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Julianne Moore, méthode et goût du risque

Julianne Moore, dans « Gloria Bell ». MARS FILMS Thomas Sotinel

L’actrice, à l’affiche de « Gloria Bell », occupe une place excentrée dans le star-système américain

RENCONTRE

Quand Julianne Moore apparaît à l’écran, elle impose l’illusion de la perfection, ne serait-ce qu’un instant. Cela tient à sa physionomie, bien sûr : l’un des premiers portraits qui lui ont été consacrés, dans le New York Times, en 1992, évoquait « un croisement entre un Botticelli et un gamin des rues » ; un quart de siècle plus tard, la gaminerie s’est estompée, la Renaissance italienne est toujours là.

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Mais si l’on reconnaît cette perfection, dans les fauteuils de la salle de cinéma, parmi les spectateurs, ou, à l’écran, dans les rangs des autres personnages, cela tient aussi à l’autorité qui émane de l’actrice au travail. Cette primauté sera probablement abîmée ou détruite au cours de la projection, que le personnage révèle des vices abominables, comme la star de Maps to the Stars, de David Cronenberg (2014), ou que, professeur d’université au sommet de sa carrière, elle soit victime de la maladie d’Alzheimer (Still Alice, qui lui a valu un Oscar en 2015), il en restera toujours quelque chose.

Quand Julianne Moore apparaît dans un salon d’un grand hôtel parisien, où elle s’arrête une journée, le temps de parler de Gloria Bell, le film qu’elle a tourné sous la direction du cinéaste chilien Sebastian Lelio, elle n’impose rien de plus qu’une disponibilité et une acuité rares chez un acteur (elle dit actor et non actress, quand elle parle de sa profession) qui se prête depuis si longtemps à l’exercice de l’interview.

Le reste, l’humour, la force d’attraction… ne sont que des évidences qu’elle tient en réserve et ne laisse apparaître que par éclairs, parce que, après tout, on ne peut pas être Julianne Moore, l’étoile du cinéma indépendant américain, vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Elle est parvenue à la place éminente, mais légèrement excentrée qu’elle occupe dans le star- système, en dosant raison et sentiment, méthode et goût du risque.

« Incroyablement émue »

Elle a vu Gloria en 2013. A la Berlinale, le film de Sebastian Lelio venait de valoir un prix d’interprétation à l’actrice chilienne Paulina Garcia, qui incarnait une quinquagénaire naviguant entre les contraintes d’une vie de mère et d’ex-épouse, les attentes des hommes et ses propres désirs. « Je suis allée le voir parce que c’est mon métier de voir des films », explique Julianne Moore avant d’ajouter qu’elle a été « incroyablement émue ». De passage à Paris, elle a demandé à rencontrer Sebastian Lelio, qui est venu de Berlin où il résidait alors. « Nous avons eu une longue conversation, très sympathique, se souvient-elle. A la fin, il m’a dit : “Si je comprends bien, vous n’avez pas envie d’un remake ?” Je lui ai répondu que si, mais à condition qu’il le réalise. Lui ne voulait le faire que si je jouais Gloria. »

Mais le Chilien était sur le point de réaliser Une femme fantastique, à Santiago, et devait tourner Désobéissance, à Londres, avec Rachel Weisz et Rachel McAdams. Cinq ans plus tard, Gloria, réécrit en anglais pour des acteurs américains par l’auteur, devenait Gloria Bell et se tournait dans les rues de Los Angeles. « C’est un peu fou, s’émerveille Julianne Moore, les choses se défont si facilement, il est toujours improbable d’y arriver. »

A ce personnage d’employée des assurances que personne ne remarquerait, elle a appliqué la même méthode qu’au monstre de Maps to the Stars, qu’à la présidente mégalomane d’Hunger Games, de Francis Lawrence : « Je cherche toujours quelque chose qui fait que les gens lèvent la tête et se disent : “Ah oui, c’est moi, ça aussi”. Pour chaque personnage, il s’agit toujours de travailler les petits détails de l’expression, la manière de communiquer avec les autres, ses bizarreries, sa taille par rapport à ceux qui partagent sa vie. »

  • mégalomane 自大狂

Elle s’est soumise à la méthode Lelio, qui exige un grand nombre de prises pour chaque plan, « contrairement à David Cronenberg qui n’en fait qu’une ou deux », parce que Julianne Moore s’adapte toujours à la manière de travailler de son metteur en scène. C’est l’une des leçons qu’elle a tirées d’une expérience déterminante, qui a décidé en grande partie de son parcours : les cinq ans passés à jouer, dans le cadre d’un atelier, Oncle Vania, de Tchekhov, sous la direction du metteur en scène de théâtre new-yorkais Andre Gregory, un travail dont Vanya, 42e Rue, de Louis Malle (1994), garde la trace.

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« On se disputait avec Andre, se souvient-elle. Il était très exigeant, et j’ai traversé ce moment, on s’est retrouvés. Ça m’a appris à persévérer, à ne pas tout juger en fonction du résultat : très souvent, les gens abordent un texte en ayant une idée précise de ce qu’ils veulent en obtenir. Et les metteurs en scène les dirigent en fonction de ça. Avec Andre, j’ai appris qu’on ne sait pas ce que donnera le travail, il faut le faire, et ce n’est qu’après qu’on sait de quoi il retourne. »

Rôles périlleux

Cet apprentissage a transformé la diplômée de l’école d’art dramatique de Boston, abonnée aux scènes régionales et aux soap operas en comédienne aguerrie, capable de ne pas trembler quand Robert Altman et Todd Haynes lui proposent, presque simultanément, des rôles périlleux dans Short Cuts (1993) et dans Safe (1995). L’adolescente réservée, qui ne s’était inscrite aux clubs de théâtre des lycées qu’elle fréquentait, au gré des affectations de son père militaire, que parce qu’elle était mauvaise en sport, était devenue une actrice de premier plan. Une comédienne qui attirait aussi bien la fine fleur du cinéma indépendant, Todd Haynes, Paul Thomas Anderson, les frères Coen, que Steven Spielberg ou Ridley Scott.

Cette expérience, presque sans égale chez ses contemporaines, n’a pas sculpté un bloc de certitudes. Alors qu’elle vient d’analyser avec précision son travail, de rappeler quelques-uns des sommets de sa filmographie, Julianne Moore décrit un moment récurrent dans sa carrière : « Quand je travaille, aux trois quarts du tournage, je rentre à la maison, ou j’appelle mon mari [le metteur en scène Bart Freundlich], et je lui dis : “Je ne sais pas ce que je suis en train de faire, et je ne me rappelle plus ce que j’ai fait. Je n’ai pas fait assez attention. Si j’avais fait plus attention au début, j’aurais fait des choix différents. Et maintenant, le film est presque fini, et c’est trop tard.” Il m’a fait remarquer que je disais ça à chaque fois. Quelque part, j’ai l’impression de me réveiller à la fin du film, et je me dis qu’il faut que j’arrête de bricoler. » Un instant, les fêlures des personnages se laissent deviner chez l’actrice.

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