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LES ANNONCES D’EMMANUEL MACRON

Macron met en scène son acte II

A l’Elysée, le 25 avril. JEAN-CLAUDE COUTAUSSE/ FRENCH-POLITICS POUR « LE MONDE » Virginie Malingre

Lors d’une conférence de presse, le président de la République a annoncé une série de mesures pour apaiser les tensions sociales. Un vaste chantier dont certains contours restent imprécis

Changer la forme pour sauver le fond. Faire son « aggiornamento » pour maintenir « le cap ». Emmanuel Macron l’a répété à plusieurs reprises jeudi 25 avril, à l’occasion de sa première conférence de presse depuis son élection, destinée à lancer « l’acte II du quinquennat » après la crise des « gilets jaunes ». « Les transformations en cours ne doivent pas être arrêtées », elles doivent être « poursuivies et intensifiées », mais dans un exercice du pouvoir totalement renouvelé, a-t-il ainsi affirmé.

« Nous ne reprendrons pas le cours normal de nos vies », avait déjà lancé le chef de l’Etat le 10 décembre, quand il avait annoncé un plan de soutien au pouvoir d’achat de 10 milliards d’euros et le lancement du grand débat. Pour répondre à la colère des ronds-points qui l’a profondément déstabilisé, le chef de l’Etat a finalement décidé d’afficher la continuité. Tout en promettant un mandat « plus humain », « un changement de méthode très profond », il a assuré qu’il n’y aurait « aucun recul » dans son « ambition » de réformer le pays.

Re-présidentialisation

Il est évidemment trop tôt pour savoir à quoi s’en tenir sur ses déclarations d’intention. Mais il n’en reste pas moins que jeudi, devant les quelque 300 journalistes présents dans la salle des fêtes de l’Elysée, Emmanuel Macron a mis en scène sa mue personnelle. Ne serait-ce qu’en arrivant à l’heure, lui qui a l’habitude d’être en retard, y compris avec des chefs d’Etat. Le président a également eu à cœur de ne pas être trop long, ce qui est tout aussi inhabituel chez lui. Si son propos liminaire a duré une heure, deux fois plus que ne le lui conseillaient ses proches, son échange avec la presse n’a pas dépassé les deux heures, comme l’y avait enjoint son entourage.

Assis derrière un bureau blanc, rehaussé d’un bandeau tricolore, Emmanuel Macron a voulu renouer avec la geste et les attitudes de Charles de Gaulle ou de François Mitterrand. François Hollande ou Nicolas Sarkozy préféraient, eux, se tenir debout lors de leurs conférences de presse. Il a aussi voulu donner de lui une image plus posée que celle du président débatteur discutant, en bras de chemise, des heures durant, avec des centaines d’élus partout sur le territoire.

Après son tour de France des maires, l’heure est donc à la re-présidentialisation. Jeudi, Emmanuel Macron ne s’est pas laissé aller à l’une de ses petites phrases abrasives qui ont ponctué ses deux premières années à l’Elysée. Il n’a pas non plus cédé à la tentation de multiplier les détails et de se « substituer » au premier ministre et à son gouvernement, chargé de mettre en musique son projet.

Pour autant, s’il a repris de la hauteur, Emmanuel Macron a aussi promis qu’il serait « plus humain ». « Le sentiment que j’ai donné, c’était une forme d’injonction permanente, d’être dur, parfois injuste. Ça, je le regrette », a-t-il assuré. Dans le même registre, le président a également dit vouloir renouer avec les corps intermédiaires, qui se sont sentis négligés sur le début de son quinquennat.

Poursuivant son opération réconciliation, il a ainsi annoncé une concertation avec les syndicats et les associations, sous l’égide du premier ministre, sur les thématiques du travail, de l’emploi et de la transition écologique. Aux maires, il a promis un statut ; aux élus locaux, un nouvel acte de décentralisation. Aux citoyens, désireux d’être mieux représentés et de plus participer à la vie démocratique, il a notamment annoncé l’introduction de la proportionnelle au Parlement, la simplification du référendum d’initiative partagée (RIP) et des tirages au sort pour les impliquer dans certaines décisions. « Nous nous reverrons bientôt », a-t-il même assuré aux journalistes, qu’il tient volontairement à distance depuis son élection.

« Plein emploi » pour 2025

Sur le fond, Emmanuel Macron a revendiqué les bienfaits de la politique qu’il mène depuis bientôt deux ans. « J’assume », a-t-il répété, se réjouissant que le chômage ait commencé à reculer et que la croissance française soit plus dynamique que celle de ses voisins. Pour preuve, il n’a pas donné aux « gilets jaunes » le rétablissement de l’impôt de solidarité sur la fortune (ISF) qu’ils réclamaient. Il n’a pas non plus évoqué la baisse de la limitation de vitesse à 80 kilomètres/heure voulue par Edouard Philippe et très impopulaire sur les ronds-points. Les totems sont restés en place.

Mais, en réalité, ce président bousculé par la crise a été obligé de réorienter une partie de ses promesses de campagne. Ainsi sur la suppression de 120 000 postes de fonctionnaires sur son quinquennat. « Je suis prêt à lever cet objectif, s’il n’est pas tenable », a-t-il assuré. Car, et c’est l’une des conséquences visibles de la tempête traversée ces derniers mois par l’exécutif, Emmanuel Macron veut désormais remettre du service public en France, même s’il ne dit pas comment sera financé cet effort. Le président a annoncé l’installation d’une Maison France service par canton, qui permettra à chaque citoyen d’avoir accès aux principaux services publics « en moins d’une demi-heure ». Il a également promis qu’il n’y aurait plus de fermeture d’école ou d’hôpital sans que les maires concernés ne les aient préalablement autorisées.

