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Les époux Fillon renvoyés devant la justice

  • les époux Fillon: 菲涌夫妇

Simon Piel

Les juges d’instruction ont rendu leur ordonnance, trois mois après les réquisitions du Parquet national financier

Deux ans et demi après l’ouverture d’une enquête judiciaire visant les époux Fillon, les juges d’instruction du pôle financier de Paris, Serge Tournaire, Aude Buresi et Stéphanie Tacheau, ont rendu leur ordonnance de renvoi devant le tribunal correctionnel, vendredi 19 avril. Dans ce document de 150 pages, dont Le Monde a pris connaissance, ils demandent le renvoi devant le tribunal de François Fillon, de son épouse, Penelope, ainsi que de l’ancien député suppléant de M. Fillon, Marc Joulaud.

  • suppléant: 副手

L’ex-premier ministre est renvoyé pour détournement de fonds publics, recel de détournement de fonds publics, abus de biens sociaux et manquement aux obligations déclaratives de la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique. Penelope Fillon est, elle, renvoyée devant le tribunal pour complicité et recel de détournement de fonds publics et recel d’abus de biens sociaux. Enfin, Marc Joulaud devra comparaître pour répondre de l’accusation de détournement de fonds publics.

  • détournement de fonds publics:挪用公款
  • recel de détournement de fonds publics:窝藏挪用的公款
  • abus de biens sociaux 滥用公共财产

Plus rien ne s’oppose désormais à un procès qui pourrait se tenir à la fin de l’année 2019. C’est le bilan pénal d’une instruction qui aura contribué à la chute de François Fillon lors de l’élection présidentielle de 2017. Ouverte après les premières révélations du Canard enchaîné sur le caractère fictif de l’emploi d’assistante parlementaire de Penelope Fillon auprès de son mari, l’enquête avait abouti rapidement à la mise en examen de l’ancien premier ministre, alors candidat à la présidentielle, et de sa femme, en mars 2017.

  • le Canard enchaîné : 法国著名讽刺报纸

Depuis, de nombreuses vérifications ont été opérées par les policiers de l’office anticorruption, notamment sur 2F, la société de conseil de l’homme politique. Concernant les différents emplois de Penelope Fillon, les enquêteurs ont estimé le montant du détournement de fonds à plus d’un million d’euros entre 1981 et 2013 (408 400 euros concernant les contrats avec François Fillon et 645 600 euros concernant les contrats avec Marc Joulaud).

Si les avocats du couple ont fourni de nombreux documents attestant, selon eux, de la réalité du travail de Mme Fillon, ils n’ont pas convaincu les magistrats instructeurs. « Destinés à faire masse, pour convaincre de la réalité du travail de collaborateur parlementaire de Penelope Fillon, ces documents ne démontraient rien, ou confirmaient l’abus de langage consistant à qualifier de travail de collaborateur parlementaire la plus anodine de ses activités », écrivent-ils dans leur ordonnance.

Les enquêteurs ont recueilli de nombreux témoignages, notamment ceux de journalistes locaux, de différents préfets de la Sarthe et même d’un ancien agent des renseignements généraux. Tous ont assuré qu’ils ne voyaient pratiquement jamais Mme Fillon lors des réunions publiques dans le département. Hormis quelques proches du couple, les témoins ont peu ou prou décrit la même chose. Penelope Fillon était une femme discrète, vue essentiellement comme une mère au foyer et épouse d’élu. Elle aurait tenu une sorte de permanence à leur domicile privé où tout administré pouvait être reçu ? « Invraisemblable », répondent les juges, précisant que les époux Fillon n’ont pas été capables de retrouver un seul témoin de cette activité. Elle aurait fait remonter à François Fillon des « ambiances » et des informations du terrain ? « Cette présentation des choses n’est pas très sérieuse », ajoutent-ils. Elle s’occupait du courrier reçu par son mari à leur domicile ? Cette tâche « ne participait en rien d’une activité de collaborateur parlementaire salarié, mais bien plutôt du rôle social joué de manière assez traditionnelle par les conjoints d’hommes ou femmes politiques », concluent les juges.

