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LES LÉGISLATIVES ESPAGNOLES

En Espagne, Pedro Sanchez réussit son pari

Pedro Sanchez devant le siège du Parti socialiste ouvrier espagnol, à Madrid, au soir des élections législatives, le 28 avril. JAVIER SORIANO/AFP Sandrine Morel

Le chef du gouvernement socialiste sortant remporte les législatives, sans disposer toutefois d’une majorité absolue au Parlement

MADRID - correspondance

Nous avons gagné les élections et nous allons gouverner l’Espagne. » Euphorique, le chef du gouvernement socialiste Pedro Sanchez a célébré sa victoire aux élections législatives, devant une foule dense venue l’acclamer dimanche 28 avril à Madrid. Avec 28,7 % des suffrages et 123 des 350 députés du Parlement, le Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE) est arrivé largement en tête. Après dix mois à la tête du gouvernement, où il a été propulsé en juin 2018 à la faveur d’une motion de défiance contre le conservateur Mariano Rajoy, M. Sanchez améliore considérablement son résultat par rapport à 2016 (22,6 %) et gagne 38 députés, sans atteindre la majorité absolue fixée à 176 sièges.

Cela faisait onze ans que les socialistes n’avaient pas remporté le scrutin législatif. Le vote de dimanche a été marqué par une participation en nette hausse, à 75,75 %. Au Sénat, où le PSOE a obtenu la majorité absolue, avec 122 des 208 sièges en jeu, ils n’étaient pas arrivés en tête depuis 1993.

Derrière lui, le Parti populaire (PP, droite) du jeune Pablo Casado s’effondre avec seulement 16,7 % des voix et 66 sièges, la moitié de ceux qu’avait obtenus M. Rajoy en 2016 (137).

Le virage à droite pris par le PP pour contrer l’ascension de la formation d’extrême droite Vox a échoué. Ce parti nationaliste et réactionnaire fait une entrée remarquée au Parlement, avec 24 députés et 10 % des suffrages. Cependant, ce résultat est inférieur à celui que prédisaient les sondages et ne lui permet pas de jouer un rôle dans la formation du prochain gouvernement.

Malgré la montée du parti libéral Ciudadanos, qui a obtenu 15,9 % des voix et 57 sièges, soit 25 sièges de plus qu’en 2016 (13 %), les trois partis de droite, qui étaient tentés par une alliance pour détrôner Pedro Sanchez, se situent très loin de la majorité absolue (176 sièges), avec seulement 147 des 350 députés.

L’allié le plus plausible

« L’avenir a gagné, le passé a perdu », s’est félicité Pedro Sanchez devant les centaines de personnes rassemblées devant le siège du parti, à Madrid, avant de rappeler ses trois objectifs – « avancer dans la justice sociale, avancer dans la concorde dont a besoin ce pays pour en finir avec la confrontation et la crispation territoriale, et revendiquer l’exemplarité en politique » – et son souhait de former « un gouvernement proeuropéen pour renforcer et non pas affaiblir l’Europe ».

Bien qu’un blocage politique ne puisse être totalement exclu, les socialistes sont convaincus qu’ils pourront gouverner. La formation d’une majorité au Parlement s’annonce pourtant complexe. Il manque en effet 53 sièges au PSOE pour atteindre la majorité absolue. Et leurs marges de manœuvre sont limitées.

L’allié le plus plausible est la coalition Unidas Podemos, dont le soutien parlementaire a permis à Pedro Sanchez de gouverner ces dix derniers mois. Cependant, avec 14,3 % des voix et 42 députés, la coalition de gauche radicale menée par Pablo Iglesias perd près de 7 points et 29 sièges par rapport à 2016 (21,1 %). Une dégringolade due autant au positionnement de Pedro Sanchez qu’aux erreurs et luttes internes de Podemos. Même avec les six députés du Parti nationaliste basque (PNV, modéré), le PSOE n’atteint pas la majorité absolue.

« Pas fiables »

Dans l’hypothèse d’une alliance des gauches, Pedro Sanchez devrait donc avoir besoin du soutien des indépendantistes catalans, dont il espérait pouvoir se passer. Le chef du gouvernement sortant n’a cessé de marteler ces derniers jours que les séparatistes « ne sont pas fiables ». En février, ces partis ont rejeté son budget, malgré les négociations entamées, car ils exigeaient un référendum d’autodétermination en échange de leur soutien. C’est ce rejet de la loi de finances qui a contraint Pedro Sanchez à convoquer des élections anticipées.

