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L’opposition vénézuélienne forcée de constater son échec

Marie Delcas

Juan Guaido n’a pas su convaincre l’armée de lâcher Nicolas Maduro

CARACAS - envoyée spéciale

Sinistrée par la crise économique, la capitale vénézuélienne était vide ce samedi 4 mai. Cinq jours après la tentative ratée de soulèvement militaire, seule une poignée d’opposants sont descendus dans la rue, à l’appel de Juan Guaido. Le jeune député autoproclamé président avait demandé à ses partisans de se regrouper devant les casernes du pays pour tenter de convaincre les militaires de lâcher Nicolas Maduro.

Sur la place Washington, dans l’est de Caracas, les deux députés d’opposition présents tentent de faire bonne figure. « Tout se déroule comme prévu », affirme l’élu Ricardo Blanco. Mais le cœur n’y est pas. Les journalistes sont plus nombreux que les manifestants.

  • faire bonne figure

Une femme lit à haute voix le texte que M. Guaido a rédigé à l’adresse des soldats. « L’insoutenable situation politique, sociale et économique de notre pays demande des changements structurels urgents, dit le document. Pour accomplir cette tâche historique, le rôle de l’institution militaire est fondamental. » Les quelques policiers de la Garde nationale présents écoutent impassibles. La scène se répète en plusieurs points de la capitale et du pays. « C’est dur de ne pas céder au désespoir », soupire Ofelia Suarez, une éducatrice de 66 ans. Juan Guaido n’apparaît pas.

Déjà le 23 février, le leader d’opposition avait convaincu sa base que la fin du régime était proche, promettant de faire entrer dans le pays un chargement d’aide humanitaire. Très médiatisée, l’opération menée depuis la Colombie avait échoué. « L’opposition accumule les erreurs », admet Ofelia.

Dimanche, nouvel appel. Les opposants sont invités à prier pour les victimes de la répression policière. La tentative de putsch de mardi s’est soldée par la mort de 5 personnes, plus de 200 autres ont été blessées. En fin d’après midi, les opposants se retrouvent pour une messe devant le centre commercial de Parque Cristal, pas beaucoup plus nombreux ni plus optimistes que la veille.

« La phase finale de l’opération Liberté » qu’ils attendaient depuis trois mois avec impatience a tourné en faveur du pouvoir en place. Sur les réseaux sociaux, les partisans d’une intervention militaire critiquent ouvertement M. Guaido qui tarde, selon eux, à faire appel à l’armée américaine. Sous l’impulsion de l’organisation des droits de l’homme Provea, plus de trois-cents cinquante personnalités du pays – essentiellement mais non exclusivement d’opposition - ont signé une déclaration en faveur d’une issue non violente et électorale.

Le tour qu’ont pris les événements semble laisser perplexes les Etats-Unis et les gouvernements qui, en janvier, ont reconnu Juan Guaido comme président légitime du Venezuela. La France en fait partie. Nicolas Maduro résiste, mais il ne gouverne pas. Depuis soixante-douze heures, il passe son temps dans les casernes. Partout il se fait prendre en photo entouré de militaires. Dimanche, le président a enjoint aux troupes de se tenir « prêtes » en cas d’une éventuelle intervention militaire américaine. Dans une interview publiée samedi par le Washington Post, M. Guaido admet avoir surestimé l’appui dont il dispose au sein des forces armées. « Il nous faut plus de soldats pour soutenir la constitution », a-t-il déclaré. Les faits qui ont précédé le 30 avril restent confus.

Les militants se réjouissent

Aux dires des fonctionnaires de Donald Trump, les négociations engagées avec trois personnages haut placés, dont le général Vladimir Padrino, chef des armées et ministre de la défense, auraient capoté au dernier moment. Un colonel de réserve ironise : « Comment les Américains peuvent-ils imaginer qu’ils vont inspirer confiance s’ils rendent publics les noms de leurs contacts au sein des forces armées ? » Selon lui, un retournement de l’armée est désormais très improbable.

Les services de renseignement cubains qui contrôlent de l’intérieur les forces militaires vénézuéliennes empêchent le mécontentement de s’y exprimer. M. Padrino a, pour sa part, affirmé que les Etats Unis avaient tenté d’acheter les militaires vénézuéliens « comme s’ils étaient des mercenaires ». Dans le hall de l’hôtel Alba où se tient le IVe Congrès du Parti socialiste unifié, les militants se réjouissent de cette ingérence. « Les terribles difficultés économiques auxquelles le pays est confronté auraient pu menacer notre unité, explique un homme de 42 ans. Mais en prenant ouvertement parti pour Juan Guaido, les Américains ont ressoudé le parti et l’armée autour de Nicolas Maduro ».

De crise en crise, le Venezuela est devenu un enjeu quotidien des relations entre Moscou et Washington. Mercredi, le secrétaire d’Etat américain Mike Pompeo réitérait qu’une « intervention militaire est possible ». Vendredi, il adressait un message vidéo aux Vénézueliens pour leur faire savoir que « le moment de la transition est venu ». Mais entre-temps, Donald Trump créait la surprise. En qualifiant une conversation téléphonique avec son homologue russe de « très positive », le chef de l’Etat américain déclarait vendredi : « Vladimir Poutine ne cherche pas du tout à s’impliquer au Venezuela, il y souhaite des développements positifs » – malgré l’arrivée en janvier de mercenaires russes, M. Trump serait exaspéré par les échecs de l’opposition vénézuélienne.

Dimanche à Moscou, le ministre des relations extérieures Sergueï Lavrov exhortait Washington à « cesser ses actions irresponsables », dénonçant « une campagne sans précédent des Etats-Unis pour renverser les autorités légitimes du Venezuela ». « Les Russes doivent partir », lançait pour sa part Mike Pompeo. Les deux hommes devraient aborder le dossier vénézuélien lors de leur rencontre cette semaine en Finlande.

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