  • Peu ou prou: more or less

Concernant l’emploi exercé auprès de Marc Joulaud, les juges notent : « Rien ne signalait sa participation aux activités qui auraient dû être au cœur de son emploi de collaborateur parlementaire de Marc Joulaud. Elle n’était pas en copie des courriels échangés pour l’organisation des visites de Sarthois à l’Assemblée nationale et semblait totalement étrangère au traitement des demandes d’interventions locales adressées au député. »

Quant aux travaux supposés des deux enfants du couple, Charles et Marie Fillon, en tant que collaborateurs de leur père, les juges assurent qu’aucun d’entre eux « ne présentait un lien évident avec son activité parlementaire ». Selon eux, « l’emploi de Penelope Fillon n’était rien d’autre que la contrepartie à la place de suppléant offerte par François Fillon à son ancien collaborateur et un biais pour François et Penelope Fillon d’augmenter leurs revenus par la perception d’un salaire sans prestation de travail correspondante ».

Services réciproques

Outre le volet des emplois d’assistante parlementaire ayant révélé en creux des pratiques népotiques et une utilisation des fonds publics toute personnelle ayant cours plus largement au sein de la classe politique, celui de la Revue des deux mondes a révélé les liens parfois incestueux que peuvent entretenir des hommes politiques d’envergure nationale avec des grands patrons. L’histoire de la relation entre François Fillon et le PDG de Fimalac, Marc Ladreit de Lacharrière, est à ce titre emblématique en ce qu’elle est ponctuée de services réciproques. Le prêt de 50 000 euros que M. de Lacharrière avait octroyé à M. Fillon afin qu’il puisse restaurer sa propriété de Sablé-sur-Sarthe et l’embauche de Penelope Fillon comme conseillère littéraire à la Revue des deux mondes dont il est propriétaire en font partie. Le PDG de Fimalac avait opté pour une procédure de reconnaissance préalable de culpabilité, fragilisant grandement la défense des Fillon.

  • en creux: 深刻的
  • des pratiques népotiques 任人唯亲的做法

M. de Lacharrière avait été condamné en décembre 2018 à huit mois de prison avec sursis et 375 000 euros d’amende pour abus de biens de sociaux après avoir reconnu que, « de mai à décembre 2012, il n’y a pas eu de contreparties suffisantes à son salaire (…) et elle ne m’a remis aucune note ou rapport. De janvier à décembre 2013, elle n’a fourni aucun travail ». Les juges enfoncent le clou : « Il apparaît que l’emploi de conseiller littéraire (…) était de pure complaisance, sans contrepartie réelle. (…) Il s’agissait manifestement pour Marc de Lacharrière de satisfaire une demande de François Fillon, son ami et surtout un homme politique influent, à un moment où les ressources du couple allaient diminuer. » Contrairement aux réquisitions du Parquet national financier, les juges d’instruction ont accordé un non-lieu sur l’infraction d’escroquerie pour des raisons de prescription. Les époux Fillon avaient en effet fourni un justificatif à l’Assemblée minorant les heures travaillées à la Revue des deux mondes pour Mme Fillon puisse cumuler sa mission de « conseiller littéraire » avec celle d’assistante.

  • un non-lieu 不起诉

En outre, si deux des enfants du couple ayant été eux aussi embauchés comme assistant parlementaire, qui avaient été placés sous le statut de témoin assisté, ne sont pas renvoyés devant le tribunal, les juges d’instruction ont considéré – contrairement au Parquet national financier – que les époux Fillon avaient bénéficié financièrement de ces emplois qualifiés de fictifs ou surévalués, et devraient ainsi répondre de ces faits-là.

Enfin, après plusieurs mois d’investigations sur la société de conseil 2F, et « quoi qu’on puisse penser du mélange des genres auquel s’était livré François Fillon entre 2012 et 2017, tout à la fois lobbyiste, intermédiaire, député, chef de parti et candidat à l’élection présidentielle », les magistrats ont considéré que les infractions de trafic d’influence actif ou passif n’étaient pas constituées. « Les éléments recueillis, quoique assez éclairants sur la personnalité de François Fillon et son rapport à l’argent et à la chose publique, apparaissaient trop ténus pour justifier des poursuites », concluent-ils.

  • constitué: (罪名的)成立
  • quoique: although
20190424-p10-fillon.txt · 最后更改: 2019/04/24 02:38 由 221.226.128.202