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Débâcle historique des conservateurs face à la percée de Vox

Isabelle Piquer

Le Parti populaire a perdu la moitié de ses sièges après avoir tenté en vain d’empêcher la fuite de ses électeurs vers l’extrême droite

MADRID - correspondance

L’échec est retentissant. Le Parti populaire espagnol (PP, conservateur) avait misé durci son discours pour tenter d’enrayer la fuite de ses électeurs vers Vox, la petite formation d’extrême droite qui avait créé la surprise lors des élections andalouses de décembre 2018. Il s’est au contraire effondré, avec 16,7 % des suffrages aux législatives du 28 avril, perdant plus de la moitié de ses députés – 66 élus dimanche, contre 137 en 2016.

« Le résultat a été très mauvais », a reconnu le jeune leader du PP, Pablo Casado – en fait, le pire de son histoire. La formation qui a gouverné l’Espagne de 2011 à 2018 a perdu 3,7 millions de voix (de 7,9 millions en 2016 à 4,2 millions). M. Casado a rejeté la faute sur ses adversaires : en refusant « les pactes préélectoraux qu’[il] leur av[ait] proposés » pour éviter de se concurrencer dans certaines régions, Ciudadanos et Vox « ont favorisé la fragmentation du vote », a-t-il déclaré. Le successeur de l’ancien premier ministre Mariano Rajoy a pris les rênes du parti il y a moins d’un an, en juillet 2018. Pablo Casado, plus proche de José Maria Aznar (premier ministre de 1996 à 2004), son parrain politique, s’était alors présenté comme le leader d’une « droite sans complexes ».

Le PP disparaît pratiquement de la Catalogne où il n’a qu’une seule députée (il en avait six) et complètement du Pays basque, où il a perdu ses deux élus. A Madrid, il n’est plus que la troisième force, dépassé par le Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE) et Ciudadanos (centre droit). En Galice, l’un de ses fiefs, il est arrivé pour la première fois derrière les socialistes.

« Espace de vote identique »

« Cette débandade était attendue. Le PP a une capacité de croissance dans l’espace de modération, et quand il s’éloigne du centre et embrasse la radicalité, il rivalise avec d’autres qui savent mieux manier un discours populiste », dit un ex-secrétaire d’Etat de M. Rajoy, évincé par la nouvelle direction.

« Les trois partis ont rivalisé pour un espace de vote identique, en optant pour un discours très semblable, qui consistait à assumer 80 % de celui de Vox [extrême droite]. La conjoncture était diabolique pour le PP, avec des partis qui l’ont dévoré au centre et à droite », estime José Antonio LLorente, président du cabinet de conseil Llorente y Cuenca.

Au siège du PP, quelques dizaines de fidèles, la mine dépitée, ont longtemps attendu dans la rue que M. Casado veuille bien apparaître sous son énorme portrait qui couvrait la façade de l’édifice. En vain. Le responsable conservateur a finalement préféré la salle de presse. « Je suis sous le choc. On s’attendait à un léger recul, mais pas à ça, dit Cayetano Martin, un jeune Madrilène. Je sais que nous avons eu des problèmes, notamment la corruption, mais Pablo Casado semblait les avoir résolus. Nous avons bien géré la crise économique, mais personne ne semble s’en souvenir. »

  • la mine dépitée: 形容沮丧

José Antonio Martin, lui, n’est pas surpris : « Le PP a gaspillé ses années au pouvoir. Il aurait dû supprimer toutes les lois de José Luis Rodriguez Zapatero [ancien premier ministre socialiste], mais il ne l’a pas fait. » Cet avocat considère que « toute la faute repose sur Mariano Rajoy, qui n’a pas été aussi ferme que José Maria Aznar ».

Pablo Casado n’a pas l’intention de démissionner, mais il va avoir du mal à s’imposer à ses deux adversaires qui lui disputent le leadership de la droite. Albert Rivera, dirigeant de Ciudadanos, ne cache pas ses ambitions. Dimanche soir, il s’est présenté euphorique devant ses militants comme le chef d’un « projet gagnant ». Albert Rivera avait espéré dépasser le PP, il y est presque arrivé avec 15,9 % des voix. Seuls neuf députés séparent désormais les deux formations – l’écart était de 105 élus lors des législatives de 2016. « Bientôt, un autre gouvernement va mener l’Espagne vers le futur », a déclaré le responsable de centre droit, qui a promis durant toute la campagne de « chasser Sanchez du pouvoir ».

« Petite droite lâche »

Vox n’a pas non plus l’intention de se laisser faire. Le « mouvement patriotique », qui veut défendre « l’Espagne vivante » contre la « dictature des gauchos », a célébré sa victoire sur la place Margaret-Thatcher, ainsi baptisée en 2014 par celle qui fut maire de Madrid, Ana Botella, l’épouse de M. Aznar.

Si le résultat de 10 % n’est pas celui que ses responsables escomptaient (les sondages créditaient Vox d’environ 12 % des voix et d’une trentaine de députés), il s’agit d’une percée spectaculaire pour le parti d’extrême droite, qui entre pour la première fois au Parlement espagnol. Il y a six mois, la formation ultranationaliste fondée en 2013 n’existait pour ainsi dire pas. Lors des dernières législatives, en juin 2016, Vox n’avait recueilli que 46 700 voix (0,2 %). Dimanche, elle a convaincu plus de 2,6 millions de personnes.

« La gauche sait que la fête est finie, a lancé le numéro deux du parti, Javier Ortega Smith. Nous ne faisons que commencer. » Son chef, Santiago Abascal, a annoncé le début de la « reconquête » de l’Espagne, un thème récurrent de tous ses meetings, déclarant : « Vox est venu pour rester. »

Tout au long de la campagne, M. Abascal n’a épargné ni le Parti Populaire, « la petite droite lâche », ni les centristes de Ciudadanos, la « girouette orange » – couleur de la formation – qui « obéit aux ordres que donne son maître, Macron, de son palais de l’Elysée ». Dans moins d’un mois, les trois formations vont de nouveau s’affronter lors des élections municipales du 26 mai. Aucune ne semble envisager des alliances.

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