 配额制度

Du coup, sur les réseaux sociaux, la grogne monte, contre les Etats-Unis, mais aussi contre le gouvernement, accusé d’incurie et de corruption. Selon le journal en ligne libanais Al-Modon, des membres d’une milice prorégime se sont même permis d’insulter Bachar Al-Assad, le président syrien, alors qu’ils faisaient la queue à une station d’essence à Damas. « Il ne faut pas se faire d’illusions, Assad est là pour des années encore, prévient Jihad Yazigi, rédacteur en chef du site économique The Syria Report. Mais alors que la guerre est terminée, le pays va continuer à s’enliser. C’est une réalité à laquelle les gens ne s’attendaient pas et qui nourrit un sentiment de désespoir très fort. »

  • la grogne monte: 埋怨声越来越大
  • incurie: negligence
  • une milice pro régime: 亲政府的民兵组织
  • s’enliser: 停滞不前
20190423-p4-syrie.txt · 最后更改: 2019/05/04 08:40 由 82.251.53.114