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LA CRISE AU VENEZUELA

Au Venezuela, Maduro résiste à une nouvelle offensive de Guaido

Juan Guaido, président autoproclamé du Venezuela, salue ses partisans réunis à Caracas le 1er mai après les avoir appelés à « rester dans la rue jusqu’au bout ». MARTIN MEJIA/AP Marie Delcas

Le jeune président « autoproclamé » appelle à une grève générale après deux jours de confusion à Caracas, marqués par l’échec d’un soulèvement militaire

CARACAS - envoyée spéciale

Chavistes et opposants vénézuéliens sont descendus dans la rue mercredi 1er mai pour mesurer, une fois encore, leurs forces. Les manifestations se sont déroulées dans un climat tendu. La tentative de soulèvement militaire et les échauffourées qui, à Caracas, avaient marqué la journée de mardi accaparaient les esprits et les conversations.

Juan Guaido avait convoqué ses partisans à « la plus grande manifestation de l’histoire du pays ». Mais, vingt-quatre heures plus tôt, le jeune leader de l’opposition, autoproclamé président par intérim il y a trois mois, créait la surprise en lançant « la phase finale de l’opération Liberté » contre le président Nicolas Maduro. Elle a tourné court. L’heure est désormais au bilan et aux spéculations. Le chef de l’Etat Nicolas Maduro a-t-il gagné la manche, comme l’affirment ses partisans ? L’opération a-t-elle fragilisé le pouvoir en place, en révélant ses divisions, comme l’assurent ses détracteurs ? Mercredi en fin d’après-midi, Nicolas Maduro qui, en chemise rouge, haranguait la foule des militants venus lui manifester leur soutien, se montrait déterminé. « Jamais je ne céderai devant l’impérialisme. J’avancerai toujours au combat, lance le chef de l’Etat. N’en doutez pas une seconde. Moi, Maduro, fils d’Hugo Chavez et président de la république bolivarienne, je ne trahirai jamais le peuple du Venezuela. » Selon Washington, M. Maduro aurait envisagé mardi matin d’abandonner le pays et de trouver refuge à Cuba, avant que les Russes ne l’en dissuadent. Moscou et Caracas ont démenti cette version des faits.

La confusion règne

« La phase finale de l’opération Liberté » a débuté mardi à l’aube. Une vidéo de Juan Guaido commence à circuler sur les réseaux sociaux. L’homme y est en compagnie de Leopoldo Lopez, son chef politique condamné à quatorze ans de prison en 2017, et de plusieurs militaires de la Garde nationale bolivarienne, en armes. La scène est filmée non loin de la base militaire de La Carlotta, au cœur de Caracas. « Aujourd’hui de courageux soldats, de courageux hommes attachés à la Constitution ont saisi notre appel. Aujourd’hui la peur est vaincue, affirme Guaido, sur fond de jour qui se lève. Comme président par intérim et commandant en chef légitime des forces armées, je convoque toute la famille militaire à se joindre à l’aventure, dans le cadre de la lutte non violente que nous avons toujours menée. La fin de l’usurpation débute aujourd’hui. »

Fondateur du parti Volonté populaire (droite) et figure charismatique de l’opposition, Leopoldo Lopez purgeait depuis décembre sa peine de prison à domicile. Il a été libéré par les militaires. Les soldats présents à ses côtés portent un brassard bleu en signe de ralliement à l’opération Liberté. Les opposants veulent croire que le jour J est arrivé et que les généraux lâchent enfin Nicolas Maduro. Les réseaux sociaux et la presse internationale s’enflamment. Les appels à descendre dans la rue se multiplient.

Pendant plusieurs heures, la confusion règne sur fond de gaz lacrymogènes et de balles en caoutchouc tirées parfois à bout portant. Nicolas Maduro n’apparaît pas. C’est Diosdado Cabello, le puissant président du Parti socialiste, qui occupe la scène. Le métro a été fermé au public. Plusieurs sites d’information en ligne sont suspendus. Sur le réseau Twitter, l’image d’un véhicule blindé de la police qui fonce sur un groupe de manifestants devient virale et fait craindre un dérapage dans la violence. La journée de mardi s’est soldée par des dizaines de blessés à Caracas – où mercredi, une manifestante a trouvé la mort – ainsi qu’un mort par balle en province. Dès avant midi, il devient clair que l’opération a échoué : les généraux n’ont pas suivi. Leopoldo Lopez et sa famille se sont réfugiés à la résidence de l’ambassadeur du Chili avant de rejoindre l’ambassade d’Espagne. Dans la soirée, Nicolas Maduro réapparaît à la télévision.

