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Un 1er-Mai sous haute tension sociale pour le gouvernement

Bertrand Bissuel, Virginie Malingre Et Abel Mestre

L’exécutif craint que « gilets jaunes » et black blocs affluent aux défilés syndicaux

L’exécutif s’attend à vivre un mercredi 1er mai sous très haute tension. Au plus haut sommet de l’Etat, cette traditionnelle journée de mobilisation syndicale est, en effet, guettée avec appréhension, car vont confluer dans la rue, à Paris comme dans plusieurs villes de province, des adversaires résolus du pouvoir en place : les « gilets jaunes », nullement satisfaits des annonces faites le 25 avril par Emmanuel Macron, et des groupes de militants radicaux se réclamant de l’antifascisme, de l’anarchisme ou de l’autonomie – dont quelques-uns forment le black bloc.

  • guettée avec appréhension

Ces derniers ont promis, tout comme l’an passé à la même date, de faire vivre « une journée en enfer ». « On sait bien que les ultraviolents, ultragauche mais aussi des “ultrajaunes”, viendront pour casser sur Paris et pas seulement sur Paris », a mis en garde le ministre de l’intérieur, Christophe Castaner.

Dans la capitale, un dispositif policier très important a été prévu, en particulier tout au long de l’itinéraire que des organisations de salariés et des mouvements de jeunesse doivent emprunter, entre Montparnasse et la place d’Italie. Le cortège va frôler deux symboles macronistes : la brasserie La Rotonde, dans laquelle le candidat d’En marche ! avait célébré, le 23 avril 2017, sa qualification au second tour de l’élection présidentielle, et la place de la Contrescarpe, où l’ex-chargé de mission de l’Elysée Alexandre Benalla avait molesté un couple, le 1er mai 2018.

Au cours des dernières semaines, les appels à un défilé du 1er -Mai violent se sont multipliés dans la sphère de la gauche extraparlementaire. « Aujourd’hui, ce qui fait peur à l’Etat, ce ne sont plus les émeutiers eux-mêmes, mais bien l’adhésion et la compréhension qu’ils suscitent parmi le reste de la population », pouvait-on lire dans un texte publié en avril sur Facebook, intitulé « Pour un 1er-Mai jaune et noir » – retiré depuis. Les auteurs, anonymes, ajoutaient : « Nous lançons un appel à tous les révolutionnaires de France et d’ailleurs, à tous ceux qui veulent que cela change, à venir former un cortège déterminé et combatif. Car si la répression s’abat sur toutes et tous, notre riposte doit être commune et solidaire. » Et de conclure, un brin provocateur : « La guerre est déclarée. » Malgré tout, certains « émeutiers » demeurent circonspects sur l’attitude à adopter et optent pour un changement de stratégie, comme on a pu le lire sur le site Lundi matin, proche du « comité invisible » (collectif anonyme auteur, entre autres, de L’Insurrection qui vient, La Fabrique, 2007).

Le but de cette mouvance radicale est de construire une convergence avec certains « gilets jaunes » les plus remontés contre le pouvoir. Depuis la mi-novembre 2018, les nombreux incidents émaillant les manifestations, chaque samedi, font craindre la naissance d’un terreau insurrectionnel. Si elle est réduite en nombre, la gauche extraparlementaire reste, en effet, assez active dans ces mobilisations hebdomadaires, la répression policière jouant le rôle de catalyseur entre différentes franges, politisées ou non.

« De l’enfumage à l’entourloupe »

Il y a un an, le nombre de manifestants radicaux prêts à en découdre dans la capitale avait frappé les esprits. La Préfecture de police avait dénombré 14 500 personnes (dont 1 200 militants du black bloc) défilant devant le cortège syndical qui, lui, en comptait quelque 20 000. Des incidents s’étaient produits, notamment sur le boulevard de l’Hôpital : McDonald’s incendié, voitures brûlées…

A l’époque, Emmanuel Macron avait condamné ces violences depuis l’Australie, où il effectuait un déplacement officiel. Cette fois, le président de la République se trouvera à Paris. Son agenda mentionne une réception, à midi, dans la salle des fêtes de l’Elysée « en l’honneur de la formation professionnelle des métiers de bouche et des fleuristes ». « Une tradition à cette période de l’année où le président se voit offrir du muguet », affirme-t-on dans l’entourage du chef de l’Etat.

Alors que des débordements sont redoutés, la situation s’avère, à ce stade, « relativement paisible » dans les entreprises et, dans une moindre mesure, au sein de la fonction publique, observe Raymond Soubie, président de la société de conseil Alixio et spécialiste des questions sociales. « Plusieurs chantiers évoqués par M. Macron lors de sa conférence de presse sont pourtant potentiellement risqués, à commencer par celui sur les retraites, mais l’opinion peine encore à en discerner les effets tangibles », poursuit l’ancien conseiller social de Nicolas Sarkozy. D’où le calme qui prévaut dans le monde du travail. Calme peut-être provisoire, puisque les fonctionnaires sont appelés à faire grève, le 9 mai, pour dénoncer la réforme des administrations et de l’action publiques.

Eclipsés par les « gilets jaunes », les syndicats tentent de retrouver de la visibilité, en blocs épars. Avec, d’un côté, un pôle formé par la CGT, la FSU, Solidaires, l’UNEF et l’UNL : ce sont ces organisations qui défileront entre Montparnasse et la place d’Italie, rejointes par FO Ile-de-France. « Les annonces de Macron, le 25 avril, nous confortent dans l’idée qu’il faut poursuivre un mouvement fort de lutte, estime Fabrice Angei, secrétaire confédéral de la CGT. On est passé de l’enfumage du grand débat à l’entourloupe des conclusions. »

Lundi, Philippe Martinez, le numéro un de la centrale de Montreuil, avait appelé au « rassemblement de tous ceux qui manifestent depuis des mois et des mois, parfois côte à côte, mais trop souvent les uns après les autres ou les uns derrière les autres ». Un vœu manifestement adressé aux « gilets jaunes », même si le leader de la CGT se garde de vouloir « récupérer » qui que ce soit.

De son côté, le numéro un de FO, Yves Veyrier, doit participer à un meeting à Marseille. Parmi les revendications qu’il compte mettre en avant, il y a celles, habituelles, sur le pouvoir d’achat, dont l’amélioration implique « d’augmenter le smic, ainsi que les rémunérations dans les entreprises et la fonction publique ». M. Veyrier s’interroge, cependant, sur le risque que des militants ne se mettent pas en mouvement, le 1er-Mai, face aux risques d’exactions en marge des cortèges. Quant aux syndicats dits « réformistes » (CFDT, CFTC, FAGE, UNSA), ils organisent un rassemblement sur la place de l’Odéon, à Paris, qui est placé sous le signe de « l’Europe sociale et écologique », précise Marylise Léon, la numéro deux la centrale cédétiste.

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