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20190502-p5-feminisme

L’impossible accession des femmes au trône, un anachronisme japonais

Ph. P.

L’empereur Naruhito et l’impératrice Masako n’ont eu qu’une fille, rendant inévitable un futur débat sur la discrimination de genre

TOKYO - correspondant

Lors de la cérémonie d’intronisation de l’empereur Naruhito, mercredi 1er mai, les femmes de la famille impériale ne seront pas présentes. Seule Satsuki Katayama, ministre chargée de l’égalité femmes-hommes et unique femme du gouvernement, y assistera. La maison impériale japonaise n’est guère féministe et l’intronisation de Naruhito soulèvera, tôt ou tard, une question qui taraude la monarchie : l’accession d’une femme au trône impérial.

  • tarauder: 折磨

Au-delà de l’anachronisme qu’elle représente pour une monarchie constitutionnelle du début du XXIe siècle, la discrimination à l’égard des femmes du code de la maison impériale obscurcit l’avenir. Le nouvel empereur et son épouse, l’impératrice Masako, n’ont en effet qu’une fille : Aiko, âgée de 17 ans.

Or, depuis le basculement du Japon dans l’ère moderne au milieu du XIXe siècle, le code de la maison impériale écarte les femmes de la succession au trône. Auparavant, le titre de tenno (« maître du Ciel »), traduit traditionnellement par « empereur », n’était pas genré et il pouvait revenir à une femme. La dernière en date fut Go-Sakuramachi, qui régna à 1762 à 1770.

Quelques accommodements

A la suite de la réforme de Meiji (1868) fut instituée, sur le modèle prussien, une succession patrilinéaire mettant en avant la lignée supposée ininterrompue des monarques depuis le mythique empereur Jimmu, qui aurait régné au VIe siècle avant J.-C.

Ininterrompue ? Avec quelques accommodements cependant… Jusqu’à l’empereur Showa (nom posthume d’Hirohito, qui régna de 1926 à 1989), les enfants des concubines palliaient l’absence de descendant mâle d’un couple impérial. Hirohito écarta cette tradition et eut un garçon, Akihito. Le code de la maison impériale de 1947, qui reprit sur ce point les dispositions de celui de 1889 sur la succession patrilinéaire, ne reconnaît comme héritier au trône que les garçons dont le père est lui-même membre de la famille impériale.

A la suite de la naissance en 2001 de la princesse Aiko, un débat s’était ouvert sur le maintien de ce système de succession, puis il s’est enlisé avec la naissance, en 2006, du prince Hisahito, fils du frère de l’empereur Naruhito, qui rendait la question moins urgente, sans pour autant la résoudre.

Selon les sondages, plus de 80 % des Japonais sont favorables à ce qu’une femme accède au trône. Anathème pour la droite, les plus virulents défenseurs de la lignée patrilinéaire faisant valoir qu’une femme accédant au trône pourrait « entamer la pureté » de la lignée impériale.

En annonçant son abdication, Akihito souhaitait mettre la monarchie en harmonie avec son temps en permettant aux empereurs de disposer de leur personne – comme dans les familles royales à travers le monde – et amorcer le débat sur la possibilité pour une femme de monter sur le trône. C’est le cas en Belgique, en Espagne, au Royaume-Uni, en Suède et en Norvège. Des membres du Parlement y étaient favorables, mais la droite s’y opposa.

Exclues de la succession au trône, les filles de la famille impériale, y compris celles du monarque, n’en font plus partie une fois mariées en dehors de celle-ci. Quant aux roturières qui y entrent – comme ce fut le cas de l’impératrice Michiko, épouse d’Akihito, et de la nouvelle impératrice Masako –, elles sont broyées par la rigidité de la vie au palais.

« Troubles d’adaptation »

Michiko traversa plusieurs phases de dépression, dont une se manifesta par une crise d’aphasie, avant de trouver comme impératrice une certaine sérénité. Quant à Masako, brillante diplomate qui épousa le prince héritier en 1993, elle souffrit pendant de longues années de « troubles d’adaptation », vivant largement renfermée au palais Togu, résidence du couple princier, dont elle s’est lentement dégagée. Au point que, en 2004, son époux sortit de sa réserve : « La princesse Masako s’est épuisée à essayer de s’adapter à la vie à la cour (…). Il lui a été dénié son expérience et sa personnalité. »

  • aphasie: 失语帧

En entrant dans la famille impériale, les femmes extérieures à la cour perdent toute liberté. L’institution en souffre plus qu’elle n’y gagne en termes d’image.

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