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LA LUTTE CONTRE L’ORGANISATION ÉTAT ISLAMIQUE

Al-Baghdadi promet « une longue bataille »

Photo extraite de la vidéo de propagande diffusée par l’EI le 29 avril montrant le chef de l’organisation Etat islamique, Abou Bakr Al-Baghdadi. SAISIE D’ECRAN/ AL-FURQAN/AP Hélène Sallon

Après sa défaite en Syrie et en Irak, le chef de l’EI réapparaît pour afficher sa stratégie mondiale

Abou Bakr Al-Baghdadi n’était plus apparu en public depuis la proclamation du « califat » à la mosquée Al-Nouri, à Mossoul en Irak, en juin 2014. Aucun message audio ne lui a plus été attribué depuis août 2018. Donné plusieurs fois mort ou blessé, le chef de l’organisation Etat islamique (EI) est réapparu dans un enregistrement vidéo de dix-huit minutes, diffusé lundi 29 avril par Al-Fourqan, l’organe de propagande de l’EI, et authentifié par le centre américain de surveillance des mouvements extrémistes SITE.

Bien portant et sans blessure apparente, le djihadiste irakien de 47 ans a peu changé, si ce n’est une barbe poivre et sel, teintée de henné à son extrémité. Le discours qu’il assène est attendu. D’une voix basse, il promet que l’EI « se vengera » au nom de ses membres tués et que le combat contre l’Occident sera « une longue bataille » à l’échelle internationale.

La vidéo aurait été tournée après la chute de Baghouz, le dernier réduit territorial du « califat » dans l’est de la Syrie, repris le 23 mars, et avant les attentats au Sri Lanka, le 21 avril, évoqués en fin d’enregistrement dans un message audio qui pourrait avoir été ajouté après le tournage. Des événements récents comme la victoire de Benyamin Nétanyahou aux législatives en Israël, le 9 avril, ainsi que la chute d’Abdelaziz Bouteflika en Algérie et celle d’Omar Al-Bachir au Soudan, le 11 avril, sont évoqués. S’il salue la chute des « tyrans en Algérie et au Soudan », Abou Bakr Al-Baghdadi dit regretter que les gens aient « remplacé un tyran par un autre » et estime que seul « le djihad peut réprimer les tyrans ».

Avec un fusil d’assaut AKS74

La mise en scène est étudiée pour réaffirmer son rôle central et actif à la tête de l’EI et redonner confiance en l’organisation après les dissensions qui ont traversé le groupe à la suite de la chute du « califat ». Assis sur un matelas fleuri, vêtu d’une tunique noire et d’un gilet de combattant beige, il pose avec un fusil d’assaut AKS74 à ses côtés. Le même modèle qu’affichaient jadis Oussama Ben Laden, le chef d’Al-Qaida, et Abou Moussab Al-Zarkaoui, le premier chef de l’EI. Il apparaît entouré de trois hommes de son cercle restreint, le visage flouté. « Il est présenté non pas comme un calife distant et lointain qui se cache de ses ennemis, mais comme quelqu’un qui continue de commander », commente sur Twitter Charlie Winter, chercheur au centre sur la radicalisation du King’s College de Londres. « Ce n’est pas un appel aux armes mais un appel à la continuité. L’EI se présente comme dynamique et vivant, et appelle son noyau dur à poursuivre la cause quoi qu’il arrive », poursuit-il.

« La bataille pour Baghouz est maintenant finie », débute le chef de l’EI, imputant la défaite à « la barbarie et à la brutalité » de l’Occident. Il salue l’« endurance » et la « détermination » des combattants assiégés à Baghouz, citant notamment Fabien et Jean-Michel Clain, deux djihadistes français appartenant à la branche médiatique de l’EI, qui ont été tués dans une frappe de drone à Baghouz, fin février. La perte du califat actée, Abou Bakr Al-Baghdadi promet d’autres actions « contre les croisés », comme les attentats ayant tué 253 personnes dans des églises et hôtels du Sri Lanka – une « vengeance pour les frères à Baghouz » – ou les 92 attaques dans huit pays qu’il revendique au nom de l’EI.

Les rapports d’activité mensuels des provinces de l’EI qu’il étudie devant la caméra donnent un aperçu de la toile tissée par le groupe djihadiste dans une vingtaine de pays : l’Afrique de l’Ouest, la Somalie, le Sinaï égyptien, la Libye, l’Afrique centrale, le Caucase et la Turquie. Le chef djihadiste remercie les groupes qui lui ont prêté allégeance ces derniers mois, notamment au Burkina Faso et au Mali. « Nous leur recommandons à tous d’attaquer leurs ennemis et d’épuiser toutes leurs capacités – humaines, militaires, économiques et logistiques », dit-il, appelant à une « guerre d’attrition » et au djihad « jusqu’au Jugement dernier ». S’adressant à l’émir de l’EI pour le Grand Sahara, Abou Walid Al-Sahrawi, actif dans le Sahel, il l’exhorte à intensifier les attaques contre la France.

« Depuis un an, l’EI a commencé à se démarquer de son projet de proto-Etat en Syrie et en Irak. Cette vidéo tourne la page définitivement », estime Charlie Winter. Si le groupe reste une menace en Syrie et en Irak, où des cellules dormantes mènent des attaques régulières, les attentats au Sri Lanka sont, estime-t-il avec le chercheur Aymenn Al-Tamimi dans un article publié le 27 avril dans le magazine américain The Atlantic, la marque d’une nouvelle stratégie de globalisation de l’EI qui, désormais revenu à la clandestinité, cherche à s’ancrer et à perpétrer des attaques d’ampleur.

Sa tête est mise à prix

Al-Baghdadi a pris beaucoup de risques pour délivrer ce message. L’homme, qui fin 2014 présidait aux destinées de sept millions d’habitants dans de larges pans de la Syrie et près d’un tiers de l’Irak, est l’un des derniers chefs de l’EI à avoir survécu à la traque des forces de la coalition internationale et de leurs alliés locaux. Sa tête est mise à prix à 25 millions de dollars (plus de 22 millions d’euros) par les Américains. Malgré la chute du califat, défait en Irak fin 2017 et en Syrie en mars, il pourrait toujours se trouver dans les territoires désertiques entre les deux pays, dans le désert syrien de la Badiya ou la province irakienne de l’Anbar.

En réponse à cette vidéo, en cours d’authentification par la coalition, le porte-parole du département d’Etat américain a assuré que cette dernière se battra dans le monde pour « garantir la défaite durable de ces terroristes et que tous les dirigeants qui restent soient traduits en justice. » Mais, s’il estime que « la défaite territoriale de l’EI en Syrie et en Irak a porté un coup fatal stratégique et psychologique », la directrice de SITE, Rita Katz, s’alarme du « danger sérieuxque posentnon seulement le fait que Baghdadi, le soi-disant calife de l’EI soit vivant, mais aussi qu’il soit capable de réémerger pour ses soutiens et réaffirmer le message du groupe “nous contre le monde” après tous les progrès réalisés contre le groupe ».

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