用户工具

站点工具


20190427-p6-xi

Xi Jinping promet des « routes de la soie » plus transparentes

Frédéric Lemaître

Lors du deuxième forum consacré à son initiative, le président chinois a semblé entendre les critiques contre les projets de Pékin

PÉKIN - correspondant

Les discours les plus brefs ne sont pas forcément les moins importants. Vendredi 26 avril, le président chinois, Xi Jinping, n’a eu besoin que de quinze minutes pour lancer ce qui n’est rien moins que l’acte II des « nouvelles routes de la soie », ce méga-projet mondial d’investissements chinois destiné à « construire une communauté de destins pour l’humanité ».

Un discours aux antipodes de celui prononcé au même endroit deux ans plus tôt, lorsqu’il s’agissait de lancer le premier « Forum de la ceinture et de la route ». En mai 2017, Xi Jinping n’avait pas hésité à convoquer les cinq mille ans d’histoire chinoise avant de passer fièrement en revue les premières réalisations estampillées « routes de la soie », en Asie et en Afrique, cette « initiative » que le numéro un chinois avait dévoilée en 2013, afin d’incarner les nouvelles ambitions mondiales de son pays.

Rien de tel cette année. Malgré un bilan apparemment flatteur – 123 pays et 29 organisations internationales auraient déjà signé avec la Chine un accord de coopération dans le cadre de la BRI (Belt and Road Intiative) –, Pékin est sur la défensive. Si environ 5 000 invités participent à ce deuxième forum qui se tient à Pékin du 25 au 27 avril, moins d’une quarantaine de dirigeants ont fait le déplacement. Hormis le président russe, Vladimir Poutine, et Giuseppe Conte, le premier ministre italien, aucun chef d’Etat et de gouvernement du G8 n’est présent.

L’Europe, elle, affiche ses divisions. Outre M. Conte, le Hongrois Viktor Orban, le Grec Alexis Tsipras et l’Autrichien Sebastian Kurz sont présents, mais l’Allemagne n’a envoyé que son ministre de l’économie, Peter Altmaier, et la France Jean-Yves Le Drian, ministre des affaires étrangères. Or, seuls les pays représentés par leurs dirigeants sont invités à signer le document final qui sera publié, samedi, à l’issue des travaux.

Vendredi, le numéro un chinois s’est donc montré très sobre. Il n’a cité aucun pays ni aucun investissement particulier. Il n’a pas eu non évoqué l’histoire de la Chine. Alors que les Occidentaux accusent Pékin d’endetter à outrance les pays qui se lancent dans de vastes projets d’infrastructures aux financements souvent opaques, Xi Jinping a plaidé pour des projets « transparents » et « viables ». Ce discours ne pouvait que plaire à Christine Lagarde, directrice générale du Fonds monétaire international, au premier rang des invités.

« Des règles et des standards »

Sans attendre cette mise au point, plusieurs pays ont récemment déjà contraint la Chine à renégocier des projets surdimensionnés ou trop onéreux. C’est notamment le cas de l’Indonésie, de la Thaïlande, du Népal, du Pakistan et de la Malaisie, selon le décompte effectué par Nadège Rolland pour NBR (National Bureau of Asian Reseach), un think tank américain. Alors que la dirigeante birmane, Aung San Suu Kyi, était assise au premier rang de son auditoire et que Xi Jinping a récemment reçu à Pékin les principaux responsables de l’armée birmane, ce pays se ferait même assister par des conseillers américains pour renégocier des accords conclus avec Pékin.

Xi Jinping a également insisté sur la tolérance zéro vis-à-vis de la corruption qu’entraînent certains de ces investissements publics. Un thème qu’il aborde rarement dans ses discours de politique étrangère. « Nous adopterons des règles et des standards largement acceptés et encouragerons les entreprises participantes à suivre les règles internationales », a-t-il précisé.

La reconnaissance implicite de certaines critiques émises par l’Occident ne doit toutefois pas laisser penser que la Chine va se montrer moins ambitieuse sur la scène internationale. « Les “routes de la soie” ne sont pas une simple initiative. C’est un projet bien plus complexe que le plan Marshall. Son seul équivalent, d’après moi, c’est la notion d’Occident. La Chine veut offrir une alternative à l’Occident. Quel que soit le résultat final, la Chine a déjà atteint son principal objectif : depuis cinq ans, elle domine le narratif mondial », expliquait récemment à Pékin Bruno Maçaes, universitaire et homme politique portugais, auteur de Belt and Road, a Chinese World Order.

Tout se passe donc comme si Xi Jinping avait entendu les critiques et entendait passer à l’étape suivante des « nouvelles routes de la soie », en associant mieux la communauté internationale – sans toutefois perdre le contrôle de l’ensemble – et en misant davantage sur des routes plus « vertes » et plus « numériques ». Aux investissements lourds et coûteux doivent peu à peu succéder les coopérations internationales dans tous les domaines : scientifique, parlementaire, jeunes, femmes… Tout le monde sera concerné, y compris les journalistes puisque Xi Jinping a évoqué une énigmatique « alliance de l’information ».

Absent de marque

Sans doute conscient que les grandes déclarations sur le « rêve chinois » et la « coopération gagnant-gagnant » étaient contre-productives auprès de l’opinion publique internationale, M. Xi a consacré la seconde partie de son discours – quinze minutes également – à la politique économique chinoise, s’adressant manifestement à un absent de marque : les Etats-Unis. Affirmant que la Chine « ne cherche pas à réaliser un excédent commercial », le président chinois a réaffirmé que Pékin n’entendait pas dévaluer sa monnaie.

Alors que les négociations avec les Etats-Unis pour mettre fin à la guerre commerciale semblent s’achever, Xi Jinping a insisté sur les réformes annoncées ces derniers mois par la Chine, notamment pour renforcer la propriété intellectuelle et mettre fin aux transferts forcés de technologie. Sachant que les Occidentaux, notamment les Etats-Unis, jugent que nombre d’accords internationaux signés par les Chinois ne sont pas suivis d’effets, M. Xi a évoqué la « grande importance que la Chine attache à un mécanisme contraignant d’application des accords internationaux ». Un principe auquel elle vient pourtant de surseoir en acceptant de renégocier plusieurs accords conclus dans le cadre des « nouvelles routes de la soie ».

20190427-p6-xi.txt · 最后更改: 2019/04/26 11:16 由 82.251.53.114