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La Chine saisie par la folie martienne

Simulation de marche en scaphandre sur la base chinoise située dans les collines du désert de Gobi (province de Gansu), le 18 avril. THOMAS PETER/REUTERS Simon Leplâtre

Espace. Dans le désert de Gobi, une installation simule la vie sur Mars pour populariser la conquête spatiale. Deux projets similaires, mêlant tourisme et pédagogie, sont également en cours de développement dans le pays

GANSU, CENTRE DE LA CHINE - envoyé spécial

La trentaine d’enfants en uniforme, survêtement bleu et blanc, s’arrête en arc de cercle autour d’une petite grotte de terre ocre. Ils écoutent, attentifs, une animatrice de la Base Mars 1. « Quels sont les dangers pour la vie sur Mars ? », demande la jeune femme. « Les radiations ! », lance l’un. « Les ultraviolets », ajoute un autre. « Très bien ! Les astronautes auront donc besoin de ces petits abris pour se protéger », reprend l’animatrice. Les élèves de cinquième du collège général numéro deux de Jinchang ont préparé leur visite : pas question d’avoir l’air ignorant devant les caméras des médias conviés pour l’inauguration de cette base pédagogique censée reproduire les conditions de vie sur Mars et rendre l’astronomie plus accessible aux enfants.

Les fondateurs de Base Mars 1 ont choisi les collines du désert de Gobi, dans le Gansu, pour leur similitude avec les paysages désolés de la Planète rouge. La base, inaugurée mi-avril, surfe sur la popularité de l’exploration spatiale dans une Chine qui s’impose comme une puissance majeure dans ce domaine. En 2018, le pays a lancé 35 fusées en orbite, soit plus que tous les autres pays du monde. Début 2019, l’expédition de Chang’e 4 sur la face cachée de la Lune a suscité des élans de fierté et de patriotisme en Chine. La prochaine étape est bien plus ambitieuse : lancer un robot explorateur sur la Planète rouge, et ce dès 2020, a annoncé le 3 mars, Wu Weiren, le responsable du programme d’exploration lunaire.

  • similitude: resemblance complet

Journée d’autocelebration

Peu après son arrivée au pouvoir, le président Xi Jinping avait déclaré que le « rêve spatial » devrait rendre le pays plus fort. Dans ce contexte, la popularité de la conquête spatiale s’impose : depuis 2016, la Chine a même sa Journée de l’espace, le 24 avril. L’objectif : « célébrer les accomplissements du pays dans l’espace et signaler ses ambitions dans l’exploration des étoiles », résume le quotidien nationaliste en anglais Global Times. Bref, une journée d’autocélébration pour le programme spatial national. Les médias d’Etat en ont profité pour rappeler aux Chinois les avancées du système de navigation Beidou, concurrent du GPS, et des échantillons lunaires que la mission Chang’e 5 devrait rapporter sur Terre durant cet été.

Pour le professeur Wang Kedong, de l’université d’aéronautique et d’astronautique de Pékin (Beihang), rien d’étonnant à cet engouement populaire : « La fierté patriotique, c’est naturel : les Américains étaient très fiers de leur pays quand Apollo s’est posé sur la Lune. Dans la conquête spatiale, les Etats-Unis sont toujours en avance. Et parce que la Chine n’en est qu’aux premiers pas de son exploration, le public et les médias s’y intéressent. On peut supposer que, au fur et à mesure que la Chine continuera à envoyer des satellites régulièrement et que les technologies spatiales se développeront, les médias et le public ne suivront plus d’aussi près le développement du programme spatial chinois. »

  • cet engouement populaire: 大众的痴迷

La base martienne du Gansu n’est d’ailleurs pas la première à surfer sur cette tendance : au Qinghai, la province située à l’ouest du Gansu, parcouru des mêmes paysages désolés, une base martienne a ouvert un mois plus tôt alors qu’une seconde est en cours de construction. La Base Mars 1 est composée d’une salle centrale et de quatre ailes avec quartiers d’habitation, cuisine – garnie de plats lyophilisés –, un potager d’intérieur où les enfants apprennent à faire de l’engrais en mélangeant quelques produits chimiques (le sol martien est stérile), une salle de sport, une autre pour le recyclage et un atelier de réparation. Les couloirs, en plastique blanc, parcourus d’aluminium et de lumières circulaires, évoquent le vaisseau de 2001, l’Odyssée de l’espace, de Stanley Kubrick.

  • surfer sur cette tendance
  • garnie de plats lyophilisés: 装满冷冻食品

Le tout fait parfois assez carton-pâte, et pour cause : avant de devenir une base pédagogique, ce décor a été créé pour une émission de télé-réalité tournée en 2018 dans ce décor futuriste. Des acteurs et d’autres célébrités devaient vivre comme sur Mars, avec plus ou moins de succès puisque les effectifs fondaient au fur et à mesure des épisodes et des accidents fatals. Mais Bai Fan, le patron de Jinchang Star Universe Culture & Tourism Investment, l’entreprise à l’origine de la base, assure qu’une coopération avec le Centre des astronautes de Chine permettra de renforcer la crédibilité scientifique. « Rendre la communication scientifique intéressante et attirante tout en préservant la précision de l’information n’est pas facile. Il faut savoir innover sur la forme. J’espère que cette base pourra devenir un nouveau modèle en matière de vulgarisation de la connaissance spatiale », dit-il. Il voit plus grand : si le projet prend, il imagine un vaste complexe touristique, avec hôtels, conférences scientifiques et attractions. Objectif : attirer deux millions de visiteurs par an d’ici à 2030.

  • carton-pâte
  • vulgarisation de la connaissance spatiale: 航空知识的普及

Concours de lancer de fusées

En attendant, les enfants sont ravis. Après la visite des différents sites extérieurs, grotte, atterrisseur, et un mystérieux dolmen (soi-disant découvert sur Mars par des scientifiques américains en 2008), les jeunes préparent un concours de lancer de fusées. Xu Zheping, un garçon joufflu à lunettes, insiste pour replacer les ailerons de papier sur le tube de carton décoré d’un drapeau chinois qui forme l’engin. Pas question que leur fusée vole de travers ! Comme la moitié des élèves interrogés, il rêve de devenir astronaute. « Je sais qu’il faut étudier très dur à l’école pour y arriver. » Il a bon espoir que la Chine soit le premier pays à envoyer des hommes sur Mars : « Je pense que nous allons y arriver, parce que la Chine se développe de manière ininterrompue. J’ai confiance en ses progrès », plastronne-t-il avec le ton d’un officiel. Les fusées, propulsées avec une pompe à air, s’envolent vers une cible posée quelques mètres plus loin.

  • dolmen:石棚

Pour Yao Haijun, le rédacteur en chef adjoint du magazine Science Fiction World, qui a notamment publié la célèbre saga de Liu Cixin, Le Problème à trois corps, l’intérêt des Chinois pour l’espace s’explique aussi par des changements sociaux : « Avant, les Chinois ne prêtaient pas spécialement attention au monde, au-delà de leur vie quotidienne. Mais grâce au développement de l’économie, ils ont le loisir de réfléchir à l’avenir, et ils s’intéressent de plus en plus à l’inconnu et au futur. C’est même une nécessité ! Je cite souvent cette phrase du futurologue américain Alvin Toffler, dans son essai La Troisième Vague : “Quand vous conduisez lentement, il suffit de regarder juste devant, mais si vous accélérez, il faut regarder plus loin. Dans une société qui change vite, les gens doivent s’intéresser à l’avenir”. »

  • le Problème à trois corps: 三体
  • futurologue: 未来学家
  • La Troisième Vague: 第三次浪潮
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