Dans cette même logique d’un Etat plus proche et plus protecteur, le président a pris plusieurs engagements concernant l’éducation, au cœur, a-t-il répété, de sa lutte contre les « inégalités de naissance ». Il s’est engagé à étendre à la grande section le dédoublement des classes en zone prioritaire qui était déjà acquis au CP et en CE1. Et à ce que dans toutes les écoles de France, de la grande section au CE1, il n’y ait pas plus de 24 élèves par classe. Enfin, il veut « revaloriser le métier d’enseignant », sans en dire plus là non plus.

Autre concession faite à « la colère » des Français : la prise en compte des revendications des retraités. Après avoir d’ores et déjà annoncé le 10 décembre que ceux qui touchent moins de 2 000 euros seraient exonérés de la hausse de la CSG (contre 1 200 euros initialement prévus), Emmanuel Macron a annoncé jeudi que les pensions seraient réindexées sur l’inflation, dès 2020 pour celles qui sont inférieures à 2 000 euros et en 2021 pour les autres. Enfin, le président a promis qu’à l’avenir, un retraité qui aurait travaillé à temps complet toute sa vie ne pourrait pas toucher moins de 1 000 euros par mois.

En ce qui concerne les actifs, Emmanuel Macron a également consenti un geste fort, en annonçant une baisse de l’impôt sur le revenu de quelque 5 milliards d’euros. Pour la financer, a-t-il prévenu, des niches fiscales qui bénéficient aux entreprises seront supprimées. Et la durée de cotisation des retraites pourra être allongée. Le chef de l’Etat, qui s’était engagé à ne pas repousser l’âge légal de départ à la retraite, a donc exclu ce scénario pour lequel plaidaient plusieurs de ses ministres issus de la droite. Mais il a néanmoins décidé d’inciter les Français à « travailler davantage », d’autant que l’exécutif devra également, dans les années qui viennent, trouver un moyen de financer la dépendance.

Par rapport aux autres pays de l’OCDE, a développé le chef de l’Etat, « les Français travaillent moins », que ce soit en nombre d’années ou en nombre d’heures par an. Et cela explique, a-t-il assuré, « le différentiel de création de croissance » que l’on constate entre l’Hexagone et le reste des pays développés. En réaffirmant un de ses fondamentaux, la politique de l’offre, Emmanuel Macron espère ramener le taux de chômage, aujourd’hui de 8,5 % en France métropolitaine, à 7 % d’ici à 2022, selon son engagement réitéré jeudi soir.

Jusqu’ici, le chef de l’Etat s’était toujours montré prudent sur le sujet des statistiques de l’emploi, fort de l’exemple de son prédécesseur qui avait lié son destin à l’inversion de la courbe du chômage. Jeudi, il a franchi une étape en promettant « le plein-emploi » pour 2025, enjambant de fait la fin de son quinquennat, même s’il a assuré ne pas penser à la prochaine présidentielle : « Je me fiche de la prochaine élection. Je veux réussir mon mandat furieusement, passionnément. »

Dans ce catalogue d’annonces, duquel il est difficile de dégager une philosophie d’ensemble et pour lequel la question du financement reste entière, Emmanuel Macron a aussi tenu à donner des gages à la droite de son électorat, dont il sait qu’il aura besoin pour les élections européennes à venir. Alors que deux sondages, publiés ces derniers jours, mettent le Rassemblement national de Marine Le Pen devant La République en marche, l’enjeu est crucial pour le président.

« Patriotisme inclusif »

A plusieurs reprises, dans son discours puis au cours de son échange avec la presse, le président a évoqué la nécessité de « reconstruire l’art d’être Français », cet art, a-t-il expliqué qui consiste à « être à la fois enraciné et universel », « cet attachement particulier à la langue, la culture et quelques permanences ». Au premier rang desquels, a-t-il jugé, la famille : il faut « redéfinir la force d’une politique familiale et retrouver la dynamique de la natalité » qui s’essouffle depuis quelque temps, a-t-il ainsi lancé, sans plus s’appesantir.

  • s’appesantir: dwell on

« La laïcité » est « une autre de ces permanences », a poursuivi Emmanuel Macron, qui a dénoncé le « communautarisme qui s’est sérieusement installé dans certains quartiers » ou encore « cet islam politique qui veut faire sécession avec notre République ». Et demandé au gouvernement d’« être intraitable ».

« Enfin une nation, elle se tient aussi par ses limites et ses frontières », a avancé le chef de l’Etat, sur une autre thématique chère à la droite. Au-delà de l’espace Schengen, qu’il appelle à refonder, le chef de l’Etat souhaite qu’un débat ait lieu chaque année au Parlement sur la politique migratoire. Il doit permettre, a-t-il expliqué, de « rebâtir un patriotisme inclusif », car « nous sommes aujourd’hui confrontés à des détournements, très profonds du regroupement familial comme des migrations liées à l’asile ».

L’ensemble de ces annonces, hétéroclites et encore floues pour plusieurs d’entre elles, sauront-elles convaincre les Français ? Il est trop tôt pour le dire. Mais Emmanuel Macron veut croire qu’il a changé et que la reformulation de son projet, « réhumanisé et réenraciné », mettra fin à « l’esprit de division » qui a soufflé sur la France depuis cet automne. Le gouvernement, qui se réunira en séminaire lundi sous la houlette d’Edouard Philippe, devra trouver les moyens de lui donner corps. L’acte II du quinquennat ne fait que commencer.

  • hétéroclite: eclectic, 有多种来源的
  • souffler sur: blow over
  • sous la houlette de: 在某某麾下, under the leadership of
  • donner corps: 实现
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