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En Libye, le front d’une troisième guerre civile

Des combattantsanti-Haftar à quelques kilomètres du front, entre les villes d’Aziziya et Gharian, en Libye, le 24 avril. SAMUEL GRATACAP POUR « LE MONDE » Frédéric Bobin

Les forces loyales au gouvernement ont repris du terrain au sud de Tripoli face à celles du maréchal Haftar

REPORTAGE AZIZIYA (LIBYE) - envoyé spécial

Les hommes ont plongé sous le 4 × 4 quand la lourde détonation a retenti. A une cinquantaine de mètres à l’écart de la route, une corolle de poussière et de fumée s’est élevée du champ d’oliviers d’Aziziya, panache ocre flottant dans l’air tiède d’une Libye de nouveau en guerre. La roquette Grad n’a pulvérisé que de la terre meuble.

  • l’air tiède: 温热的空气。

Ce mardi 23 avril, la ligne de front sud-ouest de la bataille de Tripoli, à cinquante kilomètres de la capitale, est âprement disputée. Près de trois semaines après le déclenchement des hostilités, les combats font rage en périphérie de la ville, alourdissant le bilan du conflit à 264 personnes tuées, dont des civils, 1 266 blessés et au moins 35 000 déplacés.

  • âprement: fiercely

Quelques minutes avant le tir du Grad dans les oliviers, le convoi de pick-up chargés de combattants loyaux au « gouvernement d’accord national » (GAN) de Faïez Sarraj a dû s’arracher hâtivement d’une position située plus au sud, à Al-Hira, à l’orée de la zone contrôlée par l’Armée nationale libyenne (ANL) du maréchal Khalifa Haftar.

  • hâtivement: en hâte.

Les rafales ont crépité, déchiquetant les branches d’arbres et allumant des brasiers dans l’herbe sèche. Le convoi a déguerpi à travers champs, cahotant dans les chemins creux pour se replier au bord de la route goudronnée. Là, dans un immeuble abandonné criblé de balles, des soldats et des miliciens venus de Zinten ou de Zaouïa, cités de la Tripolitaine (Ouest libyen), s’offrent un répit autour d’une barquette de couscous.

  • crépiter: crack
  • déchiqueter: tear
  • déguerpir: s’enfuir
  • cahoter: 颠簸
  • se replier: withdraw

Puis ils s’activent à armer les batteries de mortier et les mitrailleuses juchées sur les pick-up. Dans un véhicule, un tapis de prière soyeux couvre des caisses de munitions. A intervalles réguliers, le ciel gronde du vacarme d’avions de l’ANL larguant des missiles sur cette vaste plaine d’Aziziya, où s’ouvrent les portes du djebel (monts) Néfoussa et du désert. A la sortie sud d’Aziziya, l’explosion libère un immense champignon terreux que le vent jaune du Sahara effiloche vite. L’horizon se brouille de sable et de cendres derrière les ambulances et les renforts qui foncent au front d’Al-Hira.

  • effilocher: shred
  • se brouiller de… become cloudy with…

Verrou stratégique

« On est là pour combattre un dictateur », clame Ahmed S., un étudiant zinteni, tee-shirt blanc et joues imberbes, qui en est à sa deuxième guerre en cinq ans. Il était trop jeune lors de l’insurrection anti-Kadhafi de 2011, mais assez mûr pour le conflit de l’été 2014. Il avait alors combattu aux côtés de M. Haftar contre un bloc politico-militaire (Aube de la Libye) adossé aux puissantes milices de Misrata.

  • imberbes: beardless

Cette fois-ci, il retourne ses armes contre le même Haftar. « Notre ville de Zinten est divisée, reconnaît-il. Il y a une partie pro-Haftar et l’autre anti-Haftar. » Ne craint-il pas de devoir tirer sur des amis ou des cousins de Zinten, sur ce front d’Aziziya ? Il secoue la tête : « Non, les Zintenis pro-Haftar ne combattent pas ici. Ils sont dans la zone de l’aéroport international [de Tripoli]. » Il en est soulagé, tout sourire.