A présent, le PSOE espère que la Gauche républicaine de Catalogne (ERC), arrivée en tête dans la région frondeuse, s’abstiendra lors du vote d’investiture de Pedro Sanchez, par responsabilité, « sans que nous ayons à négocier », assure un conseiller de M. Sanchez. Alors que la plate-forme Ensemble pour la Catalogne (JxC) de Carles Puigdemont prône une politique jusqu’au-boutiste de confrontation avec l’Etat, la stratégie d’ERC consiste à remettre en avant son agenda social et à se poser en parti de gouvernement utile, afin d’augmenter peu à peu la base indépendantiste, qui plafonne autour de 48 % des voix, et rendre ainsi inévitable l’indépendance.

Dans ces conditions, le choix le plus stable pour le PSOE serait sans doute de parvenir à s’allier avec Ciudadanos. Ensemble, les deux partis dépassent en effet la majorité absolue requise, avec 180 députés. Cependant, la formation présidée par Albert Rivera a mis un veto à tout accord post-électoral avec les socialistes, qu’ils ont accusé de négocier l’unité de l’Espagne avec les indépendantistes catalans. Son objectif est de remplacer le PP comme force hégémonique du centre droit.

Dans cette optique, il préfère à ce stade se poser en principal parti d’opposition aux socialistes, et couper l’herbe sous le pied des conservateurs. Or le résultat de dimanche l’a conforté dans l’idée qu’il se trouve sur la bonne voie. « Nous n’avons que 200 000 voix de différence avec le PP, souligne un conseiller politique sous le couvert d’anonymat. Si Pedro Sanchez gouverne avec Podemos et les indépendantistes, il y aura très bientôt de nouvelles élections car l’exécutif sera très instable et incapable d’approuver le budget. Et nous dépasserons alors le PP », veut-il croire.

Durant la nuit électorale, Albert Rivera a écarté tout accord avec le PSOE en considérant pour acquis un gouvernement entre PSOE et Podemos. « J’ai une mauvaise nouvelle : Sanchez et Iglesias vont former un gouvernement avec les nationalistes, a-t-il lancé aux militants. Nous sommes un projet gagnant qui a augmenté de 80 % son résultat en deux ans. Nous mènerons l’opposition, de manière fidèle à la Constitution, à l’économie de marché, à l’Etat-providence et à l’Espagne. »

De son côté, Pedro Sanchez veut croire que l’option d’une alliance au centre reste ouverte. A Madrid, face à des militants qui ont exigé dimanche de privilégier une alliance avec le parti de la gauche radicale Podemos en criant en boucle « Pas avec Rivera », il a répondu que lui ne mettra pas de « cordon sanitaire » autour de Ciudadanos : « La seule condition que nous poserons est d’avancer dans la justice sociale, le renouvellement et la restauration politique. »

De nombreux observateurs sont d’ailleurs d’avis qu’une alliance avec Ciudadanos permettrait d’en finir avec l’instabilité politique, après trois scrutins législatifs en quatre ans. L’irruption de Podemos et de Ciudadanos en 2014, au détriment des partis traditionnels de gouvernement, le regain de tensions en Catalogne, puis la rivalité entre les partis au sein des familles de droite et de gauche ont suscité de multiples blocages. Faute de majorité pour former un gouvernement, les élections de décembre 2015 ont été suivies de nouvelles législatives six mois plus tard. Un tel scénario peut-il se reproduire, en dépit de la victoire des socialistes ?

« Géométrie variable »

Au fond, l’objectif de Pedro Sanchez, martelé durant toute la campagne, pourrait être de « gouverner en solitaire ». Il espère convaincre Pablo Iglesias de renoncer au gouvernement de coalition qu’il demande depuis le début de la campagne avec insistance pour « changer les choses de l’intérieur ». « Pedro Sanchez n’a pas confiance en Pablo Iglesias, souligne un député du PSOE. Il craint qu’une telle alliance débouche rapidement sur une crise de gouvernement et préférerait sceller des accords à géométrie variable, au cas par cas de l’activité parlementaire. »

Autre différence avec 2016, « l’Espagne dispose d’une chance importante : après les élections municipales, régionales et européennes du 26 mai, il n’y aura en principe plus d’élections pendant quatre ans et les partis pourront troquer les stratégies électorales pour des stratégies politiques de gestion du pays », selon José Antonio LLorente, président du cabinet de consultant en communication stratégique Llorente y Cuenca, « d’autant plus qu’il y aura des possibilités de pactes et accords croisés dans les mairies et les régions ». Avant le 26 mai, afin de ne pas perturber ces élections, « aucun accord ne sera scellé » pour constituer le gouvernement, indique d’ailleurs un proche conseiller de Pedro Sanchez.

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