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« Alerte rouge » sur la perte mondiale de biodiversité

Dans une réserve de protection pour orangs-outans, près d’Aceh (Indonésie), en novembre 2018. SUTANTA ADITYA/BARCROFT MEDIA VIA GETTY IMAGES Pierre Le Hir

Des experts et des dirigeants réunis à Paris mettent en garde contre la disparition accélérée du vivant

Notre maison brûle et nous regardons ailleurs », avait lancé Jacques Chirac lors du sommet mondial de la Terre de Johannesburg, en 2002, pointant ainsi la menace du réchauffement climatique. Il faudrait aujourd’hui ajouter : la vie sauvage s’effondre, et nous fermons les yeux. C’est avec l’espoir de provoquer un sursaut international que se réunissent à Paris, à partir du lundi 29 avril et pour une semaine, les experts de la Plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES).

Créée en 2012, sous l’égide des Nations unies et fédérant aujourd’hui 132 pays, cette structure peut être considérée comme le « GIEC de la biodiversité », en référence au Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat, dont elle a repris, dans son domaine, le mode de travail. Les délégués présents à Paris vont d’abord adopter un rapport scientifique de plus de 1 700 pages, élaboré par 150 chercheurs de cinquante pays, avec des contributions fournies par 250 spécialistes des sciences naturelles, mais aussi économiques et sociales.

Cette somme constituera la première évaluation mondiale de l’état de la biodiversité depuis le Millennium Ecosystem Assessment, l’Evaluation des écosystèmes pour le millénaire, réalisé en 2005. Surtout, elle sera la première à revêtir un caractère intergouvernemental, ce qui en fera le socle commun des connaissances sur lequel s’appuieront les futures négociations internationales sur ce sujet.

« Le tissu de la vie » en péril

Au terme de cette session de l’IPBES, les représentants des gouvernements devront aussi approuver mot par mot, comme il en va des travaux du GIEC sur le climat, un « résumé pour les décideurs » d’une trentaine de pages, synthétisant les principaux messages, qui sera rendu public lundi 6 mai. C’est ce document politique qui, bien qu’il n’ait pas de caractère contraignant, devra ensuite guider l’action des Etats.

Sans préjuger de sa rédaction finale, on sait déjà, précise la diplomatie française, que sa teneur sera « une alerte maximum, une alerte rouge, sur l’état de la biodiversité dans le monde ». La sixième extinction de masse des espèces est bel et bien en cours. Et la terrible nouveauté, par rapport aux précédentes comme la disparition des dinosaures, voilà 65 millions d’années, est qu’elle se produit en quelques décennies seulement, et qu’une espèce parmi toutes les autres, l’homme, en est responsable.

Le constat a déjà été dressé à de multiples reprises. Fin 2017, dans la revue BioScience, plus de 15 000 scientifiques avaient adressé une mise en garde solennelle contre « la destruction de l’environnement », qui pousse les écosystèmes « au-delà de leurs capacités à entretenir le tissu de la vie ». Ils soulignaient qu’en un quart de siècle l’abondance des mammifères, des reptiles, des amphibiens, des oiseaux et des poissons a chuté de près d’un tiers. Et que sur la même période, le couvert forestier mondial a perdu 12 millions de kilomètres carrés, soit plus de 20 % de sa superficie. Fin 2018, dans son rapport « Planète vivante », le Fonds mondial pour la nature (WWF) annonçait pour sa part que, depuis 1970, les populations de vertébrés ont baissé de 60 %.

Le rapport de la Plateforme sur la biodiversité actualisera les données au sujet d’un phénomène massif que l’on ne peut plus désormais qualifier de simple « érosion de la biodiversité », au regard de l’accélération vertigineuse de la disparition d’espèces sauvages, qui s’opère aujourd’hui à un rythme sans précédent dans l’histoire de l’humanité. Il en soulignera également les causes, toutes d’origine humaine : destruction des habitats terrestres et marins, surexploitation des ressources, pollutions de toute nature, prolifération d’espèces envahissantes, mais aussi changement climatique.

Dans son dernier rapport, le Groupe d’experts sur l’évolution du climat a lui aussi mis en évidence le lien entre réchauffement et perte de biodiversité, en montrant les impacts désastreux, pour le vivant, d’une hausse globale des températures de 2 °C plutôt que de 1,5 °C.

« Contributions de la nature »

Dans le premier cas, deux fois plus d’animaux vertébrés (8 %), trois fois plus d’insectes (18 %) et deux fois plus de plantes (16 %) perdront plus de la moitié de leur aire naturelle de vie que dans le second scénario. Autre projection : entre 70 % et 90 % des récifs coralliens risquent d’avoir disparu des océans à la fin du siècle dans un monde plus chaud de 1,5 °C, et jusqu’à 99 % avec 2 °C.

L’IPBES devra aussi proposer des pistes, des solutions ou des exemples à suivre pour tenter d’enrayer ce déclin. Car l’enjeu est la survie de la vie sauvage, mais aussi celle de l’humanité elle-même. C’est bien pourquoi, dans son intitulé, l’organisme onusien fait mention des « services écosystémiques », c’est-à-dire des services rendus par la nature à l’homme, qu’il s’agisse de la fourniture de matières premières, de la pollinisation dont dépendent 75 % des cultures mondiales, de l’approvisionnement en eau ou de la qualité de l’air.

A la notion de « services », les scientifiques préfèrent désormais celle de « contributions de la nature aux sociétés ». « Cette nouvelle approche met en avant le fait que ces contributions ne sont pas seulement matérielles, mais revêtent aussi une dimension culturelle et sociale, qui contribue au bien-être et à la qualité de vie », explique Anne Larigauderie, secrétaire exécutive de l’IPBES et spécialiste des rapports entre biodiversité et changement climatique.

« La disparition des espèces et des écosystèmes et la perte de diversité génétique représentent déjà une menace mondiale et intergénérationnelle pour le bien-être humain, ajoute Robert Watson, président de l’IPBES. La protection des contributions inestimables que la nature rend aux populations sera le grand défi des prochaines décennies. »

« New deal pour la nature »

Le cri d’alarme que lanceront les experts, le 6 mai, à l’intention des décideurs de la planète sera-t-il entendu ? « La session de l’IPBES est une première étape, qui vise à la constitution d’un consensus scientifique, commente Arnaud Gauffier, porte-parole du WWF France. Le rendez-vous décisif sera la conférence de la Convention sur la diversité biologique qui se tiendra, en décembre 2020, en Chine. Sur la base de ce consensus, il faudra alors adopter un accord international contraignant, qui mette en œuvre un “new deal”pour la nature et pour l’homme. On ne pourra pas sauver la biodiversité sans changer de modèle économique. »

L’objectif des gouvernements devra être ainsi de parvenir, en 2020, à un accord comparable, pour la biodiversité, à celui scellé en décembre 2015, à Paris, lors de la COP21, sur le climat. Encore faudra-t-il, pour espérer endiguer la perte du vivant, que les Etats agissent alors plus efficacement qu’ils ne l’ont fait jusqu’à présent pour contenir le réchauffement planétaire. Pour les rappeler à l’urgence, le WWF invite, samedi 4 mai à Paris, sur le modèle des récentes manifestations pour le climat, à une « mobilisation citoyenne pour la nature ».

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