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Les moyens de contournement se réduisent pour Téhéran

Louis Imbert

Le régime compte sur la Chine et l’Inde pour continuer à écouler son pétrole, mais les quantités se réduisent, alors que l’économie se dégrade

Les autorités iraniennes voulaient paraître rassurantes, à l’approche de la fin des exemptions américaines sur les achats de brut accordées à leurs principaux clients, jeudi 2 mai. « Les Américains veulent abaisser les exportations de pétrole de l’Iran à zéro, mais c’est une illusion », a réaffirmé mercredi le ministre du pétrole, Bijan Zanganeh, lors d’une conférence internationale sur le pétrole et le gaz à Téhéran.

Le pays menace de fermer le trafic pétrolier international dans le détroit d’Ormuz s’il y est acculé. Mais il compte pour l’heure sur la résistance de ses principaux partenaires, la Chine, qui a importé l’an dernier plus de 580 000 barils par jour, et l’Inde (480 000 barils), ainsi que dans une moindre mesure sur la Turquie. Pékin a fermement dénoncé la pression américaine dès l’annonce de la fin des exemptions, signalant qu’il refuserait de s’y plier. Mais d’ores et déjà, Téhéran n’a reçu aucune commande chinoise pour le mois de mai, ni d’aucun autre pays, selon l’analyste Sara Vakhshouri, ancienne responsable de la Compagnie nationale du pétrole iranien (NIOC).

Ses exportations se sont cependant poursuivies vers Pékin et New Delhi, en dédommagement d’investissements de compagnies chinoises dans les exploitations pétrolières iraniennes, et de ceux de l’Inde dans le port de Chabahar (Sud). Washington pourrait tolérer ces livraisons, qui s’élèveraient entre 200 000 et 300 000 barils par jour, dans la mesure où il s’agit d’un remboursement de dettes. Mais cela ne permet pas à l’Etat iranien de remplir ses caisses, alors que le pays s’enfonce dans une dangereuse récession. Selon le FMI, l’économie s’est contractée de 3,6 % l’an dernier, et l’inflation pourrait atteindre 40 % en 2019.

Depuis le retour des sanctions américaines, en mai 2018, Téhéran a par ailleurs relancé des circuits de contournement bien établis au pic de la crise nucléaire (2012-2015). Ces réseaux peuvent lui apporter de l’air, mais la plupart des analystes doutent qu’ils suffisent à eux seuls à alimenter Téhéran en devises, alors que le pays demeure très dépendant de ses exportations pétrolières.

L’an dernier, l’ensemble des cargos iraniens ont désactivé leurs balises GPS aux abords des côtes nationales et jusqu’au détroit d’Ormuz, rendant leurs mouvements plus difficiles à suivre. Plusieurs cas de transferts en pleine mer, de bateau à bateau, ont été identifiés depuis la fin 2018 dans les eaux voisines des Emirats arabes unies. La provenance iranienne du brut avait été masquée par de faux papiers. « Mais il n’est pas facile de cacher d’importants volumes. Nous estimons que l’Iran a pu exporter ainsi au maximum 350 000 barils par jour en janvier et en février 2019 », affirme Abudi Zein, patron de ClipperData, une compagnie basée aux Etats-Unis, qui étudie le trafic international pétrolier.

Encore est-ce une estimation haute. « A l’époque des sanctions nucléaires, Téhéran a pu vendre entre 150 000 et 200 000 barils par jour en contrebande. Nous ne pensons pas qu’il puisse aller au-delà de ce seuil aujourd’hui », juge pour sa part Mme Vakhshouri. Notamment parce que le réseau de satellites et d’antennes terrestres qui permettent de suivre le trafic pétrolier en temps réel s’est densifié depuis cinq ans. Le traitement de ces vastes quantités de données s’est automatisé, et les images satellites ont gagné en précision, facilitant l’évaluation du chargement réel d’un cargo.

Jusqu’en 2015, Téhéran a acheminé discrètement, par la route, des chargements moins importants de brut vers la Turquie, se faisant payer en or plutôt que de passer par le système bancaire sous sanctions. L’Iran pourrait tenter de faire de même dans le Sud de l’Irak, dont il contrôle largement la frontière, afin d’acheminer du brut vers les ports de la région de Bassora. De même, les experts du secteur surveillent les exportations de l’Azerbaïdjan, où l’Iran maintient de longue date, à sa frontière nord, des réseaux d’argent et de contrebande.

Ventes au secteur privé

Téhéran pourrait tenter, note M. Zein, d’y acheminer du pétrole par la mer Caspienne. Il s’agirait de le fondre dans les exportations régulières du pays, à travers un pipeline qui aboutit au terminal de Ceyhan, en Turquie. Encore faudrait-il que Téhéran trouve le moyen de se faire payer sans éveiller l’attention du Trésor américain. « Les Iraniens pourront toujours cacher des livraisons de brut, mais s’il leur faut vendre un million de barils par jour pour survivre, ce sera trop… », conclut un connaisseur du secteur. Enfin, sur son propre territoire, l’Iran a mis en vente pour la première fois, l’an dernier, de petites quantités de brut au secteur privé. Un million de barils ont été vendus en avril 2019 sur une Bourse dédiée, et 70 000 dans la seule journée de mardi. La NIOC espère en écouler à terme quelque 6 millions par mois. Charge à ces entrepreneurs, attirés par un accès inédit à la principale source de richesse nationale, de vendre et de livrer ces achats à l’étranger… Et de se faire payer.

A l’automne 2018, le ministre des affaires étrangères, Mohammad Javad Zarif, avait encouragé ces efforts, en vantant le savoir-faire du peuple iranien en matière de contrebande. Il avait suscité l’aigreur de responsables liés à la NIOC, qui luttent déjà d’arrache-pied pour maintenir leurs transactions légales avec des clients étrangers effrayés par les sanctions américaines.

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