用户工具

站点工具


20190506-p6-inde

Fani : l’Inde évite le pire grâce à des évacuations

A Puri, dans l’Etat de l’Odisha, en Inde, après le passage du cyclone Fani, le 3 mai. DIBYANGSHU SARKAR/AFP Julien Bouissou

Plus de 1 million de personnes ont été mises à l’abri avant l’arrivée du cyclone de catégorie 5

NEW DELHI - correspondance

Face à l’un des plus puissants cyclones de ces dernières années dans l’océan Indien, l’Inde a évité le pire. Fani, qui a touché les côtes du pays vendredi 3 mai en début de matinée, avec des vents dépassant les 200 km/h, a fait huit morts et 160 blessés alors qu’il a traversé des régions peuplées de dizaines de millions d’habitants. Il a d’abord frappé l’Etat de l’Odisha (Est) puis Calcutta, avec une moindre intensité, samedi matin, et il devrait finir au Bangladesh en fin de journée.

Le cyclone Fani, de catégorie 5, a été si fort qu’il a donné naissance à des vents violents qui se sont déchaînés dans le désert du Thar à la frontière entre l’Inde et le Pakistan, et au Népal, à 900 kilomètres de là, emportant une vingtaine de tentes au camp 2 de l’Everest, à 6 400 mètres d’altitude, sans faire de victime. Les autorités népalaises ont recommandé aux hélicoptères de rester au sol.

Dans l’Odisha, les rafales de vent se sont engouffrées dans des immeubles, faisant exploser les vitres, et ont emporté avec elles toitures, pancartes et débris en tous genres dans des rues désertes. Sous un ciel sombre, des grues se sont effondrées, des arbres ont été déracinés et des pylônes électriques ont été arrachés, plongeant les régions côtières dans le noir.

  • grues: 吊车
  • des pylônes électriques: 电信杆
  • les régions côtières: 沿海地区

Les habitants, qui sont nombreux à vivre dans des cabanes de fortune en tôle ou en terre séchée, ont pu se protéger dans près de 4 000 abris, dont 900 anticycloniques. Ils s’y sont rendus en emportant avec eux leurs affaires personnelles dans des malles métalliques.

Trains spéciaux

Samedi matin, la plupart des axes de communication de Bhubaneshwar, la capitale de l’Odisha, avaient été dégagés, mais l’électricité était toujours coupée et les habitants faisaient la queue devant des camions-citernes pour se ravitailler en eau.

  • se ravitailler: 补给

Ailleurs, le cyclone a laissé derrière lui des paysages dévastés, notamment dans les environs de la ville balnéaire de Puri, célèbre pour le temple hindou de Shree Jagannath. Selon les autorités de l’Odisha, l’ensemble du réseau électrique de l’Etat a été détruit par Fani. L’ampleur des dégâts, notamment la destruction des bateaux de pêche et des maisons, est encore impossible à chiffrer.

  • la ville balnéaire: 海滨城市

Le premier ministre indien Narendra Modi a annoncé, vendredi, qu’une première avance de 10 milliards de roupies (130 millions d’euros) avait été débloquée pour venir en aide aux populations des Etats indiens de l’Odisha, du Bengale-Occidental, de l’Andhra Pradesh, du Tamil Nadu et de Pondichéry.

L’Inde et le Bangladesh avaient tiré les leçons des précédents cyclones meurtriers. En 2007, le cyclone Sidr avait tué au Bangladesh près de 3 000 habitants et en 1999, en Inde, un autre avait fait 10 000 morts et des dégâts matériels évalués à 5 milliards de dollars dans l’Etat de l’Odisha. Les autorités indiennes ont créé, en 2005, une Autorité nationale de gestion des désastres (National Disaster Management Authority, NDMA) et ont mis en place une force d’action rapide spécialisée dans les secours en cas de catastrophes naturelles, tandis qu’au Bangladesh des milliers d’abris anticyclones en ciment ont été construits.

Dans les jours précédant l’arrivée du cyclone Fani, 1,1 million d’Indiens et 500 000 Bangladais ont ainsi pu être évacués. Trois trains spéciaux ont transporté des touristes et des pèlerins depuis Puri. Six navires de la marine indienne, des hélicoptères et des avions avaient également été stationnés dans la zone.

  • pèlerin: 朝圣者

Les habitants ont été alertés par haut-parleurs, et par des messages diffusés à la radio, à la télévision et sur les téléphones portables. La municipalité de Bhubaneshwar avait même demandé à ce que les panneaux publicitaires soient retirés afin d’éviter qu’ils causent des dégâts ou des victimes en s’envolant.

  • haut-parleurs: 高音喇叭
  • les panneaux publicitaires: billboards

Les autorités se tiennent désormais prêtes à larguer plus de 100 000 paquets de nourriture déshydratée. « La précision des alertes du département météorologique indien et l’évacuation réussie de 1,1 million d’habitants dans l’Odisha ont permis de sauver de nombreuses vies », a souligné le Bureau des Nations unies pour la réduction des risques de catastrophes (UNISDR), sur son compte Twitter.

  • nourriture déshydratée: 脱水食物

La situation reste toutefois fragile dans un Etat où le tiers de la population vit sous le seuil de pauvreté et où les infrastructures médicales sont vulnérables aux inondations et aux tempêtes. « La pratique de la défécation en plein air, répandue dans la région, expose les enfants à un risque élevé pour leur santé », souligne l’Unicef, qui estime que 9 millions d’enfants ont été touchés rien que dans l’Odisha.

Grande chaleur

Selon l’UNISDR et le Centre de recherche sur l’épidémiologie des catastrophes (CREC) de l’université de Louvain (Belgique), l’Inde figurait en 2018 parmi les pays les plus exposés aux catastrophes naturelles, avec 24 millions de personnes affectées. Cette année-là, les inondations avaient touché 23 millions d’habitants au Kerala, dans le sud du pays.

L’Inde est aussi l’un des pays les plus exposés au changement climatique, selon un rapport publié fin 2018 par le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC). Les spécialistes mettent en garde contre un risque élevé de cyclones de catégories 4 et 5 dans le nord de l’océan Indien, là où Fani s’est formé, des pluies de mousson plus intenses et moins longues, des épisodes de grande chaleur plus nombreux, une érosion accélérée du littoral à cause de la hausse du niveau de la mer, le développement de maladies comme la dengue ou le paludisme et enfin la disparition d’espèces animales et végétales.

  • la dengue 骨痛热
  • le paludisme: malaria.

Le réchauffement climatique est pourtant absent des débats politiques en Inde, alors que le pays est en pleine période de campagne électorale jusqu’au 19 mai. « C’est un paradoxe : les Indiens sont déjà touchés par le réchauffement climatique ou la dégradation de l’environnement et pourtant le sujet n’est pas considéré comme une priorité, les candidats parlent de chômage et de sécurité », explique Chandra Bhushan, le directeur exécutif du Center for Science and Environment, un groupe de réflexion installé à New Delhi.

Dans leurs programmes, les deux grands partis du BJP et du Congrès ne mentionnent nulle part l’accord de Paris de 2015, et ne font allusion au réchauffement climatique que dans leur promesse de développement des énergies renouvelables dans le pays, quatrième émetteur de gaz à effet de serre au monde. « La société civile est sans doute responsable, estime Chandra Bhushan. Peut-être devrait-elle sensibiliser la population sur le terrain plutôt qu’alerter seulement les médias et les responsables politiques. »

20190506-p6-inde.txt · 最后更改: 2019/05/05 08:12 由 82.251.53.114