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Washington accentue sa pression sur l’Iran

Inscriptions anti-américaines sur un mur de Téhéran, le 23 avril. ATTA KENARE/AFP Gilles Paris

Les Etats-Unis mettent fin aux dispenses de sanctions dont bénéficiaient huit pays importateurs de pétrole iranien

WASHINGTON - correspondant

Le nœud coulant passé par Washington au cou du régime iranien s’est encore resserré jeudi 2 mai avec la fin des exemptions de sanctions dont bénéficiaient huit importateurs de pétrole iranien, dont la Chine, l’Inde et la Turquie. Une partie d’entre eux (Taïwan, l’Italie et la Grèce) n’avaient d’ailleurs pas attendu pour interrompre leurs achats. A quelques jours du premier anniversaire de la sortie unilatérale des Etats-Unis de l’accord sur le nucléaire iranien, le 8 mai, ce durcissement témoigne de la conviction que cette politique de « pression maximale » similaire à celle appliquée à la Corée du Nord est une stratégie gagnante.

  • le noeud coulant: 活结
  • une stratégie gagnante: a winning strategy

Contrairement au cas nord-coréen, qui a fait l’objet de sanctions internationales soutenues par les Nations unies, celles qui pèsent sur Téhéran ne relèvent que de la seule volonté de Washington. Le revirement de Donald Trump a d’ailleurs placé durablement Washington en porte-à-faux par rapport à ses alliés européens, comme l’a montré le fiasco d’une réunion diplomatique à Varsovie, en février, perçue comme anti-iranienne. Mark Dubowitz, spécialiste de l’Iran au sein de la Foundation for Defense of Democraties, un cercle de réflexion de Washington, juge pourtant que les résultats obtenus dépassent les attentes.

  • revirement: turnaround
  • en porte-a-faux: Le stabilité est précaire

Ce critique de l’accord nucléaire négocié en 2015 par l’administration de Barack Obama estime que les sanctions unilatérales se sont révélées « très efficaces » du fait de leur impact sur les revenus du régime, comme en témoignerait la diminution des transferts de fonds au profit des alliés régionaux de l’Iran comme la milice du Hezbollah, au Liban. Ancien membre de l’administration démocrate précédente, Robert Malley, directeur de l’International Crisis Group (ICG), une organisation non gouvernementale spécialisée dans la résolution de conflits, admet que ces résultats peuvent alimenter « un récit » optimiste pour l’équipe de Donald Trump, qui trouve cependant vite ses limites, selon lui.

« L’Iran n’a pas plié jusqu’à présent, il a résisté à la pression d’une négociation dans laquelle il se serait retrouvé en position de faiblesse. Il est resté dans l’accord nucléaire avec les autres signataires européens, la Chine et la Russie. Et les sanctions ne l’ont pas poussé jusqu’à présent à la faute, ce qui aurait ouvert un plus large éventail d’options à l’administration américaine », estime Robert Malley. « L’objectif de ces sanctions, c’est officiellement de changer la politique iranienne, poursuit-il. Mais si l’on écoute le secrétaire d’Etat, Mike Pompeo, ou le conseiller à la sécurité nationale, John Bolton, l’Iran redouble d’actes provocateurs. Il n’y a que Donald Trump qui considère que le régime a évolué, même si l’on ne voit pas à quoi cela correspond. »

  • un plus large éventail d’options: a whole range of options

Changer la politique de l’Iran, ou bien changer le régime ? Officiellement, l’objectif est une renégociation sur la base des douze conditions maximalistes avancées par Mike Pompeo il y a bientôt un an, après la sortie de l’accord nucléaire. Elles concernent également le programme balistique et l’influence régionale de Téhéran. « C’est un point de départ », relativise Mark Dubowitz, alors que l’administration Obama avait, selon lui, réduit ses ambitions d’entrée de jeu. Mais la ligne extrêmement dure adoptée suscite cependant les interrogations, y compris dans les rangs conservateurs.

Gagner du temps

Après l’ajout des gardiens de la révolution, la principale force armée du pays, à la liste des organisations terroristes du département d’Etat, le sénateur républicain du Kentucky Rand Paul, libertarien non interventionniste, a interpellé le secrétaire d’Etat au cours d’une audition au Congrès. « Vous ne pouvez pas vous prévaloir d’un feu vert du Congrès pour entrer en guerre avec l’Iran », sur la base de l’autorisation de l’usage de la force adoptée après les attentats du 11-Septembre et que les Etats-Unis ont constamment utilisée depuis, a-t-il affirmé. Comme c’est souvent le cas au sein de l’administration Trump, pourtant peuplée exclusivement de « faucons » sur le dossier iranien, plusieurs lignes cohabitent. La suppression des dernières exemptions de sanctions pour les importateurs de pétrole n’était ainsi pas acquise au début du mois d’avril, ce qui a exaspéré les plus radicaux. Passé de l’escalade à la désescalade avec la Corée du Nord en l’espace de quelques mois, le président a déjà évoqué par le passé, en 2018, l’hypothèse d’une rencontre avec son homologue Hassan Rohani. John Bolton, son conseiller à la sécurité nationale, en revanche, est proche du groupe d’opposition radical en exil des Moudjahidin du peuple, ennemi juré du régime iranien. Faute d’une ligne claire, la « pression maximale » fait l’objet, pour l’instant, d’un parfait consensus.

  • une audition du Congrès:国会听证会

En l’état, le régime de Téhéran a tout intérêt à gagner du temps. Deux échéances importantes se profilent en octobre et en novembre 2020. La première concerne la fin d’un embargo sur les armes des Nations unies contre l’Iran. La seconde est l’élection présidentielle américaine. Le régime de Téhéran a tout à gagner d’une alternance à la Maison Blanche. Le Parti démocrate et certains candidats déclarés à l’investiture présidentielle ont déjà annoncé qu’ils respecteraient à nouveau l’accord sur le nucléaire de 2015 en cas de victoire. A l’inverse, Washington s’est placé dans l’obligation d’obtenir au plus vite des résultats car il sait que le temps lui est compté, ce qui inquiète Ali Vaez, responsable de l’Iran au sein de l’ICG. « Soit la pression maximale ne marche pas, et l’administration va être tentée d’accentuer encore ses pressions, obligeant le régime iranien à répondre d’une manière ou d’une autre. Soit elle fonctionne, et cela ne peut que pousser ce même régime à relancer son programme nucléaire pour renforcer sa main », estime-t-il.

Deux perspectives qui sont la garantie d’une plus grande instabilité régionale. Le ministre des affaires étrangères iranien, Mohammad Javad Zarif, a d’ailleurs déclaré le 28 avril qu’une sortie du traité sur la non-prolifération des armes nucléaires était l’un des « nombreux choix » envisagés par l’Iran en réponse aux sanctions américaines.

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