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1ER-MAI

Pitié-Salpêtrière : Castaner sous le feu des critiques

Evacuation des manifestants qui s’étaient réfugiés dans l’enceinte de la Pitié-Salpêtrière, à Paris, le 1er mai. JULIEN MUGUET POUR « LE MONDE » Nicolas Chapuis Et Olivier Faye

Le ministre de l’intérieur, qui a parlé d’une « attaque » de l’hôpital par des manifestants, le 1er mai, à Paris, est accusé par l’opposition d’avoir « menti »

Mercredi 1er mai. Il est 20 h 18, indique l’horloge de BFM-TV. Christophe Castaner prend la parole face aux caméras et micros réunis devant l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière, dans le 13e arrondissement de Paris. La traditionnelle manifestation syndicale, à laquelle se sont joints « gilets jaunes » et black blocs, finit de se disperser. Flanqué de son secrétaire d’Etat, Laurent Nunez, et du préfet de police de Paris, Didier Lallement, le ministre de l’intérieur dénonce l’intrusion, quelques heures plus tôt, de manifestants dans l’enceinte de l’établissement.

« Des gens ont attaqué un hôpital, lance M. Castaner. Des infirmières ont dû préserver le service de réanimation, nos forces de l’ordre sont immédiatement intervenues pour sauver le service de réanimation. » Environ une heure plus tard, le ministre publie un message destiné aux 190 000 abonnés de son compte Twitter : « Ici, à la Pitié-Salpêtrière, on a attaqué un hôpital. On a agressé son personnel soignant. Et on a blessé un policier mobilisé pour le protéger. »

Sur quels éléments se fonde-t-il pour parler d’« attaque » ou d’« agression » ? Le lendemain matin, en tout cas, sa collègue ministre des solidarités et de la santé, Agnès Buzyn, ne reprend pas ces termes à son compte et parle plutôt d’« exaction », « inqualifiable » et « indigne » à ses yeux. « Il y a peut-être des personnes qui ont voulu se réfugier, d’autres qui ont voulu commettre des vols. Les circonstances seront plus claires quand les personnes auront été interrogées », estime la ministre, au micro d’Europe 1. « Les soignants étaient sous tension, c’est un endroit stratégique pour un hôpital, un service de réanimation.Après, il n’y a pas eu de violences ou d’agressions », relève-t-on dans l’entourage de Mme Buzyn.

De fait, les différents témoignages et vidéos diffusés tout au long de la journée sur les réseaux sociaux, que ce soit par des manifestants ou des membres du personnel de la Pitié-Salpêtrière, tendent à battre en brèche le scénario d’une attaque caractérisée. Certes, une grille d’entrée a bien été forcée. Mais les manifestants – 32 personnes ont été placées en garde en vue, mercredi, puis libérées jeudi – semblaient chercher à se replier de manière chaotique pour échapper aux charges de la police.

Il n’en fallait pas plus pour que l’opposition cible Christophe Castaner. « Il y a un an : les mensonges de Benalla. Cette année : le mensonge de Castaner sur la pseudo-attaque de la Pitié-Salpêtrière. La vérité, première victime des hommes de main de Macron », a fustigé Jean-Luc Mélenchon, chef de file de La France insoumise (LFI). « Christophe Castaner attise la violence. C’est inacceptable », a dénoncé de son côté Yannick Jadot, tête de liste d’Europe Ecologie-les Verts (EELV) aux élections européennes, évoquant « des personnes qui cherchent refuge ».

« un incident très grave »

« Les faits sont là, réplique-t-on place Beauvau, où l’on assume les déclarations du ministre. L’enceinte de l’hôpital a été forcée, des individus ont tenté de s’introduire dans un service de réanimation. C’est un incident très grave. Il est navrant de constater qu’au lieu de condamner clairement ces faits inadmissibles certains préfèrent jouer sur les mots pour entretenir une polémique indigne. »

Du côté de la majorité, un front semble se former autour du ministre, malgré la tourmente. « Vouloir s’introduire dans un hôpital de cette façon n’est pas excusable. Ça choque légitimement un très grand nombre de Français », a assuré le premier ministre, Edouard Philippe, jeudi, depuis la Charente, qualifiant cet acte d’« idiot et au fond scandaleux ». « Il y a un émoi légitime, un hôpital, c’est une enceinte sacrée de la République », estime de son côté Benjamin Griveaux, député (La République en marche) de Paris. « Quand on défonce une grille d’hôpital, c’est une attaque grave, abonde son collègue (LRM) parisien Mounir Mahjoubi. Que des manifestants se soient glissés après pour se protéger, peut-être. »

Interventions mises en scène

Il n’empêche, les propos du ministre lui reviennent aujourd’hui tel un boomerang. Et pas seulement du côté gauche. « Le ministre de l’intérieur doit cesser de mettre de l’huile sur le feu et doit maintenant s’expliquer sur ses déclarations démenties par les faits », a tweeté Bruno Retailleau, président du groupe Les Républicains au Sénat. « Le vrai problème n’est pas que M. Castaner emploie un mot ou un autre, mais qu’il n’ait toujours pas compris que le rôle du ministre de l’intérieur n’est pas de commenter et de publier hâtivement des photos sur Twitter, mais de diriger vraiment la place Beauvau », cingle Guillaume Larrivé, député (LR) de l’Yonne.

Ce n’est pas la première fois que la stratégie de communication de M. Castaner est montrée du doigt. Très réactif et friand des interventions mises en scène face caméra, principalement destinées aux chaînes d’information en continu, le ministre de l’intérieur a pris l’habitude de réagir à chaud après chaque événement lié aux « gilets jaunes ». La décision de se rendre à la Pitié-Salpêtrière a d’ailleurs été prise en fin d’après-midi, mercredi, immédiatement après les premières recensions de l’incident. Un CRS blessé au visage, auquel Christophe Castaner souhaitait rendre visite, avait par ailleurs été évacué dans le même hôpital.

En amont de ce 1er-Mai, la Place Beauvau avait opté pour une stratégie de la tension en avertissant très largement sur les risques de débordements, quitte à surévaluer le nombre de militants radicaux finalement présents dans le cortège. A la fin de la journée, la communication devait principalement être axée sur la « réussite » globale des opérations de maintien de l’ordre. Un répit pour les autorités largement mises en cause dans ce domaine depuis le début de la mobilisation des « gilets jaunes ». Las, la sortie intempestive du ministre, démentie par les nombreuses vidéos, a achevé de gâcher une « séquence » politique qui s’annonçait pourtant à son avantage.

  • en amont de: before
  • quitte à: 以。。。为代价
  • intempestive: untimely
20190504-p6-pitie.txt · Last modified: 2019/05/08 06:23 (external edit)