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Dans l’impasse avec Trump, la Corée du Nord se rapproche de la Russie

Philippe Pons Et Nicolas Ruisseau

Kim Jong-un s’est rendu à Vladivostok pour rencontrer Vladimir Poutine

TOKYO, MOSCOU - correspondants

La première rencontre entre le président Vladimir Poutine et le dirigeant Kim Jong-un, qui aura lieu à Vladivostok, jeudi 25 avril, a une signification particulière alors que les négociations entre les Etats-Unis et la République populaire démocratique de Corée (RPDC) sont dans l’impasse à la suite de l’échec du sommet d’Hanoï, au Vietnam, en février, entre Kim Jong-un et Donald Trump.

Quels que soient ses résultats, cette rencontre pourrait donner à Kim Jong-un une nouvelle marge de manœuvre : « Il envoie le signal à Washington qu’il a d’autres interlocuteurs puissants et peut compter sur la Russie », selon Artiom Loukine, professeur de relations internationales à l’université d’Extrême-Orient de Vladivostok. La Russie, de son côté, « entend montrer qu’elle a les moyens économiques et politiques pour peser sur les équilibres régionaux » analyse, pour sa part, Andreï Lankov, spécialiste de la RPDC à l’université Kookmin à Séoul.

Le sommet fait suite à plusieurs invitations du président Poutine, adressées au dirigeant nord-coréen. Sa tenue fut différée par les pourparlers entre Pyongyang et Washington. Le dernier sommet entre la RPDC et la Russie remonte à 2011, lorsque Kim Jong-il, père du dirigeant actuel, a rencontré le président Dmitri Medvedev. En revanche, depuis 2018, Kim Jong-un a rencontré quatre fois le président chinois, Xi Jinping.

Les entretiens porteront sur une priorité pour la RPDC : la coopération économique. Membre du Conseil de sécurité de l’ONU, la Russie a voté, en 2017, comme la Chine, les sanctions qui frappent la Corée du Nord. Depuis la suspension des essais nucléaires et balistiques nord-coréens, en 2018, Moscou demande que ces sanctions soient atténuées.

Travailleurs corvéables à merci

Comme dans le cas de la Chine, leur application par la Russie est sujette à caution : le pétrole russe, transbordé d’un tanker à un autre en pleine mer, transite aussi apparemment par voie ferrée à travers la Chine du Nord-Est jusqu’aux provinces septentrionales nord-coréennes. Un autre dossier épineux : celui des travailleurs nord-coréens en Sibérie, également frappés par les sanctions onusiennes. Les Etats membres ont jusqu’à décembre pour s’y conformer. En Russie, ces Nord-Coréens sont au nombre de 10 000, travaillant dans des conditions « contraires aux normes internationales », selon Human Rights Watch, dans les mines, les forêts et la construction. Corvéables à merci, ils représentent une source importante de devises pour Pyongyang, qui a expressément demandé à Moscou de continuer à les accueillir.

Les échanges entre les deux pays sont faibles, comparés avec la Chine : les exportations nord-coréennes vers la Russie se chiffrent à moins de 2 millions de dollars (1,8 million d’euros) et les importations russes à 32 millions. Ce à quoi il faut ajouter les trafics divers qui passent par la courte frontière entre les deux pays (une vingtaine de kilomètres) ou transitent en mer pour arriver au grand port de Chongjin. Les grands projets de coopération passant par la Corée du Nord – un oléoduc reliant la Sibérie à la Corée du Sud, ou le rétablissement d’une voie ferrée le long de la côte orientale de la péninsule, afin de la connecter au Transsibérien – doivent attendre des jours meilleurs.

Autrefois « pays frères », la RPDC et la Russie soviétique ont eu des relations parfois orageuses, sous une cordialité de façade. Les troupes soviétiques ont libéré la partie nord de la péninsule coréenne en 1945, et mis au pouvoir un jeune Kim Il-sung, qui s’est révélé moins malléable que ne le pensait Moscou. Jusqu’à l’effondrement de l’URSS, Pyongyang sut habilement se tailler une marge d’indépendance en jouant de la rivalité sino-soviétique. La chute du régime soviétique l’a non seulement privé de cette carte, mais s’est surtout traduite par une aide réduite et une flambée des prix des exportations russes fixées en fonction du marché et non plus des tarifs privilégiés : pris à la gorge, le pays déjà mal en point, victime de catastrophes naturelles, allait sombrer dans la famine lors de la seconde partie des années 1990. « Un passé qui a nourri une méfiance réciproque tenace des deux côtés », estime Andreï Lankov.

Il fallut attendre l’arrivée au pouvoir de Vladimir Poutine pour que les relations se réchauffent. Entre-temps, Pékin avait profité du refroidissement et du désengagement russes pour accroître son poids sur Pyongyang et apparaître comme son principal allié.

Aujourd’hui, Kim Jong-un pourrait chercher à rééquilibrer les liens avec Pékin en se rapprochant de Moscou, et Vladimir Poutine à revenir en force dans le jeu géopolitique de l’Asie du Nord-Est. « L’impasse des négociations entre les Etats-Unis et la RPDC constitue une chance pour Poutine de passer du rôle d’observateur à celui d’acteur dans la crise coréenne et montrer que l’on peut aborder le dossier nord-coréen en dehors de la feuille de route américaine », explique Andreï Kortounov, directeur du groupe de réflexion Russian International Affairs Council, à Moscou. Plutôt qu’à se livrer au jeu de bascule entre Moscou et Pékin comme ses aïeux, Pyongyang veut surtout montrer à Washington qu’il ne dépend pas du seul allié chinois.

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