A ses côtés, Mohamed F., un déplacé de Benghazi, la place forte du maréchal Haftar en Cyrénaïque (est du pays), voue au maréchal une rancune tenace. « Ses forces ont détruit ma maison de Benghazi, car je suis resté fidèle aux valeurs de la révolution de 2011 », peste-t-il.

Si Mohamed F. est vêtu d’un treillis, lui donnant l’apparence d’un soldat, nombre de jeunes miliciens qui l’entourent sont fagotés de simples tee-shirts et jeans. Nul n’est équipé de casque ou de gilet pare-balles. Certains portent même des tongs rudimentaires. Il y a les sérieux, mine appliquée, et les fanfarons, prenant la pose en faisant cliqueter leur artillerie comme au cinéma.

Murs de sable

Voilà maintenant cinq jours que cette zone d’Aziziya a été reprise par les forces du GAN aux troupes de Khalifa Haftar. Au lendemain de sa conquête surprise, le 4 avril, de Gharian, verrou stratégique situé à environ 80 kilomètres au sud de Tripoli, le maréchal avait enlevé sans grande résistance Aziziya pour porter ensuite les combats autour de l’aéroport international – non fonctionnel – et de Swany, banlieue sud-ouest de Tripoli, tandis qu’un nouveau front s’ouvrait au sud-est dans le quartier d’Aïn Zara.

La contre-offensive progressive des forces loyales au GAN du premier ministre Faïez Sarraj a été victorieuse à Aziziya. Dans cette région du sud-ouest, l’ANL a dû reculer jusqu’à une trentaine de kilomètres au nord de Gharian, désormais place forte des troupes du maréchal d’où arrivent renforts et approvisionnements en provenance de Djoufra et de Sebha, dans le désert du Sud libyen. C’est sur cette nouvelle ligne de front d’Al-Hira que les rafales allument des foyers dans les ornières d’herbes sèches.

La route qui file de Tripoli vers Aziziya au sud porte la trace de la violence des combats de ces derniers jours. La zone est toujours fantomatique, vidée de sa population, livrée aux seules patrouilles de combattants du GAN.

  • fantomatique: ghostly

Des murs de sable rouge ont été érigés au milieu de la chaussée, éventrés pour laisser passer les convois, mais prêts à être colmatés en cas de nécessité. En bord de route, des poteaux électriques sont calcinés ou cisaillés par la mitraille. Les immeubles en enfilade, habitations ou échoppes, sont grêlés d’impacts. A la sortie sud d’Aziziya, même la mosquée offre une façade meurtrie, une méchante plaie sous le minaret, tandis qu’à une centaine de mètres un char carbonisé s’affaisse de tout son acier déglingué.

Si les troupes de l’ANL semblent marquer le pas après leur percée initiale, à Aziziya comme à Aïn Zara, le sort de la bataille de Tripoli demeure incertain.

Les officiers du camp Haftar n’ont pas dit leur dernier mot, travaillant notamment à des alliances tribales du côté de Beni Oualid, au sud-est de Tripoli, un fief des kadhafistes. Et dans le camp du GAN, on affirme que la contre-offensive n’en est qu’à ses prémices. « Nous avons été pris par surprise par l’attaque du 4 avril, explique Fathi Bachagha, ministre de l’intérieur, entrepreneur de Misrata, représentant de marques de pneus en Libye. Il nous a fallu plusieurs jours pour réagir, rassembler nos hommes. »

C’est maintenant chose faite. M. Bachagha affirme que le GAN s’apprête à « lancer une grosse contre-attaque ces prochains jours, de partout », laissant entendre que des opérations pourraient être conduites en dehors de la Tripolitaine.

En juillet 2017, lors d’une première rencontre avec Le Monde, bien avant sa nomination à la tête du ministère de l’intérieur, M. Bachagha se montrait confiant dans l’avenir du processus politique de la Libye. « Les paroles de paix valent toujours mieux que les paroles de guerre », disait-il alors. Les temps ont bien changé.

20190426-p2-libye.txt · 最后更改: 2019/04/27 16:06 由 82.251.53.114