  • gaz lacrymogènes: 催泪瓦斯
  • balles en caoutchouc: 橡皮子弹
  • a bout portant: 逼近地

Mal coordonnée

D’après les proches de Juan Guaido, « la phase finale de l’opération Liberté » était prévue pour le mercredi 1er mai. Mais une information selon laquelle le pouvoir envisageait d’arrêter le jeune leader et de renvoyer Leopoldo Lopez derrière les barreaux aurait contraint les deux hommes à avancer la date de l’opération. Elle semble avoir été mal coordonnée avec les autres dirigeants de l’opposition. Pour les chavistes, en appelant au soulèvement militaire, l’opposition a une fois de plus démontré « qu’elle est prête à tout pour reprendre le pouvoir ». Personne dans les rangs du Parti socialiste unifié n’a oublié Le coup d’Etat militaire avorté de 2002, mené contre Hugo Chavez (1999-2013). « L’opposition passe son temps à conspirer au lieu de proposer des solutions, s’indigne une retraitée venue applaudir Nicolas Maduro. C’est criminel, ce pays se meurt ». A l’écouter, l’opposition et son allié américain seraient responsables de la destruction économique du Venezuela.

Sur l’estrade, le chef de l’Etat se gausse de la situation et se moque des opposants. « Ils croyaient que 100 000, 200 000 ou même 300 000 personnes allaient répondre à leur appel. Et finalement ils n’ont eu d’autre choix que de fuir et de se réfugier dans des ambassades de pays gouvernés à droite. » Alors que certains s’interrogent sur les raisons de la discrétion des militaires qui, tout au long de la journée, sont restés dans leurs casernes, M. Maduro explique : « Si j’avais envoyé des tanks contre cette poignée de putschistes, il y aurait eu un massacre entre Vénézuéliens. Washington aurait été très content et aurait ordonné une invasion militaire. » Le président a évidemment promis des représailles contre les soldats qui l’ont trahi. Personne ne connaît exactement leur nombre. Selon Diosdado Cabello, ils ne seraient qu’une soixantaine. L’opposition ne donne pas de chiffres.

  • se gausser: se moquer

Les opposants qui sont descendus dans la rue estiment qu’ils ont marqué le point : le gouvernement n’a fait arrêter ni Leopoldo Lopez ni Juan Guaido ; les généraux auraient hésité pendant plusieurs heures sur la conduite à tenir ; ceux de province auraient chèrement monnayé leur loyauté. Selon Washington, le contact avait été établi avec plusieurs généraux et personnalités importantes du régime, qui auraient fait marche arrière au dernier moment. « Nicolas Maduro doute désormais de la loyauté de ses généraux et de ses proches, considère l’ancien diplomate Nicolas Rojas. Il résiste mais ne gouverne plus. »

  • monnayer leur loyauté: 兑现他们的忠诚
  • faire marche arrière: 打退堂鼓

L’opposition vénézuélienne refuse l’étiquette de putschiste. Carlos Vecchio, ambassadeur de Juan Guaido a Washington, a expliqué à la presse que l’opération Liberté est « une initiative constitutionnelle, menée par le peuple vénézuélien ». « Clairement, ce n’est pas un coup d’Etat. Nous reconnaissons Juan Guaido comme le président par intérim légitime du Venezuela », a déclaré le conseiller américain à la sécurité nationale, John Bolton.

« Comment peut-il y avoir coup d’Etat si nous n’avons pas d’Etat ? interroge à Caracas Gerardo, un chirurgien de 54 ans. Le chavisme est une mafia. » Sergio, 38 ans, architecte, considère, lui que « l’opération a surtout été ridicule et très mal préparée ». Il est venu manifester, sans enthousiasme parce que « l’opposition n’a pas d’autre carte à jouer en ce moment que Juan Guaido », même s’il estime que « son heure est déjà passée ». Il interroge : « Vous avez la solution, vous, pour renverser démocratiquement un gouvernement qui n’est pas démocratique ? »

« grève tournante »

Juan Guaido a su unir les opposants et soulever un espoir sans précédent. Le trentenaire a fait preuve de volontarisme. Il a, mercredi soir, appelé ses partisans à « rester dans la rue jusqu’au bout » et annoncé la mise en place d’une « grève tournante », secteur par secteur, « pour arriver à la grève générale ».

A Paris, son ambassadrice, Isadora Zubillaga, explique la stratégie de maintenir une pression constante sur le régime et de gagner, au compte-gouttes, des alliances de militaires. L’idée, assure-t-elle, est, par des actions comme celle de mardi, ou par l’appel à une grève générale, de « démontrer que le pays tout entier ne veut plus de Nicolas Maduro. Cela fait trois mois [depuis le 23 janvier] que nous avançons tous les jours en ce sens ».

  • au compte-gouttes: a few at a time.

« Un appel à la grève générale dans un pays qui ne travaille pas et ne produit rien ? Cela n’a pas de sens », soupire Sergio. Il est convaincu que seule une intervention militaire pourra tirer le pays d’affaire. Beaucoup partagent cette conviction. « C’est la seule issue possible, Nicolas Maduro ne va jamais lâcher le pouvoir, affirme Gaby, cadre dans une entreprise de téléphonie. Sans les Américains, on n’y arrivera pas. »

20190503-p2-guido.txt · 最后更改: 2019/05/05 12:02 由 82.251.53.114