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En recevant Kim Jong-un, la Russie a repris un rôle-clé dans le dossier nord-coréen

Philippe Pons Et Nicolas Ruisseau

Pour Moscou, un accord international doit répondre aux exigences de sécurité de Pyongyang

TOKYO, MOSCOU - correspondants

Bien qu’elle n’ait pas donné lieu à des engagements concrets, la rencontre entre le président russe, Vladimir Poutine, et le dirigeant nord-coréen, Kim Jong-un, à Vladivostok, jeudi 25 avril, n’a pas été que symbolique : elle a confirmé le soutien de la Russie à la République populaire démocratique de Corée (RPDC) et la volonté du chef du Kremlin de peser d’un plus grand poids dans tout règlement de la question coréenne.

Alors que les négociations entre les Etats-Unis et la RPDC sont dans l’impasse, à la suite de l’échec du sommet de février à Hanoï entre Donald Trump et Kim Jong-un, la réaffirmation des grandes lignes de la position russe par le président Poutine lui-même a pris le tour d’une critique à peine voilée de l’approche américaine.

« Il n’y a pas d’autre voie que le dialogue », a déclaré le chef du Kremlin au cours d’une conférence de presse. Partisan d’une approche graduelle et donnant-donnant, « respectant les intérêts des deux côtés », M. Poutine a souligné la nécessité de « prendre en compte les demandes de sécurité de la Corée du Nord », et il a suggéré que celles-ci devraient être garanties par un accord international : « Je ne sais si nous devons reprendre des négociations multilatérales, mais s’il faut donner des garanties à la RPDC, elles devront sûrement être internationales. »

  • une approche graduelle et donnant-donnant: 渐变和各自让一步的方式

En remettant sur le tapis l’idée d’un accord multilatéral pour régler la crise nucléaire dans la péninsule, qui fut le but des « pourparlers à six » (Chine, deux Corées, Etats-Unis, Japon et Russie) suspendus en 2009, M. Poutine jette une pierre dans le jardin de Donald Trump. Le président américain a toujours critiqué ces pourparlers, exemplaires, à ses yeux, de la faillite de l’approche des précédentes administrations, car les accords décidés au fil de ces négociations ont toujours déraillé dans leur mise en œuvre. Par cette suggestion d’un éventuel retour au multilatéralisme, M. Poutine signale surtout la volonté de Moscou de jouer un plus grand rôle dans le règlement de la crise.

  • les pourparlers à six: 六方会谈
  • jeter une pierre dans le jardin de Donald Trump

De cette première rencontre avec Kim Jong-un, Vladimir Poutine retire l’impression que le jeune dirigeant est un « interlocuteur ouvert, prêt à parler de tout », qui entend faire comprendre qu’« il faut renoncer à la loi du plus fort ». Chine et Russie n’ont jamais soutenu les exigences américaines d’une dénucléarisation immédiate, vérifiable et irréversible comme condition préalable à la levée des sanctions. Les deux pays se sont toujours prononcés au contraire en faveur d’une approche graduelle.

Amortir les sanctions

Pour le dirigeant nord-coréen, cette rencontre scelle un réchauffement des relations avec la Russie, qui renforce son image d’acteur sur la scène mondiale. Au cours de l’année écoulée, il a rencontré les présidents de Corée du Sud, de Chine et des Etats-Unis. En montrant qu’il a un autre interlocuteur puissant en la personne de Vladimir Poutine, il met fin à une situation qui pouvait être perçue comme une dépendance exclusive de la Chine.

Kim Jong-un a manifesté son irritation face à l’attitude américaine, qualifiée d’« unilatérale et de mauvaise foi » à la suite de l’échec du sommet de Hanoï. Son pays a annoncé, le 18 avril, qu’il avait procédé au tir d’un missile tactique. Il n’a cependant pas franchi la « ligne rouge » d’un lancement de missile balistique, qui aurait marqué la rupture de son engagement de suspendre ces essais. Mais il avait besoin d’étayer sa position. « Pour lui, il était essentiel d’avoir le soutien de Vladimir Poutine à la fois vis-à-vis de sa population et de l’extérieur », estime un fin connaisseur russe des affaires coréennes.

L’absence de résultats concrets de ces entretiens était attendue : la Russie, membre du Conseil de sécurité de l’ONU, a voté les sanctions contre la RPDC et ne pouvait ouvertement paraître assouplir sa position. Comme la Chine, elle contribue cependant à amortir en sous-main l’effet des sanctions internationales et des pressions américaines sur la RPDC. Moscou pourrait surtout avoir une liberté d’action vis-à-vis des Etats-Unis plus grande que Pékin, enlisé dans des dossiers commerciaux.

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